Apr 24, 2019 07:48 UTC
  • Guerre USA/Iran : Pékin s'y impliquera?

À peine quelques heures après le refus américain de prolonger les dérogations aux sanctions contre la vente du pétrole iranien, les voix à Washington y revient pour mettre en garde la Maison Blanche contre ses "excès".

Un responsable au département d'État qui s'est exprimé sous couvert d'anonymat dit que l'Amérique a effectivement peur que l'Iran ne procède au blocage non seulement du détroit d’Hormuz mais aussi de celui de Bab el-Mandeb voire même de la mer Rouge.

Ton parfaitement réconciliant et empreint de crainte et d'inquiétude, le responsable du département d’État américain appel l’Iran à "ne pas bloquer" les détroits d’Hormuz et Bab el-Mandeb. Cette annonce intervient , après que Washington a exhorté les acheteurs du pétrole iranien à mettre fin à leurs importations au mois de mai, a rapporté Reuters.

« Nous appelons l'Iran et tous les pays à respecter la libre circulation de l'énergie et du commerce, ainsi que la liberté de navigation dans les détroits », a déclaré en gros le responsable américain. Selon les analystes politiques, les Américains qui auraient mis en état d'alerte maximal les effectifs du CentCom (blacklisté par l'Iran, NDLR) aussitôt après le refus US de reconduire les exemptions pétrolières, en sont déjà à ressentir les impacts de cette folle décision. En effet, l’Iran est un pays continental dans le vrai sens du terme : ses réserves naturelles, son potentiel humain, ses larges frontières avec ses 15 voisins suffisent largement à faire capoter tout plan d'isolement, que ce soit américain ou autre. Et ceci sans compter de larges capacités iraniennes à empêcher le transit de l'énergie via le golfe Persique. Le commandant des forces navales du Corps des gardiens de la Révolution islamique (CGRI), le général de brigade AlirezaTangsiri, a affirmé le lundi 22 avril que le détroit d'Hormuz est un "passage maritime soumis aux réglementations internationales" par où se déroule normalement le transit de l'énergie mais cette « voie stratégique sera bloqué si l'Iran n'arrive pas à s'en servir ».

Mardi 23 avril, le Parlement iranien a élargi le blacklistage du CentCom en adoptant un projet de loi par 173 voix pour, 4 contre et 11 abstentions sur un totale de 215 députés présents. Désormais, outre le commandement central américain (CentCom), toutes les organisations et institutions placées sous ses ordres sont considérées comme organisation terroriste.

« Afin de contrecarrer les objectifs des États-Unis de saper la paix et la sécurité régionales et internationales ainsi que leur décision de placer illégalement, le CGRI en tant qu’un des piliers défensif de la souveraineté de l’Iran en vertu de l’article 150 de la Constitution iranienne, sur la liste des entités terroristes, le CentCom américain ainsi que toutes les forces, organisations et institutions sous sa subordination sont désignées comme groupe terroriste. Cela dit, toute assistance militaire, financière, technique, instructive, logistique et de renseignements, portée à ces entités pour organiser des complots contre le CGRI, sera considérée comme acte terroriste », dispose le projet de loi, ce qui revient à autoriser les forces armées iraniennes à agir non seulement contre le CentCom en soit mais aussi contre tout organe qui lui est affilié en Asie de l'ouest. 

Les analystes politiques jugent désormais particulièrement larges, les chances d'une confrontation militaire entre les États-Unis et l'Iran qui ne laissera à aucun prix les USA aller plus loin dans leurs manœuvres. Mais les risques de guerre totale a déjà terrorisé les marchés, le pétrole finissant mardi à la clôture à 74.23 le baril. "la fin des exemptions risque de ne pas avoir en effet les effets économiques escomptés par Washington car les principaux clients du pétrole iranien que sont la Chine ou l’Inde "sont trop dépendants du pétrole iranien pour s’en passer complètement", estime Céline Antonin, spécialiste des questions pétrolières à l’Observatoire français des conjonctures économiques, cité par France 24. Pour elle, Pékin ou New Dehli peuvent contourner la sanction américaine - qui consiste à interdire tout achat de pétrole en dollar -, en utilisant, par exemple, une autre monnaie comme le yuan chinois.

Mais les Américains cherchent visiblement d'autres effets, leur initiative ayant pour conséquence une hausse du prix du brut, et faisant ainsi le jeu des producteurs pétroliers américains. Ces derniers ont, en effet, besoin que le pétrole se vende cher car le gaz ou pétrole de schiste (la spécialité américaine) coûtent davantage à extraire que le pétrole traditionnel. Ce faisant, c'est surtout à la Chine que les Américains veulent nuire. En 48 heures, le ministère chinois des Affaires étrangères a lancé à deux reprises des avertissements aux États-Unis, Pékin ayant très bien compris le but de la manœuvre US.

Le journal chinois Global Times dénonçait dans son numéro de ce mercredi, la décision US comme étant "la forme la plus éhontée de l’unilatéralisme": " Même l'Inde, l'allié des États-Unis est contre...les relations US/Chine ont connu de très fortes tensions en 2018. Ces tensions pourront s'exacerber, si les États-Unis visent les achats chinois du pétrole iranien. Les intérêts chinois dictent que Pékin préserve ses liens privilégiés avec l'Iran et qu'il coopère avec les autres parties pour préserver le PGAC et faire face à l'unilatéralisme US". 

Certains analystes estiment que la Chine ne resterait pas neutre au cas où un conflit militaire éclatait entre l'Iran et les États-Unis. Mardi lors de la tenue des célébrations marquant le 70 e anniversaire de la Marine chinoise, le président Xi Jinping disait que la Chine "gardera fermement la nature défensive de ses politiques militaires" et "continuera d'adhérer à la nouvelle conception de sécurité". Cette nouvelle conception consiste, note Global Times, à répondre du tac au tac et à ne rien subir sans se réserver un droit de riposte. 

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