Après de graves violences dans plusieurs banlieues d’Ile-de-France, ciblant les autorités comme les médias, le vice-président de Debout la France, Dominique Jamet, revient sur une décennie d'abandon politique en matière de sécurité et d'éducation.

Sur les émeutes en Ile-de-France, RT France a interviewé Dominique Jamet, vice-président de Debout la France, journaliste et écrivain. Chroniqueur pour Marianne, ancien directeur de la Bibliothèque nationale de France (BNF), il a publié chez Flammarion deux récits autobiographiques, Un petit Parisien (2000) et Notre après-guerre (2003).

RT France : Depuis l'interpellation violente de Théo, des policiers étaient principalement pris pour cibles lors des nuits d'émeutes. Ce week-end, des journalistes et des symboles médiatiques ont été attaqués. Comment expliquez-vous cela ?

Dominique Jamet (D. J.) : Je vais vous donner mon hypothèse, qui vaut ce qu'elle vaut. Je pense que les casseurs lisent peut-être les journaux et regardent sûrement la télévision et ce qui est raconté sur ces événements. Comme la télévision et la radio ne sont pas spécialement indulgentes envers eux, cela ne me semble pas être un hasard qu'ils s'en soient pris à Europe 1, RTL et BFM.

RT France : La présence de caméras a-t-elle pu aussi renforcer ces actions ?

D. J. : C'est une autre hypothèse qui pourrait permettre d'expliquer ces attaques. J'ai été étonné de voir dans plusieurs reportages télévisés les caméramen filmer des actions de violences, des actes à caractère illégal et répréhensible menées par des personnes à visages découverts. Ces casseurs ont dû les voir également et je suppose qu'ils ne raffolent pas de ce type de publicité.

La sécurité des journalistes n'est pas seulement compromise dans ce genre de désordre, elle l'est également dans des meetings politiques

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RT France : Dans ces conditions très tendues, comment couvrir avec le plus d'impartialité et de sécurité ce genre d'événements ?

D. J. : C'est une question difficile et je ne pense pas qu'il y ait de réponse toute faite. Nous sommes dans une période où il y a deux catégories de personnes pour lesquelles l'animosité populaire s'est cristallisée : ce sont les journalistes et les hommes politiques. Désormais la sécurité des journalistes n'est pas seulement compromise dans ce genre de désordre, elle l'est également dans des meetings politiques. Je n'ai donc pas de réponse mais je prévois des semaines et peut-être même des mois difficiles pour la presse.

Les problèmes de ces quartiers connus en 2005 sont toujours les mêmes aujourd'hui et se sont même exacerbés dans la mesure où le respect de l'ordre et des gouvernements s'est dégradé depuis maintenant douze ans

RT France : Au-delà des images choquantes et des dégradations, ces émeutes sont aussi le reflet d'un contexte sous tension dans ces banlieues d’Ile-de-France. Comment peut-on apaiser la situation ?

D. J. : Il est indéniable que rien n'a été fait depuis 2005, soit en terme de soutien à la justice ou aux politiques locaux. On a démantelé la police de proximité. Rien n'a été fait en matière d'emploi ou d'éducation. C'est la faillite des précédents gouvernements. Les problèmes de ces quartiers connus en 2005 sont toujours les mêmes aujourd'hui et se sont même exacerbés, dans la mesure où le respect de l'ordre et des gouvernements s'est dégradé depuis maintenant douze ans. Donc, se contenter de répondre en envoyant des effectifs de CRS en renfort les soirs d'émeutes, c'est sans doute indispensable mais ce n'est pas cela qui changera le problème. On voit bien que le sentiment de défiance qui est ressenti par ces populations depuis plusieurs années n'a pas traité comme cela peut être le cas ailleurs dans la société.

Si on veut améliorer la situation, il faudrait mener une politique durable qui s'appuierait sur une police plus efficace sur le terrain, car comme je le rappelle, on a totalement détruit la police de proximité, et sur une politique d'éducation, pôle actuellement défaillant. Dans ces conditions, il n'est pas étonnant qu'une simple étincelle avec cette arrestation malencontreuse et même sauvage ait fait partir un feu aussi important à Aulnay-sous-Bois et en Île-de-France. C'est comme un bûcher qui serait prêt à s'embraser à la moindre étincelle. A l'heure actuelle, il y a un très grande violence présente dans ces cités en raison du trafic de drogues mais également de l'ampleur du chômage, ainsi que du fait que les jeunes gens issus des banlieues ont conscience de leur jeunesse tout en vivant au sein d'une population âgée.

Le gouvernement actuel et son fantomatique ministre de l'Intérieur sont aujourd'hui incapables de proposer et d'imposer des solutions à long-terme

RT France : Des mesures comme celle qui consiste à distribuer plus de 2500 caméras qui sont potées par les représentants de la force publique lors des interpellations sont-elles satisfaisantes ?

D. J. : Si c'est considéré comme un signe de faiblesse du gouvernement, ce n'est pas une bonne chose. Si au contraire, c'est considéré comme cela devrait l'être, c'est-à-dire la garantie d'empêcher les bavures lors d'interpellations, c'est évidemment positif. Mais c'est une mesure relativement accessoire face à une situation et un ensemble aussi dégradés que ceux que connaissent les banlieues. Vous savez nous sommes mi-février. J'ai lu tout à l'heure que le président François Hollande avait un grand plan de rénovation urbaine en préparation. Je ne pense pas qu'il aura abouti d'ici la fin du mois d'avril. Le gouvernement actuel et son fantomatique ministre de l'Intérieur sont aujourd'hui incapables de proposer et d'imposer des solutions à long-terme. La tâche de rétablissement de la prospérité française et de l'ordre qui lui est lié incombera au prochain président de la République.

RT France : Ce rétablissement dont vous parler au sein de la société doit-il être une question centrale de la campagne présidentielle ?

D. J. : Naturellement ! Mais même au-delà de la campagne, je m'interroge souvent sur ce que signifie gouverner pour ceux qui occupent le pouvoir. Lorsqu'on est dans un pays où des milliers de personnes sont à la rue, où des millions d'autres sont mal-logées ou, parfois les mêmes, ne trouvent pas d'emploi, je me demande comment l'ensemble de ces questions-là ne préoccupent pas tous les jours, matin, midi et soir ceux qui gouvernent. Pourquoi attendre autant avant d'apporter des solutions ? Pour moi, c'est un mystère.

 

 

 

Feb 14, 2017 10:43 UTC
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