• Alliance US/Russie contre l’Iran ?

Celui qui pense qu’il est temps d’une rupture entre la Russie et la Chine ou que les relations de ces derniers avec la Corée du Nord et l’Iran se détériorent, se fait des illusions. Dans un article publié par le site Al-Binna, Nasser Kandil revient sur cette éventualité : 

"Le sommet de Shanghai (OCS), qui s'est déroulé du 9 au 10 juin 2018 à Qingdao, en Chine, a confirmé le rapprochement entre Pékin et Moscou, qui ont affiché leur unité, signe peut-être de l'émergence progressive d'un monde multipolaire. Selon des sources bien informées, la réunion des chefs d’État russe et chinois aurait été essentiellement axée sur les tensions diplomatiques entre la Chine et la Corée, qui présagent un rapprochement USA/Corée du Nord contre la Chine et une division Russie/Iran dont la débouchée serait la création d’un nouvel axe USA/Russie contre l’Iran.

L’alliance russo-chinoise a affaibli les États-Unis, leur ôtant la place de superpuissance militaire et politico-économique. Elle date de janvier 2007, année où les deux pays ont utilisé leur veto pour s’opposer au projet de résolution américain sur le Myanmar au Conseil de sécurité. Cette synergie s'est à nouveau manifestée en 2011 au sujet de la Syrie, privant ainsi les États-Unis d’une couverture onusienne pour ses ingérences illégales."

Le rédacteur en chef du quotidien libanais Al-Binna poursuit : "La scène médiatique semble être dominée par les Américains et leurs alliés ; sinon comment faire croire à une entente entre les États-Unis et la Corée du Nord sans l’implication de la Russie et de la Chine ? La Corée du Nord va-t-elle démanteler son arsenal nucléaire, engrangé durant un demi-siècle de résistance, sur la simple base de la parole des Américains, qui d’ailleurs, se sont retirés de l’accord sur le nucléaire iranien ? Comment croire à une détérioration des relations entre l’Iran et la Russie qui a anticipé un rapprochement avec Washington ?"

Alors que le conflit syrien entre dans une nouvelle phase et que de nombreuses crises frappent le monde de manière intempestive, les sanctions américaines nuisent à l’Iran et la Russie, les taxes douanières sur l’acier et l’aluminium hérissent les Européens et l’économie et la sécurité de la Chine sont prises à partie.

Dix ans après leur premier veto en commun, la Chine et la Russie ont réussi à instaurer le groupe de cinq pays émergeants BRICS. Chacun d’entre eux ont créé en parallèle des coalitions qui ont fait évoluer la guerre en Syrie, au détriment de Washington qui, pour la première fois après les guerres en Yougoslavie, en Irak, en Afghanistan et en Libye, a douté d’une intervention militaire de grande échelle dans le pays.

L’alliance russo-chinoise a généré deux sphères dans la région : l’une s’étend du sud de la Russie jusqu’aux frontières entre l’Arabie saoudite et l’Irak, et regroupe l’Iran, la Turquie, l’Irak et la Syrie ; une autre englobe la Corée du Nord à l’est de la Chine, l’Inde, le Pakistan et l’Afghanistan à l’ouest.

Fortes de leur position géopolitique et des ressources énergétiques qu’elles contiennent, ces deux sphères sont devenues les lieux de manœuvres stratégiques des États-Unis.

Les évolutions mondiales favorisent le mariage des deux sphères qui sont reliées à la Russie et à la Chine via l’Iran, pour ne devenir qu’une seule et unique sphère.

Le moment est donc venu de défier les obstacles dressés par les États-Unis dans les relations bancaires au niveau international. Le moment est venu d’attirer les Européens dans une région qui est située entre l’axe Chine/Russie et les États-Unis. Le moment est venu d’établir de nouvelles règles dans les relations politico-économiques mondiales même si passablement, des divergences apparaissent, que la Chine s'emporte contre Pyongyang ou que la Russie tolère la présence US en Syrie. Il est temps de s’unir pour contrer la politique va-t-en-guerre de Washington et casser le « mur porteur » qu'ont dressé les lourdes sanctions américaines autour de l’Iran et de la Corée du Nord.  

Jun 13, 2018 10:54 UTC
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