Dec 13, 2018 11:27 UTC
  • Israël a-t-il perdu sa profondeur stratégique?

« Plus la tension monte au Moyen-Orient, plus on parle d’une éventuelle guerre entre le régime israélien et l’axe de la Résistance, surtout l’Iran et le Hezbollah libanais », écrit Makram Najmuddine, dans une note publiée le 10 décembre sur le site d'Al-Monitor.

Selon l’auteur, ce dynamisme est en jeu depuis des années: chaque fois que l’un des adversaires gagne en puissance, les médias et les milieux politiques parlent d’une possible guerre imminente. « Pourtant, la possibilité d’une véritable guerre ne cesse de diminuer malgré tous les avis contraires », estime M. Najmuddine.

Depuis le 4 décembre, l’armée israélienne mène l’opération « Bouclier du Nord » dont le but, selon Tel-Aviv, est de démanteler un réseau de tunnels, attribués au Hezbollah, à la frontière entre le Liban et la Palestine occupée.

Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, prétend que le Hezbollah cherchait à envoyer des « bataillons entiers » à l’intérieur de la Palestine occupée afin de saisir des terres, kidnapper ou tuer des Israéliens, « avec le soutien de Téhéran ». 

Malgré la rhétorique israélienne, l’Iran et le Hezbollah ont gardé le silence face à ces accusations. En effet, à peine quelques jours avant le début du « Bouclier du Nord », le Hezbollah avait publié une vidéo montrant des images aériennes d’installations israéliennes sensibles (y compris le siège du ministère israélien des Affaires militaires), avec un message en hébreu indiquant: « Si vous osez attaquer, vous le regretterez ». La vidéo était une réaction à une frappe israélienne du 29 novembre contre des cibles en Syrie censées être contrôlées par l’Iran et le Hezbollah.

D’après Makram Najmuddine, un commandant iranien a confié à Al-Monitor sous couvert d’anonymat: « Il n'y a pas eu de frappe le 29 novembre contre les positions de la Résistance en Syrie. Il n’y a pas eu de frappe depuis le mois de septembre. Le fait est qu’une fausse alerte a provoqué le fonctionnement des systèmes de défense antiaériens syriens. » 

« Israël tente de diffuser de fausses informations pour suggérer que l’Iran transfère son poids stratégique de la Syrie au Liban. Mais c’est drôle parce que les capacités du Hezbollah au Liban sont effectivement là depuis des années. Ils ont tout ce qu'il faut pour défendre le Liban contre une agression israélienne. Rien n’a changé depuis des années », a-t-il expliqué. 

Selon lui, les autorités israéliennes « savent maintenant que tous leurs efforts sont voués à l'échec et ils tentent de faire oublier leur fiasco en Syrie en formulant de nouvelles allégations contre le Liban. Mais Israël sait bien qu’il n’est pas capable de déclencher une guerre ».

Hosam Matar, chercheur libanais des relations internationales et auteur de « The soft power war between the US and Hezbollah », estime que toutes les parties sont conscientes du prix énorme d’une éventuelle guerre majeure dans la région.

Selon le chercheur libanais, « quant au Front intérieur israélien, l’axe de la Résistance a réussi à transformer une menace mineure en une menace large et globale. Cela pèse désormais sur les calculs des Israéliens chaque fois qu’ils penseront au déclenchement d’une nouvelle guerre ».

Hosam Matar ajoute qu’avec cet instrument de dissuasion, l’axe de la Résistance réussit à exercer des pressions sur Israël qui manque une profondeur géographique essentielle. D’après l’analyste libanais, ce qui met en colère les dirigeants de Tel-Aviv, c’est qu’Israël a perdu l’avantage d’avoir l’initiative stratégique de déclencher une guerre à grande échelle toujours en dehors de son territoire. Il a perdu donc sa profondeur stratégique. 

Pour compenser cette perte, les Israéliens comptent sur une « dissuasion permanente », ce qui signifierait pour eux une action tactique limitée et préventive visant à empêcher leurs adversaires d’accumuler du pouvoir les empêchant de l'attaquer.

Le journaliste syrien, Rida al-Basha, estime que compte tenue de la situation actuelle en Syrie et de la perspective d’une victoire imminente sur les terroristes, une guerre éventuelle à l’avenir « ne sera plus limitée à l'intérieur des frontières libanaises ou syriennes ».

Al-Basha ajoute: « D’Alep à Hama, en passant par Homs ou Damas, il y a des zones dans lesquelles l’armée syrienne opère, à l’aide du Hezbollah et des combattants de la Résistance. Il y a donc des troupes syriennes qui ont été entraînées par l’axe de la Résistance. » Le journaliste syrien estime que plus de 15.000 soldats syriens ont été entraînés ainsi au plus haut niveau.

En conclusion, Makram Najmuddine croit que le niveau de dissuasion aux frontières est si élevé qu’il rendrait très improbable une guerre entre Israël et l’axe de la Résistance dans un proche avenir, d’autant plus qu’une telle confrontation permettra aux autres parties régionales et internationales de s’y impliquer. Le résultat en serait un conflit global que personne au monde ne voudrait voir. 

Mots clés

commentaires