Alors que le président turc vient d’annoncer la fin de l’opération Bouclier de l’Euphrate à al-Bab, ville qui selon lui aurait été reprise aux terroristes de Daech (en réalité l’ASL, soutenue par Ankara, ne contrôle que 40 % de cette ville, NDLR), les bruits courent sur la prochaine étape de l’équipée militaire de l’armée turque, qui devrait la conduire à Raqqa.

Est-ce une bonne décision ? Selon le général turc à la retraite, Ahmet Yavuz, la ville de Raqqa, bastion de Daech, risque de se transformer en un bourbier pour l’armée turque : « L’armée turque pourrait s’enliser à Raqqa, car il s’agit du point le plus dangereux de toute la Syrie pour les forces turques. Nos soldats auraient peut-être à y rester des semaines voire des mois avant sa libération et un tel blocage ne pourrait qu’avoir de très mauvais impacts. » 

Interrogé par Sputnik, le général a invité par la suite Erdogan à ne pas prêter l’oreille aux recommandations de « certains alliés » (à savoir les États-Unis, NDLR) et à renoncer à leur emboîter le pas. L’ancien général a ainsi expliqué les raisons de ses préoccupations : « L’objectif de l’armée turque devrait consister surtout à créer une ceinture sécuritaire dans le nord de la Syrie pour empêcher l’émergence d’un État kurde. Or, Raqqa se trouve au centre de la Syrie et nous éloignerait du Nord syrien. » 

Le général Yavuz a demandé à ce que l’armée turque coopère étroitement avec l’État syrien dans le cadre des opérations de libération de Raqqa : « L’armée turque devra se faire aider par l’aviation syrienne, voire par les forces spéciales syriennes pour libérer Raqqa, car toute intervention militaire turque à Raqqa pourrait embourber notre armée et provoquer son enlisement. » 

En évoquant les coopérations turco-russes, Yavuz a estimé que la Turquie avait opté pour une « bonne stratégie d’endiguement à al-Bab vis-à-vis de la coalition militaire kurde des Forces démocratiques syriennes ». Or, « les conditions à Raqqa sont bien différentes de celles à al-Bab. En effet, à al-Bab, la population était avec nous, mais à Raqqa, la ville ne tolérera pas la présence turque ».

Pour l’ancien général, la poursuite des opérations de l’armée à Manbij (ville du nord de la Syrie qui, selon Erdogan, devrait être incluse avec Jerablus et al-Bab dans une zone tampon d’une superficie de 5 000 kilomètres, NDLR) revient à « accepter davantage de responsabilités sans avoir une connaissance approfondie du terrain. Avant de s’engager à Manbij, la Turquie devrait évaluer à leur juste valeur ses capacités et ses forces ». 

La Turquie a annoncé la fin de son opération « Bouclier de l’Euphrate » ce jeudi. À la demande des États-Unis de Trump, Erdogan se dit désormais prêt à engager l’armée turque dans la guerre pour reprendre Raqqa. Quelque 2 000 kilomètres carrés des territoires du nord de la Syrie sont désormais occupés par les forces turques. 

 

Feb 16, 2017 19:38 UTC
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