Nov 03, 2018 08:53 UTC
  • Sanctions US: Moscou reste l’alliée de l’Iran

Alors que les sanctions pétrolières américaines vont entrer en vigueur le dimanche 4 novembre, l’administration Trump a jusqu'ici exempté huit pays et voici que la Russie annonce sa détermination à poursuivre ses échanges de brut iranien.

Le ministre russe de l’Énergie a réitéré la détermination de son pays à continuer ses échanges de brut iranien, malgré les sanctions pétrolières américaines.

Alexendre Novak a indiqué au quotidien britannique The Financial Times que Moscou continuerait à développer ses échanges de pétrole iranien qu'elle vendrait à des pays tiers dans le cadre d'un accord de 2014, sans se préoccuper des sanctions.

L'accord russo-iranien de 2014 permet une augmentation des volumes actuellement échangés et l'Iran trouvera ainsi de nouveaux acheteurs. Conformément à cet accord, les quantités échangées entre la Russie et l’Iran se sont élevées à environ 100 000 barils par jour de brut iranien.

« Nous avons la ferme conviction que nous devons chercher des mécanismes nous permettant de continuer, avec la collaboration de nos partenaires, les coopérations avec l'Iran », a déclaré M. Novak.

« Nous vivons dans des conditions de sanctions unilatérales que nous ne reconnaissons pas puisqu'elles ont été décidées et imposées sans l’autorisation de l’ONU. De telles démarches sont illégales », a fait savoir le ministre russe de l’Énergie.

Malgré les sanctions imposées par les États-Unis, l’Iran continue d’exporter son brut. Pour le mois d'octobre,1,7 million de barils de brut iranien ont été exportés, observe-t-on chez Kpler, la société française de renseignement proposant des solutions de transparence sur les marchés de l'énergie.

À Téhéran, les analystes et les hommes d’affaires restent persuadés que le pays continuera d’exporter au moins un million de barils par jour après le 5 novembre, et ce, principalement vers les pays asiatiques, ces clients de toujours du pétrole iranien.

En mai, les États-Unis ont annoncé leur intention de réimposer des sanctions pétrolières contre l’Iran. Ces sanctions doivent entrer en vigueur le dimanche 4 novembre alors qu’aux États-Unis les différends se multiplient de plus en plus entre les hauts conseillers du président américain, Donald Trump, au sujet de sa politique du « maximum de pression » qui, selon eux, n’avait pas autant d’utilité qu’ils espéraient pour contrer l’Iran.

L’administration Trump a en effet annoncé, en mai dernier, après son retrait unilatéral de l’accord nucléaire Iran/5+1, qu’elle opterait pour des pressions au maximum contre l’Iran. Les développements en cours témoignent, toutefois, d’un recul américain de ses fermes positions vis-à-vis de Téhéran. Et pourtant, Washington a fini par faire des concessions. Le secrétaire d’État américain, Mike Pompeo a annoncé, lors d’une conférence de presse, vendredi 2 novembre, que huit pays seraient exemptés des sanctions pétrolières US. Le secrétaire au Trésor américain Steven Mnuchin a annoncé le même jour que l’Iran resterait connecté au SWIFT. 

Pompeo et Mnuchin, refusant vendredi de nommer les huit juridictions, en s'exprimant devant les journalistes, ont déclaré que la liste complète des exemptions serait publiée lundi. Pour justifier ce retrait flagrant, le secrétaire d’État a prétendu qu’il envisageait de travailler avec les pays importateurs de pétrole iranien pour les convaincre de réduire leurs importations du brut iranien.

Il est vrai que l’arme de sanctions a perdu toute son efficacité, se transformant, par contre, en une menace pour la domination du dollar. Et les Américains aussi bien que les Européens, grands perdants des sanctions US contre l'Iran, en sont bien conscients.

Pour les partisans de la politique du « maximum de pression », ce recul s’avère « le début d’une longue campagne. Il s’agit d’une capitulation face à l’Iran ». Et pourtant, ils semblent préférer un peu de souplesse. Parmi les figures les plus radicales, le conseiller américain à la sécurité nationale John Bolton a souhaité que l’administration révise sa politique.

« Nous voulons exercer le maximum de pression sur l’Iran, mais nous ne voulons pas non plus nuire à nos amis et alliés », a déclaré le mardi 30 octobre, Bolton lors d'une conférence à la Hamilton Society.

Bolton a déclaré que l'administration Trump entendait bien que certains pays ne sont pas en mesure de réduire immédiatement à zéro les exportations de brut iranien.

Les craintes d'une réduction importante des exportations iraniennes ont contribué à faire monter les prix du pétrole à plus de 86 dollars le baril; le plus haut en quatre ans.

L’Arabie saoudite a essayé en vain d’équilibrer les cours du marché, en augmentant le plafond de sa production pétrolière. Il n’existe véritablement aucun remplaçant pertinent capable de concurrencer les 2,5 millions de barils de pétrole iraniens exportés par jour, comme l’estiment les analystes.

« Riyad et ses alliés ne sont pas en mesure de compenser totalement le manque du pétrole iranien. Alors que les exportations de pétrole iranien sont réduites à environ 1,5 million de barils par jour contre plus de 2,5 millions avant le retrait américain de l'accord nucléaire en mai, le prix du panier de référence de l’OPEP a grimpé autour de 76 $. Si les prévisions sur une hausse possible du prix à 100 dollars par baril sont correctes, la hausse des prix compensera la perte de revenus de l’Iran, même si les exportations de Téhéran sont encore réduites à un million de barils par jour ».

Par ailleurs, les sanctions américaines ont jeté les bases d’un changement historique du système financier mondial. Pendant de nombreuses décennies, le dollar américain a dominé les marchés financiers internationaux. Mais le retrait américain de l'accord nucléaire a encouragé des pays comme la Russie, la Chine, l’Inde et la Turquie à utiliser leurs propres monnaies nationales pour faire le commerce avec l’Iran. Si l’Europe parvient à créer un système financier distinct du dollar américain, d’autres États pourront utiliser l’euro dans leurs transactions commerciales avec l’Iran, réduisant ainsi la domination américaine sur les marchés mondiaux. Les politiques américaines face à l’Iran restent, alors, stériles.

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