• Les soldats américains, lors d’une parade.
    Les soldats américains, lors d’une parade.

L’évacuation spectaculaire par les États-Unis d’un grand nombre de chefs de guerre de Daech à Hassaka, gouvernorat situé dans le nord-est de la Syrie, est loin d’être anodin. C’est un tournant qui vient de se produire dans la stratégie guerrière de Washington. En effet, les Américains sont sur le point de déplacer l’épicentre de la guerre, placé jusqu’ici en Syrie, vers d’autres régions dans le strict objectif de défier les alliances récemment créées dans la région.

Un premier transfert de chefs daechistes, au nombre desquels figureraient des officiers occidentaux et israéliens, a eu lieu il y a quelques semaines à Deir ez-Zor dans l’est de la Syrie. De là, les terroristes ont été héliportés vers Raqqa, où ils auraient reçu des « formations intenses ». 

Que se passe-t-il réellement ? Selon l’analyste iranien, Hassan Hanizadeh, « les évolutions sur le terrain des combats en Syrie trahissent un tournant dans la stratégie adoptée par les Américains : ces derniers projettent désormais de transférer “le foyer de la crise” vers l’Asie centrale et le nord de l’Afrique tout en préservant aux portes d’Israël des terroristes de Daech et d’al-Nosra, qui devront jouer le rôle de l’armée par procuration d’Israël. Les États-Unis travailleraient en effet à la formation d’une armée au Golan occupé (composée de terroristes takfiristes, NDLR), dont la mission consisterait à veiller à la sécurité d’Israël via des actions armées permanentes contre l’armée syrienne et ses alliés. »

Le scénario n’a rien d’original. Dans les années 80, Israël a recruté un certain général Saad Haddad et sa milice avant de leur confier la tâche d’assurer « sa sécurité » sur ses frontières nord avec le Liban. La milice s’est effondrée quand, en l’an 2000, Israël a été poussé à retirer ses forces du Sud libanais.  

Mais quel est l’axe principal du plan B américain en Syrie ? 

Le Pentagone prévoit de former aux frais de Riyad, les terroristes de Daech, d’al-Nosra et de Jaish al-Islam. La formation se déroulera sous les auspices des officiers américains et israéliens dans une base US, située à Idlib. Une fois la formation achevée, les terroristes seront déployés le long des frontières avec Israël, dans une zone étendue depuis le Golan à la province stratégique de Deraa.

La réalité est que le CentCom israélo-américain peine à reconnaître sa défaite en Syrie. Son objectif consiste donc à faire du Golan occupé un champ de bataille permanent contre la Syrie et ses alliés. Une guerre d’usure qui devrait affaiblir les alliés jusqu’à « l’assaut final ». Cet assaut prendra une double forme politique et militaire : Washington compte réorganiser l’ASL sur le plan militaire, mais surtout politique, avant de l’envoyer à l’assaut de la capitale, Damas. Car depuis 2011, les militaires déserteurs qui ont formé l’ASL n’ont cessé d’aller d’erreur en erreur, faisant montre d’une totale inculture politique. Washington est prêt à re-parier sur ce cheval perdu à condition que l’ASL réussisse sa mue politique. Au Pentagone, on croit pouvoir éliminer Assad de la scène et placer les officiers de ce groupe armé à sa place.

Le plan B américain réservera aussi des surprises à la Russie et à la Chine : Daech et al-Nosra ne comptent pas rester au Golan occupé et à Deraa pour mener uniquement la vie dure à Assad et à ses alliés. Ils sont chargés de se réactiver en Asie centrale pour défier « les parties — Russie et Chine — qui ont osé tenir tête aux plans US en Irak et en Syrie. 

Selon Hanizadeh, les récentes attaques terroristes en Afghanistan contre les chiites constituent une alerte lancée non seulement en direction de l’Iran voisin, mais aussi à l’adresse de la Russie et de la Chine. Car Daech devra étendre son action jusqu’en Tchétchénie. L’Irak n’est pas non plus oublié dans ce plan. La résurgence de Daech au Kurdistan irakien permettra aux Américains de déstabiliser les frontières ouest de l’Iran, mais aussi terroriser la Turquie. S’il est vrai que les victoires des forces alliées à Deir ez-Zor et à Abou Kamal ont largement contribué à changer la donne au Moyen-Orient, il est aussi vrai que les Américains ont réussi à créer des liens entre les Kurdes de Syrie et les terroristes de Daech, et ce, sur le dos d’Ankara.

De l’est de la Syrie, les USA se dirigeront lentement mais sûrement vers l’Afghanistan, l’Asie centrale et le Caucase pour frapper de plein fouet l’alliance Iran-Russie-Chine, qui a tout intérêt à empêcher une extension du terrorisme au-delà du Moyen-Orient. 

 

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Jan 02, 2018 16:14 UTC
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