• Iran/USA: la

Fidèle à sa mission de ridiculiser le droit international, Donald Trump s'est prononcé vendredi 12 janvier sur l'accord nucléaire signé entre l’Iran et les 5+1 en 2015. Trump a dit vouloir confirmer la suspension des sanctions économiques contre l'Iran levées dans le cadre de l'accord sur le nucléaire, mais pour la "dernière" fois!

D'ici la prochaine échéance de suspension des sanctions, dans 120 jours pour les principales d'entre elles, il compte donc « travailler avec ses partenaires européens sur un accord de suivi » visant à « durcir les conditions du texte de 2015 ». 

Où Donald Trump veut-il en venir ? 

Selon le professeur Nader Entessar, doyen de la Faculté des Sciences politiques de l'Université d'Alabama, le président américain vise tout bonnement à pousser l'Iran à l’extrême. En lançant un ultimatum aux pays européens, il entend d'abord supprimer la clause dite "Crépuscule du soleil" qui prévoit la fin des sanctions pour 2025. Son stratagème consiste à éterniser de la sorte, les restrictions imposées au programme nucléaire iranien au-delà du délai que fixe le PGAC en 2025. Le deuxième objectif de Trump consiste à frapper fort le secteur balistique iranien et à amputer l'Iran de ses capacités de dissuasion, alors que le pays est entouré de bases militaires US et fait face aux menaces croissantes de guerre de ses ennemis. Or, si Trump réussit à imposer cette double condition, c'en serait fini avec la présence US dans le PGAC. L'accord que les Américains croient ainsi pouvoir enterrer sera remplacé par un autre, de nature et aux objectifs totalement différents. 

À vrai dire, le retrait pur et dur des États-Unis de l'accord aurait privé ces derniers de tout levier de pression, alors que le maintien sous condition de Washington dans le PGAC placerait les États-Unis dans une situation plus défendable qui leur fournirait de quoi justifier leurs politiques futures envers l'Iran. Trump a décidé donc de rester dans l'accord de façon conditionnelle tout en menaçant l’Europe d’un retrait si celle-ci ne lui emboîte pas le pas vis-à-vis de l’Iran. La Maison Blanche met ainsi en tenaille l’Iran pour le pousser à quitter l’accord en premier.

La petite semaine de grogne sociale en Iran, exercice le plus normal qui soit dans une démocratie, donne une petite idée de la suite du projet "Iran" de la Maison Blanche. En resserrant l'étau des sanctions économiques autour de l'Iran, Trump cherche à créer une masse populaire économiquement mécontente qui se révolterait contre le pouvoir. À la différence de 2009, il ne veut pas en rester là : son plan vise à "mêler les agents terroristes" aux manifestations économiques de masse et à reconduire le "modèle syrien" en Iran.  

Le président américain semble s'inspirer de Reagan, son idole, pour déclencher une nouvelle "Guerre froide" contre l'Iran, identique à celle qui a provoqué l’effondrement de l’Union soviétique. Cette guerre envisage de priver l'Iran de sa profondeur stratégique, aussi bien au Liban et au Yémen qu’en Irak et en Syrie et à élargir les chances de succès stratégiques de Washington dans ses guerres par procuration qu’il a quasiment perdues à présent. 

La déclaration de Trump vendredi sur l'accord nucléaire a été en réalité un pas de plus franchi dans ce sens : sans se retirer de l'accord, il a ouvert la voie à ce que l’étau soit resserré autour de l’Iran et à ce que ce dernier finisse par se retirer du PGAC : Les 14 personnalités et institutions iraniennes sanctionnées confirment cette hypothèse. En sanctionnant le ministre iranien de la Justice, l’Amérique a déclaré la guerre à la Constitution iranienne.  

Mais cette déclaration a au moins le mérite de placer l'Europe face à sa responsabilité. 

La manière par laquelle Donald Trump traite l'accord nucléaire ressemble au « Chicken game », ce modèle de conflit pour deux joueurs dans la théorie des jeux : il s’agit de deux conducteurs qui se dirigent l'un vers l'autre sur une trajectoire de collision. Il faut dévier, ou les deux peuvent mourir dans l'accident.

Mais le perdant ne sera certainement pas l’Iran. Dans un communiqué d’une fermeté totale, le ministère iranien des Affaires étrangères a affirmé ce samedi 13 janvier que l’Iran ne fera rien « au-delà des engagements qu’il a pris dans le cadre du PGAC », tout en condamnant de nouvelles sanctions que Trump impose aux personnalités et aux institutions iraniennes sous le « faux prétexte des droits de l’Homme » : « Le PGAC est un document international fiable et à ce titre, il n’est nullement négociable. Aucun changement à ce texte ni aujourd’hui, ni demain, ne sera accepté et l’Iran ne permettra aucun lien entre le contenu de ce texte et d’autres dossiers ».

La déclaration de Trump est publiée alors que ce dernier vient de traiter les pays africains de « pays de m**** ». Difficile de croire donc que les larmes de crocodile droit-de-l’hommiste, qu’il verse sur le sort des Iraniens, aient d’autres objectifs que de dégager le dernier tour de force contre l’Iran : mais puisqu’il a décidé d'agir de la sorte, l’Iran sait alors comment s’y prendre. Mardi, le Leader de la Révolution islamique le confirmait encore : " La vraie-fausse folie à laquelle joue le président américain ne restera pas sans réponse".  

Jan 13, 2018 09:13 UTC
commentaires