• Origines du triangle Iran-Russie-Turquie

En mai dernier, l’Iran, la Russie et la Turquie sont parvenus à un accord de cessez-le-feu en Syrie, sans l’intervention des États-Unis.

Les chefs des délégations des trois pays qui parrainaient les pourparlers de paix de deux jours au Kazakhstan ont signé un mémorandum sur la création de zones de désescalade dans différentes régions syriennes, dont les territoires à Idlib (nord-ouest), la province centrale de Homs, l’enclave de la Ghouta (banlieue est de Damas) et la partie méridionale du pays.

La crise syrienne a réveillé dans un premier temps la rivalité ancestrale entre les empires russe et ottoman, mais elle a eu ensuite comme principal effet le rapprochement de la Turquie avec la Russie et l’Iran, un véritable pied de nez aux Américains. Le conflit turco-russe a éclaté après le renversement de l’Empire byzantin. À partir de cette époque, les Russes ont commencé à se dire le porte-étendard de l’Église orthodoxe, en considérant Moscou comme la troisième Rome. Mais l’Empire ottoman, érigé sur les ruines de Byzance, s’est opposé à la Russie, qui désirait obtenir un débouché sur la Méditerranée.  

Durant la Seconde Guerre mondiale, la Turquie a déclaré sa neutralité et signé un pacte de non-agression avec l’Allemagne nazie, au grand dam de l’ex-Union soviétique. D’un autre côté, avec l’élargissement de l’OTAN et l’adhésion de la Turquie, les alliés d’Ankara formaient la plus longue frontière avec les Républiques soviétiques. La rivalité russo-turque ne date donc pas d’hier.

L’histoire des relations entre l’Iran et la Turquie est quelque peu différente. La rivalité qui a opposé les deux pays pendant 150 ans, au plus fort de la domination séfévide, a graduellement cédé la place à l’entente due à des intérêts communs. La revue américaine estime que le gouvernement chiite iranien, du temps des Qadjars, n’a jamais été dans le courant de l’Histoire, dominé par l’Empire ottoman.

Selon Foreign Policy, l’étroite coopération de ces trois pays est davantage motivée par leur compréhension des défaillances du système américain que par une propension à un rapprochement.

Les États-Unis n’ont jamais été aussi présents en Syrie que depuis la prise du pouvoir de Donald Trump. Pourtant, cette présence a favorisé les groupes de l’opposition syrienne. La « ligne rouge » que son prédécesseur Barack Obama ne voulait pas franchir a été transgressée suite à la frappe contre la base aérienne syrienne de Chayrat en réponse à l’attaque chimique présumée du 4 avril contre la ville de Khan Cheikhoun dans le nord-ouest de la Syrie.   

On ignore jusqu’à quand Washington compte continuer ses activités en Syrie. Par contre, Moscou envisage de conserver ses bases militaires dans le pays. D’autre part, l’Iran y élargit sa sphère d’influence vu l’affaiblissement notable des groupes rebelles soutenus par Washington. La Turquie, dirigée par le président Erdogan, a tout intérêt à amadouer les Russes, surtout depuis que sa relation avec l’OTAN est houleuse et que le processus d’adhésion de la Turquie à l’UE est dans les limbes depuis plusieurs années. Or, leurs relations ont repris de l’élan en 2016, un an après la destruction d’un avion Su-24 russe par un F-16 turc dans l’espace aérien syrien.

Selon les observateurs, l’accord de mai 2017 entre l’Iran, la Russie et la Turquie sur la création de « zones de désescalade », et ce, sans l’implication des États-Unis, prouve une connivence qui peut ne faire que du bien à la Syrie.

Même si la pérennité de cette coopération pourrait être remise en cause à court terme, en raison des intérêts nationaux disparates des trois pays, Foreign Policy rappelle que la clé réside dans la politique des États-Unis en Syrie. « Si Washington décide de réduire son implication en Syrie, les relations entre l’Iran, la Russie et la Turquie s’en trouveront mieux loties », prétend la revue américaine.

 

Sep 10, 2017 13:41 UTC
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