La trêve, entrée en vigueur depuis le 19 décembre 2016, a été négociée avant la libération d'Alep. Les officiers russes et les représentants de 7 groupes armés auraient ainsi commencé à négocier sous l'égide turque.

Des sources proches de ces négociations disent qu'elles portaient deux volets militaire et politique et qu'elles auraient tracé le cadre des futurs pourparlers d'Astana. 

Toujours à en croire ces sources, les pourparlers d'Astana tourneraient autour d'un triple axe : le refus de former une région autonome fédérative dans le nord de la Syrie, le refus d'inviter les Kurdes syriens, le retrait des militaires étrangers de la Syrie, une fois la trêve stabilisée et ce, en vue de faire avancer le processus politique. 

En ce qui concerne les terroristes de nationalité non syrienne, ce serait très vraisemblablement le plan surnommé " Bosnie" qui devrait régir leur sort. Ce plan consiste à " réunir tous les opposants" dans un même lieu avant de les expulser de la Syrie. Dans ce cadre, la Russie veut qu'à Astana soient présents outre l'Égypte; l'Arabie saoudite, le Koweït et la Jordanie.  

Le journal Hürriyat détaille un peu plus le plan de la trêve qui à le croire comprend trois étapes : une première, la cessation des opérations armées et l'établissement du cessez-le-feu, une seconde, la tenue des pourparlers d'Astana qui en cas de succès déboucherait sur un plan avec en toile de fond l'avant texte d'une résolution à proposer au Conseil de sécurité. Ce texte pourrait servir de prélude à la fin de six années de guerre en Syrie. 

The Financial Times établit de son côté un lien direct entre le plan de la trêve et la réunion tripartite de Moscou à laquelle ont pris part les ministres iranien, russe et turc des AE. Pour le quotidien économique, "il y a là les prémices de l'émergence d'une nouvelle équation de force au Moyen-Orient, équation où les États-Unis brillent par leur absence." 

The Financial Times perçoit à travers la présence de la Turquie dans cette équation un "changement de cap" et "le refus de la Turquie de soutenir les rebelles", et ce, par crainte de voir " l'émergence d'un État kurde" sur les frontières syro-turques.

Des indices permettent pour autant de douter de la sincérité turque : alors qu’aux premiers jours de la trêve, l’ASL cherchait à la faire respecter, elle semble aujourd’hui à la recherche d’un prétexte pour remettre en cause sa présence aux pourparlers d’Astana.

L’ASL a évidemment accusé la Syrie d’avoir transgressé le cessez-le-feu. À peine quelques heures après cette annonce, une dizaine de groupes armés se sont mis à bouder les pourparlers d’Astana. En dépit des accusations formulées contre Assad, ce sont les terroristes qui multiplient les cas de violation sur le terrain des combats. À mesure qu’on s’approche des pourparlers syro-syriens, une certaine mauvaise foi pousse les groupes armés à agir.

Jeudi, les groupes armés proches d’Ankara ont reconnu avoir reçu l’ordre de la Turquie de multiplier leurs actions terroristes en Syrie : d’où davantage d’explosions et d’attentats dans les zones civiles. Les analystes disent que la Turquie cherche de la sorte à exercer des pressions supplémentaires sur Moscou et de lui arracher des concessions à Astana. Ankara veut aussi que les terroristes qaidistes d’al-Nosra soient intégrés au processus politique et ce, malgré l’exclusion de Daech et d’al-Nosra de la trêve.

Des sources syriennes se réfèrent aux informations fiables selon lesquelles les officiers supérieurs turcs sont présents dans l’ouest d’Alep et à Idlib et qu’ils coordonnent leurs efforts de guerre avec les chefs nosratistes et ils en sont même à renouer le contact avec Daech.

Alors que la Turquie continue de multiplier les coups fourrés, Israël, lui, semble ne plus vouloir jouer au chat et à la souris : le chef d’état-major israélien, Gadi Eizenkot qui s’exprimait devant la conférence annuelle de l’institut Herzliya a reconnu qu’Israël avait investi quelque sept millions de dollars pour venir en aide aux « rebelles syriens ». Eizenkot a aussi affirmé que 3000 terroristes ont jusqu’ici été soignés dans les hôpitaux israéliens. Bien que le général israélien ait tenté de revoir particulièrement en hausse le bilan des pertes du Hezbollah en Syrie, il n’a pas pu cacher la peur israélienne de voir la Résistance «  bien installée » en Syrie.

Il a prétendu que la Syrie de Hafez Assad n’est plus sans avoir osé reconnaître qu’Israël a aussi perdu ce qu’il qualifiait dans le temps de sa profondeur stratégique. Le régime factice israélien est donc l’un des principaux perdants de la guerre syrienne qu’il espérait pouvoir tourner à son avantage en coupant tout lien entre Damas d’une part Beyrouth et Téhéran de l’autre…

 

Jan 10, 2017 12:56 UTC
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