Jan 07, 2019 18:07 UTC
  • Syrie: Riyad doublé par Ankara

Les rivalités entre la Turquie et l’Arabie saoudite pour attirer des alliés battent leur plein. Il semblerait pourtant qu’Erdogan a devancé un tant soit peu ses rivaux. L’éditorialiste de Rai al-Youm se veut rassurant que Damas saura faire tout ce qui assure les intérêts du peuple syrien, malgré les convoitises de certains États de la région.

Alors que l’Arabie saoudite est occupée par le dossier des auteurs de l’assassinat du journaliste critique Jamal Khashoggi, faisant preuve, en même temps, d’atermoiements dans la mise en application de la trêve à Hudaydah sur la côte ouest du Yémen, sa rivale régionale, la Turquie, a accueilli les dirigeants d’importants pays musulmans de la région, écrit Abdel Bari Atwan, dans un article publié par le journal arabophone Rai al-Youm.

Le premier dirigeant musulman à avoir récemment effectué une visite en Turquie était le Premier ministre pakistanais Imran Khan, et le deuxième, est le président irakien Barham Saleh, rappelle le journaliste arabe qui ajoute :

« Recep Tayyip Erdogan sait très bien que la crise en Syrie s’approche de sa fin et que l’axe Arabie saoudite-Émirats arabes unis-Égypte est déterminé à renouer avec Bachar al-Assad par le biais des projets d’investissements dans la reconstruction de la Syrie. Si ce projet se réalise, cela voudrait dire que la Turquie sera encerclée par ces trois pays, dans l’optique d’Erdogan qui, dans une tentative d’anticiper les choses, prépare un contre-plan. Pour ce faire, Erdogan songe à encercler cet axe influant dans son arrière-cour orientale et affirmer sa place au Pakistan et en Afghanistan. C’est ce qui justifie d’ailleurs l’accueil chaleureux qu’il avait réservé à ses invités pakistanais et irakien à Ankara. Le grand intérêt porté par Ankara au développement des relations commerciales et militaires avec le Pakistan et sa proposition de tenir un sommet tripartie turco-pakistano-afghan au printemps prochain s’explique par cette même motivation. »

Et en parlant de l’Irak, pays musulman qui cherche à retrouver son rôle dans le monde arabe et dans la région, dans un sens plus général, Abdel Bari Atwan affirme avoir remarqué l’entente trouvée entre les présidents turc et irakien, en ce qui concerne les coopérations dans le cadre de la lutte antiterroriste.

« Dans un communiqué conjoint, Erdogan et Saleh ont conclu de rédiger une stratégie commune pour la lutte contre le terrorisme. Cela signifie qu’une nouvelle fois, l’Irak reconduit l’accord signé à l’époque de Saddam Hussein avec la Turquie. »

D’après le journal Rai al-Youm, l’on pourrait en déduire que les avions turcs pourraient recevoir l’autorisation de pourchasser, dans le Nord irakien, les éléments du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan qualifié de terroriste par Ankara).

Le ministre pakistanais des Affaires étrangères Mahmoud Qureshi qui accompagnait Imran Khan au cours de sa visite à Ankara a affirmé que le Pakistan et la Turquie étaient sur la même longueur d’onde en ce qui concerne les questions stratégiques et que les deux pays insistaient à renforcer les coopérations bilatérales dans tous les domaines surtout le commerce. L’article précise également que le Pakistan mise énormément sur les investissements, mais aussi, sur l’expérience et le savoir-faire de la Turquie en matière d’infrastructures et d’industries militaires. Islamabad vient de signer avec Ankara un accord d’achat d’hélicoptères d’une valeur d’un milliard de dollars, précise le journaliste arabe, ajoutant que l’attitude d’Ankara a amené les Saoudiens et les Émiratis à penser à renouer avec la Syrie et son président Bachar al-Assad.

Mais deux importantes questions s’imposent selon l’éditorialiste de Rai al-Youm :

– Jusqu’à quand le président turc pourra-t-il continuer à contourner Damas dans ces ballets diplomatiques, alors qu’il cherche, en même temps, à entretenir des liens stratégiques avec des alliés régionaux de la Syrie, à savoir, l’Iran, la Russie et l’Irak ?

– Le gouvernement syrien fera-t-il confiance à cette tentative de rapprochement venant de Riyad et d’Abou Dhabi ? Autrement dit, la Syrie acceptera-t-elle d’adhérer au camp de ses anciens ennemis, quitte à s’impliquer dans une confrontation avec la Turquie ?

Abdel Bari Atwan fait ensuite allusion aux affrontements ayant tout récemment opposé la coalition terroriste Hayat Tahrir al-Cham (qu’on pourrait aussi appeler ex-Front al-Nosra) et le groupe terroriste et milice pro-turque Harakat Nour al-Din al-Zenki, dans le Nord syrien. Sur ce fond, le journaliste arabe estime probable que la Turquie soit entraînée, à l’avenir, à s’engager dans une confrontation avec l’armée syrienne.

Quoi qu’il en soit, le président turc, Recep Tayyip Erdogan saura fort probablement préserver, jusqu’à la fin, la carte gagnante dans les relations avec Damas. Il sait aussi et surtout qu’après le retrait américain de Syrie, l’Iran et la Russie resteront dans une position de force sur la donne syrienne, ajoute l’article.

Par ailleurs, l’éditorialiste de Rai al-Youm estime très peu probable que la Syrie de l’après-guerre puisse faire confiance à l’Arabie saoudite, alliée et sponsor de la coalition ayant fait subir huit années de guerre au peuple syrien.

« Malgré les convoitises de certains états de la région qui tentent tant bien que mal de dissimuler leurs intentions sous couvert d’offres de renouement, la Syrie saura certes opter pour tout ce qui assurera les intérêts de son peuple et le bon déroulement de sa reconstruction. Aujourd’hui, la Syrie détient toutes les cartes gagnantes et pourtant elle n’oublie rien:  c’est juste une étape pour contenir sa colère, ni plus ni moins… »

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