Les forces américaines ont tué des dizaines de soldats russes en Syrie la semaine dernière, ce qui peut être considéré comme la confrontation la plus meurtrière entre les troupes des anciens ennemis depuis la guerre froide, a écrit le site web américain Bloomberg.

L’article corédigé par Stepan Kravchenko et Henry Meyer et publié le 13 février 2018 par Bloomberg, affirme que plus de 200 soldats sous contrat, principalement des Russes, combattant pour le gouvernement de Bachar al-Assad, sont visés et tués, dans une attaque par erreur des forces américaines et leurs alliés dans la région pétrolifère de Deir ez-Zor. Selon les États-Unis, 100 personnes ont été tuées et de 200 à 300 autres ont été blessées, sans pouvoir pour autant préciser le nombre de soldats russes tués dans cette frappe aérienne.

Bien que Bloomberge évoque, dans une partie de cet article, la mort de « 200 soldats russes » et dans une autre partie, la mort de « 200 mercenaires pour la plupart des Russes », toutefois il semblerait que ce chiffre ne corresponde pas forcément qu'aux soldats russes. Tout porte à croire que parmi les morts, « un grand nombre d’entre eux » soient des soldats « russes ».

L’article estime que cette frappe montre que le conflit syrien est beaucoup plus compliqué de ce que l’on croit.

« Ce qui n’était qu’un conflit interne s’est transformé, au fur et à mesure, en une guerre par procuration et régionale impliquant des extrémistes, des Kurdes ainsi que des acteurs régionaux et extrarégionaux », écrit Bloomberg. L’armée russe dit que les États-Unis avaient revendiqué cette attaque. Le secrétaire américain à la Défense James Mattis a qualifié la situation de « perplexe », sans fournir aucun autre détail.

« Les responsables de la coalition étaient en communication régulière avec leurs homologues russes avant, pendant et après l'attaque non provoquée », a déclaré le colonel Thomas F. Veale, porte-parole de l'armée américaine.

Selon ce dernier, la frappe de la semaine dernière a eu lieu à environ 8 kilomètres à l'est de la ligne de démarcation de l'Euphrate, le 7 février, lorsque les forces de l’ennemi ont commencé à tirer et à avancer dans le cadre d'un bataillon d’infanterie, soutenu par l'artillerie, les chars et les systèmes de missile.

Le colonel Thomas F. Veale, porte-parole de l'armée américaine, a précisé dans un communiqué qu’aucun décès n'avait été signalé du côté de la coalition et que «les véhicules et le personnel de l'ennemi qui sont retournés vers l'ouest n'ont pas été ciblés».

Le gouvernement syrien a qualifié cette attaque de « frappe barbare » et de « crimes de guerre ». Le nombre de victimes côté russe est cinq fois supérieur à l’ensemble de soldats russes tués depuis leur arrivée en Syrie en 2015.

Un élément pro-russe ayant gardé l’anonymat a déclaré à Bloomberg, lors d’un entretien téléphonique, que les pertes ne cessent de s’alourdir et que les blessés sont soignés dans des hôpitaux militaires à Moscou et Saint-Pétersbourg.

Selon Alexandre Lonov, qui dirige un groupe soutenu financièrement par le Kremlin et qui a des liens avec les éléments qui se sont battus aux côtés des forces de l’armée syrienne dans la région, la plupart des soldats russes tués ou blessés dans cette frappe américaine sont des vétérans du conflit dans l'est de l'Ukraine.

Il se peut que les « mercenaires » dont parle Bloomberg, soient des forces syriennes sur le terrain qui sont soutenues par Moscou.

Des reportages dans les médias russes ont indiqué que Wagner - une organisation mystérieuse connue sous le nom de « réaction de la Russie à Blackwater » - avait été engagée par Assad ou ses alliés pour protéger les installations énergétiques syriennes.

Yury Barmin, un analyste des questions du Moyen-Orient au Conseil des affaires internationales de Russie, a déclaré que Moscou soutenait les efforts d'Assad pour reconquérir la région « cruciale » de Deir ez-Zor ainsi que sa raffinerie occupée auparavant par Daech, afin de financer son plan national de reconstruction et de réconciliation.

Cependant, certains responsables et diplomates russes évoquent ceci comme un « grand scandale » pour les États-Unis, puisqu’ils cherchent à trouver un prétexte pour justifier leur présence illégitime en Syrie et y accéder à leurs intérêts économiques : la lutte contre le terrorisme est le dernier objectif de Washington.

Pour Vladimir Frolov, ancien diplomate russe et législateur qui est maintenant un analyste politique indépendant, cet incident meurtrier est « le premier échange armé entre deux grandes puissances depuis la guerre du Vietnam ».

Feb 14, 2018 10:50 UTC
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