Jan 31, 2019 11:43 UTC
  • Russie-Iran: Israël a eu gain de cause?

Depuis des semaines, certains médias essaient de suggérer qu’il y aurait un conflit d’intérêts majeur entre l’Iran et la Russie en ce qui concerne l’étendue et la qualité de leur influence en Syrie.

Le quotidien libanais Al-Binaa vient de publier sur son site web une note de l’analyste Wafiq Ibrahim qui s’interroge sur l’existence ou non d’un véritable conflit d’intérêts entre Téhéran et Moscou en Syrie.

Wafiq Ibrahim écrit : « La Russie semble être déterminée à trouver, par les moyens qui sont les siens, une issue à la guerre civile en Syrie afin que l’intégrité territoriale de ce pays soit conservée sous le leadership du président Bachar al-Assad et que la Russie garde pour elle une influence totale et spécifique sur la Syrie. Mais les analyses montrent que la réalisation d’un tel projet serait trop difficile, voire impossible, si les Russes ne réussissent pas à obtenir l’approbation des États-Unis, d’Israël et de la Turquie. »

Quant à la République islamique d’Iran, l’analyste croit que Téhéran voudrait se doter d’une position permanente et respectée par tous en Syrie dans le cadre de l’alliance ou de l’axe de la Résistance, ce qui aurait sans doute des conséquences non négligeables sur l’influence des États-Unis en Syrie ou encore sur l’expansionnisme israélien vis-à-vis de la Syrie.

Wafiq Ibrahim souligne aussi que la réussite de Téhéran à réaliser son projet aurait des impacts directs sur la présence ou l’influence iranienne au Liban, en Irak et au Yémen.

L’auteur ajoute : « Si l’Iran réussit à réaliser ses objectifs en Syrie, ces pays deviendront naturellement des composantes d’un bloc unifié de la Résistance. La guerre ou la paix dans l’un de ces pays serait donc valable pour les autres. D’après cette logique, il ne suffirait pas de sauver simplement la Syrie, si l’Iran continuait à rester sous les sanctions et les menaces étrangères, que l’Irak restait en proie à l’insécurité et à la guerre, qu’Israël continuait l’occupation du Golan et que le Liban restait sous les menaces permanentes d’Israël, de l’Arabie saoudite et des États-Unis. »

Selon Wafiq Ibrahim, il existe des compréhensions différentes en ce qui concerne un « conflit d’intérêts irano-russes en Syrie ». L’analyste libanais croit que dans certains cas, il y a une tendance dans les médias à exagérer les choses et que parfois ces conflits fictifs sont le pur fruit de l’imagination des journalistes.

Au-delà de ce tapage médiatique, il y a des observateurs indépendants qui posent une question essentielle : Quelle serait la position du gouvernement syrien face à un réel conflit d’intérêts entre les deux alliés russe et iranien de Damas?

Autrement dit, est-il possible d’imaginer une alliance tripartite Damas/Moscou/Téhéran sans qu’il y ait un rôle central réservé au gouvernement et au peuple de la Syrie ? L’auteur rappelle que l’armée syrienne compte au moins 350.000 soldats sans lesquels aucune alliance ne pourrait se battre en Syrie contre les projets américains, israéliens ou turcs.

Wafiq Ibrahim écrit : « Les médias qui parlent d’un soi-disant conflit d’intérêts irano-russes en Syrie tendent à faire oublier ce rôle central du gouvernement de Damas, pour prétendre ensuite que toutes les décisions sont à prendre à Moscou ou à Téhéran. »

L’auteur rappelle que la République islamique d’Iran a été le premier État qui a offert son soutien à Damas dans le combat contre les organisations terroristes. Le Hezbollah libanais a rejoint ensuite l’axe Téhéran/Damas qui agissait dans le cadre d’une alliance plus large entre l’Iran, la Syrie et l’Irak. « L’Iran et le Hezbollah n’ont épargné aucun effort pour défendre le peuple et le gouvernement de la Syrie et ont fait preuve de grands sacrifices pour soutenir l’axe de la Résistance face aux menaces extérieures », écrit Wafiq Ibrahim.

De leur côté, les Russes sont entrés sur la scène assez tardivement, lorsqu’ils ont saisi que la Syrie devenait une pièce importante dans un grand jeu géopolitique où les États-Unis voulaient réaliser leur grand projet impérial en essayant d’interdire aux grands adversaires russes ou chinois le moindre mouvement sur cet échiquier régional et international. À partir de là, la Russie n’a plus hésité à défendre la Syrie et d’aider au combat antiterroriste de l’armée syrienne et de ses alliés sur le terrain avec plus de 120.000 opérations aériennes depuis 2015.

Wafiq Ibrahim souligne ensuite qu’il y aurait naturellement des différences entre les points de vue russes et iraniens au sujet des événements de la Syrie, mais que ces différends tactiques ou géopolitiques s’estomperaient devant le rôle central du gouvernement de Damas qui a fixé des limites aux rôles joués par ses alliés russes et iraniens, d’autant plus que le respect jusque-là de ces limites par Moscou et Téhéran ont empêché la survenance de désaccords majeurs entre les deux grands alliés de la Syrie.

L’auteur insiste ensuite sur l’importance du point commun qui réunit l’Iran et la Russie : la confrontation avec le projet impérial des États-Unis.

« Les États-Unis continuent à menacer la sécurité nationale de la Russie depuis l’Europe de l’Est ; ils ont encerclé de facto les Balkans ; provoquent l’Ukraine contre la Russie ; mettent en péril les intérêts russes au Venezuela ; imposent des sanctions aux alliés de Moscou en Syrie (Iran et Hezbollah) ; soutiennent le bellicisme israélien contre le Liban ; se servent de leurs leviers régionaux (Israël, Turquie, régimes rétrogrades du monde arabe) pour renforcer leur présence militaire au Moyen-Orient », a précisé Wafiq Ibrahim.

En conclusion, Wafiq Ibrahim souligne que l’Iran et la Russie obéissent à une stratégie globale, définie sur la base d’une convergence de vues qui va au-delà de leurs choix tactiques ; d’où l’inexactitude des spéculations médiatiques sur l’existence d’un « conflit d’intérêts majeur » entre Téhéran et Moscou.

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