Sep 11, 2019 18:11 UTC
  • Le programme nucléaire secret de Riyad?

Nouvelles informations sur les ambitions nucléaires saoudiennes: de la production de 17 GW d'électricité à la conclusion de contrats avec des entreprises américaines et chinoises pour enrichir l'uranium.

Riyad construit actuellement un réacteur nucléaire et ses contrats indiquent son intention d'extraire et d'enrichir l'uranium nécessaire à son combustible sur son propre sol.

La nomination d'un nouveau ministre saoudien de l'énergie, le frère du prince héritier, a de nouveau soulevé des inquiétudes concernant le programme nucléaire de l’Arabie saoudite auprès des analystes internationaux.

Ce que nous savons du programme nucléaire saoudien :

1. « L'Arabie saoudite a au moins deux réacteurs nucléaires en construction, l'un dans la Cité des sciences et de technologie du roi Abdelaziz à Riyad, qui sera achevée dans quelques mois », a déclaré Robert Kelly, ancien directeur des inspections nucléaires de l'Agence de l'énergie atomique, après des visites d’inspection réalisées en juillet dernier, ajoutant que ces réacteurs sont expérimentaux et d’entrainement, ce qui signifie que si ces seuls réacteurs devaient être utilisés pour construire une bombe atomique, cela prendrait 100 ans.

Cependant, toutes les centrales électriques saoudiennes ne sont certainement pas expérimentales. Tout d'abord, Mikhail Chudakov, secrétaire général adjoint de l'Agence de l'énergie atomique en visite en Arabie saoudite, a déclaré que le pays avait « progressé de manière significative dans le développement des infrastructures nucléaires » et qu'il était clair que « les infrastructures » ne seraient pas développées uniquement pour un ou deux réacteurs. Robert Kelly lui-même a souligné que Riyad devait accepter un contrôle supplémentaire de la part de l'Agence pour les prochains développements.

Selon le plan Vision 2030, Riyad vise à satisfaire au moins un tiers de son besoin en énergie en utilisant des sources non fossiles, comme le vent, le soleil et le nucléaire. L'Arabie saoudite prévoit de produire d’ici 2040, 6 GW d'électricité dans ses centrales nucléaires, a déclaré CNN.

2. Les autorités saoudiennes consultent des sociétés américaines, chinoises, françaises, russes et coréennes pour construire davantage de réacteurs. Westinghouse aux États-Unis est apparemment en train de négocier avec eux.

3. « Riyad a l’intention de produire le combustible de ses propres réacteurs nucléaires, ce qui lui permettra d’enrichir l’uranium », a déclaré le nouveau ministre de l'Énergie, Abdel Aziz Ben Salmane, et l’ex-ministre, Khaled al-Falah, l’avait pour sa part laissé entendre lorsqu'il avait dit qu’il ne devrait naturellement pas être dépendant de l’uranium enrichi par un autre pays pour alimenter les réacteurs ».

Il va sans dire que les autorités saoudiennes poursuivent d'autres objectifs dont le plus simple est d'acquérir un prestige scientifique et le plus important est de se préparer à produire une bombe atomique si nécessaire.

4. L'Arabie saoudite envisage également d'extraire de son propre territoire l'uranium nécessaire à l'enrichissement et à l'utilisation de ses réacteurs. Riyad a signé un contrat avec la compagnie nucléaire nationale chinoise pour la découverte et l'extraction de mines d'uranium.

5-L’Arabie saoudite a obtenu en 2017 des États-Unis l’autorisation de transférer certains équipements et technologies extrêmement sensibles, ce qui signifie que les entreprises américaines peuvent vendre ces équipements et technologies sensibles à l’Arabie saoudite. Cela a été révélé par les députés démocrates à la Chambre des représentants des États-Unis. Plus tard, le secrétaire américain à l'Énergie, Rick Perry, a justifié sa décision en affirmant que si nous ne le faisions pas, la Chine et la Russie l'auraient fait et pas forcément en respectant les textes applicables en matière de non prolifération des armes nucléaires.

La question suscitait beaucoup d'inquiétude aux États-Unis, en particulier après l'assassinat odieux de Jamal Khashoggi d’autant plus que le secrétaire d'État américain Mike Pompeo devait convaincre, lors d'une interview télévisée, les auditeurs de CBS que les bonnes relations de Washington et de Riyad ne pouvaient pas être une raison pour laisser l’Arabie saoudite devenir une puissance atomique et une menace potentielle pour Israël et les États-Unis.

En février, un projet de loi avait été annoncé au Sénat avec l'appui des deux partis : empêcher l'Arabie saoudite d'utiliser la technologie de retraitement du combustible nucléaire.

6-Le programme balistique saoudien comprend également des missiles balistiques et éventuellement capables de porter des têtes nucléaires. Une fuite d'informations classifiées en juin dernier a révélé que l'Arabie saoudite avait développé sa technologie et son infrastructure de missiles en procédant à des achats en provenance de Chine, mis à part d'importants achats militaires aux États-Unis. En 2007, des informations similaires avaient été publiées aussi.

Bien sûr, le prince héritier de l'Arabie saoudite, Mohamed Ben Salmane, a affirmé que l'Arabie saoudite ne cherchait pas à se doter d'une arme nucléaire, mais que « si l'Iran construisait une bombe nucléaire, elle agirait sans aucun doute immédiatement ». Il est intéressant de noter que l’Arabie saoudite n’a pas agité une telle menace pour les ogives nucléaires d’Israël. Ali Chamkhani, Secrétaire du Conseil suprême de la Sécurité nationale iranienne, a également averti que des « projets nucléaires suspects » dans certains pays de la région obligeraient l'Iran à revoir sa politique de défense.

Conlusion

Si l'Arabie saoudite devait se fier uniquement aux connaissances de ses scientifiques pour acquérir la technologie des ogives nucléaires, il faudrait probablement les mêmes 100 ans qu’a estimés le Directeur de l'inspection de l'AIEA. Mais le problème ici est que si elle y insiste, elle pourra peut-être, avec son argent, acheter une partie de la technologie nécessaire et se procurer des scientifiques étrangers et « fermer la bouche » des gouvernements occidentaux et de l’AIEA.

D'un autre côté, l'Iran n'entreprend pas la production ou l'achat d'ogives nucléaires en raison d'obligations religieuses et légales. Il est donc nécessaire de remédier à la situation avant un débordement :

Les puissances mondiales doivent empêcher l’Arabie saoudite d'acheter la technologie ou des ogives nucléaires en la menaçant de représailles au besoin ;

Désarmement nucléaire dans la région, de sorte que l’Arabie saoudite n’ait aucune raison de se doter des armes nucléaires,

Afin d’ôter de l’Arabie saoudite tout prétexte justifiant d’avoir des armes nucléaires, l’Iran pourrait également annoncer que si le programme nucléaire saoudien est véritablement pacifique, Téhéran sera disposé à entamer une coopération technologique conjointe avec les secteurs scientifiques saoudiens.  

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