• Syrie: l’Iran décidera s’il veut rester ou non

« Il sera impossible d’étouffer d’un coup toutes les flammes de la guerre dans la région », estime l’expert russe des questions moyen-orientales.

Lors d’une interview avec l’agence de presse iranienne Tasnim News, l’analyste politique russe, Andreï Ontikov, fait référence à l’imminente rencontre Trump-Poutine qui, d’après lui, n’aura certainement pas l’effet d’une solution miracle à toutes les crises sévissant au Moyen-Orient.

« Ce n’est pas uniquement les crises syrienne, yéménite et israélo-palestinienne ; la situation reste très tendue dans le nord de la Libye et dans d’autres endroits dans la région », a-t-il affirmé.

Andreï Ontikov n’a pourtant pas exclu que la future rencontre des dirigeants russe et américain débouche sur des ententes, voire sur certains résultats positifs, étant donné que les rencontres tenues par le passé entre ces deux hommes ont, toutes, donné lieu à des résultats précis.

« C’était après la première rencontre du président Poutine avec son homologue américain que les deux parties sont tombées d’accord sur la création des zones de désescalade en Syrie. Les deux hommes ont prononcé des déclarations semblables ou presque, au sujet de la Syrie, lors de leur deuxième rencontre. »

Deal du siècle : Poutine n’acceptera pas les propositions de Trump

D’après l’analyste russe, le président américain, Donald Trump, profitera de sa future rencontre avec Vladimir Poutine, pour négocier le Deal du siècle, un plan de compromis à travers lequel les Américains entendent résoudre à leur avantage la crise israélo-palestinienne.

« Pour réaliser leur plan, les États-Unis auront besoin de l’appui de la Russie, qui est un acteur incontournable du processus de paix avec un rôle de médiation auprès du Quartet international. Il ne serait donc pas exclu que Trump tente de persuader Poutine d’accepter les propositions de Washington dans le cadre du Deal du siècle ; mais rien ne dit que le président russe les acceptera. Les informations ayant filtré à ce sujet laissent largement entendre qu’il s’agit de propositions inacceptables. »

En tant que pays indépendant, l’Iran décidera lui-même de la poursuite de sa présence en Syrie

À la question de savoir si Washington va demander à Moscou de mettre l’Iran sous pression sur divers sujets régionaux, dont notamment le retrait du territoire syrien, l’analyste russe s’est exprimé en ces termes :

« Il faudrait dire que la présence iranienne en Syrie est l’une des questions qui seront sans doute débattues lors de la rencontre Trump-Poutine. Mais il y a là-dessus un point très important, à savoir l’entente constructive entre l’Iran et la Russie et leur coopération permanente en rapport avec l’affaire syrienne. 

En outre, il faudrait se rappeler que l’Iran est un pays souverain et indépendant. Ce n’est pas exclu que la Russie cherche, d’une manière ou d’une autre, à persuader les Iraniens, mais c’est l’Iran qui finalement devra prendre la décision de maintenir sa présence en Syrie. »

Andreï Ontikov a également rappelé que la présence iranienne en Syrie avait été rendue possible par l’invitation officielle de Damas, pas par celle de Moscou.

« Du coup, la réponse à toute question sur le maintien ou la fin de la présence iranienne en Syrie devrait venir des responsables de Damas, pas de Moscou. Le ministre russe des Affaires étrangères l’a déjà dit clairement : un retrait iranien de toutes les zones syriennes serait impossible, comme l’a précisé Sergueï Lavrov.

Et la position de Moscou est déjà claire avant même le sommet russo-américain. La Russie est tout à fait consciente que l’Iran est un acteur majeur au Moyen-Orient et surtout en Syrie. Par conséquent, quiconque croit que la Russie va mettre l’Iran sous pression concernant un retrait du territoire syrien se sera bercé d’illusions. L’Iran est un pays souverain et indépendant qui devra décider lui-même de la poursuite de sa présence en Syrie. Ce n’est pas la Russie qui déterminera les politiques iraniennes. »

Les Américains n’accepteront pas facilement de quitter la Syrie

Ailleurs dans son interview, l’expert russe des questions moyen-orientales a pourtant estimé probable que le sommet Poutine-Trump aboutirait à une entente concernant la base américaine.

« La présence des forces américaines à l’est de l’Euphrate ne donne aucun signe allant dans le sens d’une décision américaine de quitter cette zone. Il est tout à fait clair que les États-Unis cherchent à se réserver un rôle en Syrie, pays qu’ils n’accepteront d’ailleurs pas facilement de quitter. » 

D’après l’expert russe, les déclarations de Trump sur un retrait américain de Syrie contredisent celles du commandement de la coalition internationale. Les États-Unis ne sont pas guéris de leur obsession de rester en Syrie. Trump a même élaboré l’idée d’un contingent arabe en remplacement des troupes US en Syrie. « Sinon, les pays riches arabes vont devoir payer les États-Unis, pour la présence américaine en Syrie, comme l’a demandé le président Trump », a conclu l’expert russe des questions moyen-orientales, Andreï Ontikov, dans son interview avec l’agence de presse iranienne Tasnim.

Jul 11, 2018 20:27 UTC
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