Selon Nasser Kandil, expert libanais des questions politiques, « la trêve dans le sud de la Syrie est loin de constituer un gain géopolitique pour les États-Unis ».

Dans un article qu’il intitule « Étapes précédant la capitulation US », Kandil écrit :

Nasser Kandil

« À regarder de plus près la guerre qui se déroule en Syrie, un constat s’impose : la Syrie, l’Iran et le Hezbollah n’auraient jamais cru avoir à se battre les uns à côté des autres dans un cadre hors de celui qui les oppose à Israël et qui vise à libérer la noble Qods de l’emprise sioniste. C’est d’ailleurs en référence à ce même objectif que les inquiétudes se multiplient en Israël au sujet de la présence iranienne et du Hezbollah aux portes de la Palestine occupée. En effet, de par leur participation à la guerre en Syrie, l’Iran et le Hezbollah ont fait face à des complots qui ne cessent de se tramer contre la souveraineté et l’intégrité territoriale des États de la région et qui passent avant tout par des tentatives visant à implanter le fléau terroriste dans la profondeur stratégique des pays de la région. 

L’État et l’armée de la Syrie en sont désormais au stade de consolidation des institutions étatiques, après avoir repris le contrôle des provinces clés et restitué à l’État son autorité dans sa quasi-totalité. En réalité, la Syrie tout comme ses alliés iraniens et russes savaient, dès le début, qu’une guerre contre les terroristes, quels qu’en soient les coûts, valait la peine d’être menée si l’on veut maintenir l’unité et l’intégrité de l’État syrien. »

L’auteur élargit ensuite sa perspective et poursuit :

« L’axe de la Résistance a voulu de la sorte faire comprendre aux Américains qu’ils n’avaient d’autre choix que de se faire à l’idée d’une Syrie “une et indivisible” et c’est pour cette même raison que Moscou a fini par s’engager militairement dès 2015 en Syrie. La première étape du projet de la Résistance et de la Russie a débouché sur la reprise d’Alep en 2016. Washington a commencé à comprendre que l’objectif consistant à vouloir démembrer la Syrie risquait de lui coûter plus cher que la recherche d’une solution politique. Mais il n’en était pas encore trop sûr : fidèle à son concept de “chaos constructif”, l’Amérique a joué dans un troisième temps son va-tout, en misant sur Daech. Mais la prétendue guerre américaine contre Daech a in fine bénéficié à l’armée syrienne et à ses alliés. »

Dans la suite de l’article, Kandil explique comment la stratégie américaine a profité « malgré Washington » à l’État syrien et à ses alliés :

« C’est juste à ce stade que la Russie a saisi l’occasion pour mettre sur la table son offre : “Si vous avez peur de la présence de l’Iran et du Hezbollah en Syrie, vous n’avez qu’à rétrocéder à l’État syrien les régions où vos mercenaires sont en action, car là où l’armée syrienne est présente, l’Iran et le Hezbollah le sont aussi et aucune partie n’est en mesure de les mettre à la porte. Si vous cédez les régions que vos mercenaires occupent, seule l’armée syrienne va y entrer et vous aurez au moins le privilège de n’avoir à faire face qu’à la seule armée syrienne”. En réalité, la Russie a placé les États-Unis face à un choix : ou bien ils concéderont le contrôle du territoire syrien à l’État Syrie ou bien les Américains et les Israéliens auront à faire avec l’Iran et le Hezbollah. C’est dans ce contexte que la “jonction frontalière” entre les forces syriennes et irakiennes a été faite pour le grand bénéfice de l’axe de la Résistance. »

Pour Nasser Kandil, cette « jonction » revient à « franchir la ligne rouge fixée par Washington en Syrie » :

« Le Rubicon US franchi, les Américains ont compris très vite que la poursuite du conflit les entraînerait dans un face-à-face direct avec la Résistance et ce serait alors une guerre d’usure à l’issue incertaine. Ce constat, Washington l’a fait juste avant la rencontre Trump/Poutine à Hambourg où Trump a reconnu que la solution politique de la crise syrienne lui reviendrait moins cher ».

Selon Kandil, le fait que Washington propose une trêve dans le sud-ouest de la Syrie renvoie à ce constat d’échec :

« Les États-Unis ont de réelles inquiétudes au sujet de la sécurité israélienne, désormais largement exposée dans le sud de la Syrie. La trêve dans le sud-est est censée “éloigner l’Iran et le Hezbollah des frontières syro-israéliennes”. Soit, mais quel en est le prix ? Le maintien d’Assad au pouvoir. Après tout, Israël ferait mieux de faire face à un seul État, en l’occurrence l’État syrien, qu’à une alliance d’États dont la force guerrière sur terrain a été mise à l’épreuve des faits. Ainsi, la présence d’Assad apaisera-t-elle Israël, mais aussi la Turquie puisqu’en présence d’Assad, les Kurdes de Syrie n’auront d’autre choix que de mettre de l’eau dans leur vin fédéraliste, et ce, pour le plus grand bonheur d’Ankara. La réalité est qu’en Syrie, les alliés de Damas ont montré qu’ils savent bien jouer... Alors les Américains, échec et mât ? »

 

Jul 17, 2017 06:26 UTC
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