• Idlib: pour qui ramera Erdogan?

Au sommet tripartite à Téhéran sur Idlib, le 7 septembre, le président turc Recep Tayyip Erdogan a bien retenu le message de son homologue russe qui avait dit que Damas « se doit de reprendre le contrôle de ses frontières avec la Turquie ».

Dans un article paru dans Rai al-Youm, l’éditorialiste Abdel Bari Atwan écrit que le communiqué officiel du commandement de la base militaire russe de Hmeimim, stipulant que l’armée russe soutiendrait les opérations de l’armée syrienne contre les troupes occidentales dont celles de la Turquie qui sont présentes en Syrie de façon illégale, soulève deux points essentiels.

« Le premier est que la Russie, l’Iran et la Turquie ne sont pas parvenus à un consensus sur les modalités d’appréhender la situation à Idlib : la Russie et l’Iran sont favorables à la bataille d’Idlib tandis que la Turquie ne l’est pas.

Le deuxième point est que des affrontements opposant d’un côté la Syrie et la Turquie, et de l’autre, la Russie et la Turquie, paraissent imminents. Le communiqué du commandement de la base militaire russe de Hmeimim fait indubitablement allusion aux troupes turques à Idlib, étant donné qu’il n’y a pas d’autres troupes étrangères.

Il se trouve que ce communiqué coïncide avec l’envoi de 400 forces spéciales turques vers les 12 postes d’observation de la Turquie dans la province d’Idlib. Ce nombre pourrait s’élever à 4.000 d’ici la fin de la semaine. Une situation fort embarrassante pour Moscou.

Au sommet de Téhéran, le président Erdogan s’est donc trouvé bien seul face à l’unité de Hassan Rohani et Vladimir Poutine. Ce dernier lui a indirectement et subtilement signifié que les forces turques devaient quitter le nord de la Syrie.

Mais d’où provient la montée des divergences avec la Turquie au sommet de Téhéran et le refus par le président russe de la proposition turque consistant à établir un cessez-le-feu pour éviter une bataille à Idlib ? De nombreux arguments plausibles ont été balayés d’un revers de la main par le célèbre journaliste turc Cengiz Candar. Il estime que le président Poutine s’est rendu compte de la profonde fissure entre la Turquie et l’Occident. C’est pourquoi Erdogan ne peut privilégier l’option d’une confrontation avec la Russie, étant donné la crise économique que traverse son pays et sa dépendance au pétrole et au gaz iranien et russe. En outre, son recours aux États-Unis est une cause perdue.

L’unique concession accordée à Erdogan lors du sommet tripartite a été la division des opérations à Idlib en trois étapes ; la libération des points de passage entre la Syrie et la Turquie dans les villes de Jisr al-Choughour et Bab al-Hawa, occupé par le Front al-Nosra, est relayée à la dernière phase des opérations. Cette initiative ferait gagner du temps à Ankara pour séparer les groupes dits « modérés » des groupes terroristes. Le problème est que pour ses deux autres partenaires, tout groupe armé, opposé au gouvernement d’Assad, est considéré comme terroriste.

La Russie est déterminée à vider la Syrie de toutes les factions et des groupes étrangers dont la présence dans le pays est illégale, car n’ayant pas reçu l’aval de Damas. L’évacuation des troupes turques du nord de la Syrie est néanmoins la priorité de sa mission.

Si l’escalade des tensions sur le terrain mène à des affrontements avec l’armée syrienne soutenue par les forces russes, la Turquie n’aura que deux possibilités : rejoindre le camp irano-russe ou affirmer sa neutralité à l’instar de ce qui s’est passé lors de la bataille d’Alep, ou s’engager dans une confrontation avec la Russie. Cette option sera lourde de conséquences du point de vue humanitaire, car une guerre régionale ferait affluer des millions de réfugiés syriens et des milliers de terroristes vers les frontières de la Turquie.

Durant la conférence de presse conjointe qui a eu lieu au terme du sommet de Téhéran, l’expression morose et crispée du visage d’Erdogan n’est pas passée inaperçue. Le passage en revue de toutes ces options ne lui a guère réussi ».

 

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Sep 12, 2018 10:38 UTC
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