Feb 21, 2019 11:34 UTC
  • Un conflit géopolitique Russie/USA au Liban ?

Les dirigeants russes ont récemment prononcé des mots acerbes contre les États-Unis, qui peuvent, selon certains analystes, indiquer la possibilité d’une nouvelle confrontation entre Moscou et Washington, notamment au Moyen-Orient.

Selon Terrance J. Mintner, analyste du site américain The Media Line, cette confrontation géopolitique russo-américaine pourrait avoir un volet ethnique et religieux au Moyen-Orient.    

Dans l’introduction de son analyse, Terrance Mintner rappelle qu’il y a eu, entre les États-Unis et la Russie, une querelle diplomatique au sujet de leur politique vis-à-vis de l’Iran.

Récemment, Alexander Zasypkin, ambassadeur de Russie à Beyrouth, a accusé Washington d’inciter à « de nouveaux conflits » qui « pourraient impliquer de nombreux pays ainsi que des forces ethniques et religieuses » dans la région.

L’ambassadeur russe a également défendu le Hezbollah en tant que partenaire légitime de l’intervention militaire de Moscou en Syrie, tandis que Washington a placé le nom du mouvement libanais sur sa liste noire d’organisations terroristes pour soutenir la position du régime israélien.  

L’auteur cite ensuite l’ambassadeur de Russie au Liban: « Lorsque la crise a commencé à s’aggraver en Syrie, le Hezbollah libanais s’est rangé du côté des autorités légitimes de Damas, considérant que la lutte contre les terroristes dans la région était un devoir. »

Alors que la guerre contre Daech a pris fin avec la victoire du président Bachar al-Assad, Israël a lancé des frappes aériennes contre la Syrie en prétendant qu’il voulait empêcher le transfert des armes sophistiquées des Iraniens au Hezbollah libanais. Mais la Russie a clairement indiqué qu'elle n’acceptait pas « les attaques arbitraires sur le territoire du pays souverain qu’est la Syrie », selon les termes du vice-ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Vershinine, prononcés lors d’une récente interview.

Les dirigeants russes ont récemment prononcé des mots acerbes contre les États-Unis, qui peuvent, selon certains analystes, indiquer la possibilité d’une nouvelle confrontation entre Moscou et Washington, notamment au Moyen-Orient.

Selon Terrance J. Mintner, les propos acerbes des autorités russes pourraient montrer que le Liban risque de devenir un prochain champ de bataille géopolitique potentiel entre Moscou et Washington.

« Le Liban est dans cette situation compliquée depuis longtemps, avec des acteurs puissants souvent en concurrence pour gagner plus d’influence », a déclaré Nicu Popescu, directeur du Programme pour l’Europe élargie (Wider Europe Program) affilié au Conseil européen des relations internationales, centre de recherche et d’influence pan-européen dont le siège se trouve à Berlin (Allemagne).

« Il est évident que la Russie est aujourd’hui beaucoup plus présente au Moyen-Orient, mais nous assistons maintenant à la multiplication des visites de diplomates libanais à Moscou », a-t-il ajouté avant de souligner : « En ce qui concerne les États-Unis, nous ne savons pas quand aura lieu le retrait annoncé des troupes US de Syrie. Mais je ne vois pas les États-Unis s’engager davantage pour faire sortir les Russes du Liban. »

Le professeur Eyal Zisser, vice-président de l’Université de Tel-Aviv et expert en politique syrienne et libanaise, a déclaré à The Media Line qu’il était logique, du point de vue de la Russie, de se rendre au Liban après s’être établi en Syrie.

Mais le Liban est plus compliqué parce que, contrairement à la Syrie, il y a plus d'acteurs régionaux tels que l’Arabie saoudite et d’autres États arabes, a-t-il expliqué. « Je n’appellerais pas cela un "champ de bataille", car même dans le cas de la Syrie, l’Amérique a abandonné la compétition avec les Russes », a ajouté le professeur israélien.

« Le président Donald Trump et son prédécesseur Barack Obama ont déclaré très clairement qu’ils n’avaient aucun intérêt stratégique en Syrie. Cela peut également être valable au Liban, car le pays offre très peu d’intérêt aux États-Unis », a estimé Eyal Zisser.

Robert J. Riggs, professeur à l'université de Bridgeport et spécialiste de l’histoire du chiisme au Liban, a déclaré à The Media Line que le Liban pourrait revoir le conflit, mais plus vraisemblablement, il serait déclenché entre le Hezbollah et Israël, et non entre la Russie et les États-Unis directement.

« Encouragé par la politique de pression maximale exercée par le président Donald Trump contre l’Iran, le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu souhaite provoquer le Hezbollah, sachant que le gouvernement Trump le soutiendrait en cas de confrontation avec le Liban », souligne Robert J. Riggs.

Cependant, ce qui a changé par rapport à la guerre de 2006 entre Israël et le Liban, c’est l’expérience du combat que le Hezbollah a gagnée en Syrie. Le professeur de l’Université de Bridgeport ajoute: « Pour la première fois, le Hezbollah a envoyé ses troupes en Syrie pour combattre aux côtés des forces populaires et de l’armée syrienne, ce qui les rapprochait des commandants militaires russes. »

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