Dec 18, 2018 18:24 UTC
  • Des chars turcs.
    Des chars turcs.

Des informations en provenance du nord de la Syrie indiquent que les troupes turques se préparent à attaquer les positions des forces affiliées aux forces YPG basées à l’est de l’Euphrate. Certaines sources ont même confirmé que cette attaque allait être lancée très prochainement.

Si la Turquie devait véritablement mener l’attaque, qui mobiliserait 15 000 forces affiliées à l’ASL, il s’agirait de la plus vaste opération militaire de l’armée turque depuis l’année dernière, après celle d’Afrin.

Il est néanmoins utile de rappeler que les Turcs n’ont jamais mené jusque-là des opérations à l’est de l’Euphrate en Syrie, et ce, en raison de la présence de troupes américaines qui protègent les YPG.

Mais cette fois-ci, le président turc a explicitement parlé d’attaquer les YPG.

Certaines sources ont même affirmé que la Turquie avait réussi à entrer dans les bonnes grâces de la Maison-Blanche et à obtenir son feu vert.

Mais il demeure plusieurs questions et incertitudes sur les véritables raisons de cette attaque et la nécessité de satisfaire aux exigences des puissances présentes en Syrie, parmi lesquelles les États-Unis.

On devrait notamment répondre à la question de savoir pourquoi la Turquie insiste tant pour attaquer l’est de l’Euphrate en Syrie et plus généralement pourquoi la destruction des YPG est aussi vitale pour les Turcs ; à tel point qu’ils sont prêts pour cela à ne lésiner sur rien et à violer l’espace territorial d’un État tiers.

Pour répondre à ces questions, des rappels importants doivent être faits. Premièrement, si nous examinons attentivement la carte de la région et du nord de la Syrie, nous constatons que le fleuve Euphrate, du nord au sud, divise presque cette région du nord de la Syrie en deux parties est et ouest.

À l’est de la rivière, sur une distance d’environ 480 000 kilomètres et jusqu’aux frontières de l’Irak, des troupes américaines sont stationnées dans plus de 12 bases militaires, parfois accompagnées de soldats français. Les plus importants centres de rassemblement des Kurdes sont ceux de Kobané et Jerablus, à l’est de l’Euphrate.

À l’ouest de l’Euphrate et jusqu’à Afrin et près de la côte de la Méditerranée, les forces turques ont pu se positionner à l’est d’Afrin en coupant les lignes de communication des Kurdes sur cet axe.

Cette fois, Ankara prévoit de couper les forces kurdes en deux en déployant des forces sous son contrôle à l’est de l’Euphrate et plus particulièrement à Kobané et à Jerablus.

Peut-être n’est-il plus nécessaire d’expliquer pourquoi les Kurdes affiliés aux YPG luttent pour étendre leur influence dans le nord de la Syrie, contrairement à la Turquie. Il semble que, poursuivant leur unité dans ces zones (régions frontalières de l’Irak jusqu’à la Méditerranée et l’ouest d’Afrin et le sud d’Eskanderun), ils souhaitent en réalité à former une seule ligne et à devenir un corps uni et actif en mesure de faire face à la Turquie.

Ankara a bien compris que toute union kurde le long de la frontière avec le nord de la Syrie pourrait constituer une menace potentielle pour la Turquie, surtout si quelqu’un venait à murmurer des idées séparatistes à l’oreille des Kurdes de Syrie, qui sont sous la protection de certains pays européens et des États-Unis. C’est ainsi que le gouvernement turc en est venu à envisager une attaque sur les territoires situés à l’est de l’Euphrate.

De toute manière, la Turquie est déterminée à s’engager dans des opérations conjointes avec l’Armée syrienne libre, sur une zone d’environ 550 km de long, à 40 km à l’est de l’Euphrate, contre les éléments affilés aux YPG. Et si les Turcs menaient cette opération, dont le dénouement reste incertain, ils devraient aussi en assumer le coût exorbitant.

Toute opération militaire en Syrie est considérée comme une violation flagrante de la souveraineté d’un État indépendant et la Turquie devrait le cas échéant en assumer toutes les responsabilités.

Nous devons donc attendre et suivre de près les évolutions à venir dans cette zone ultrasensible, car toute erreur de calcul des forces des deux côtés pourrait nuire considérablement à la démographie, à l’environnement et aux ressources humaines.

 

 

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