• Iran: la marche arrière des Américains

Le rédacteur en chef du quotidien Rai al-Youm, Abdel Bari Atwan, s'est penché dans son dernier article sur la rencontre entre le dirigeant nord-coréen et le président américain, une rencontre largement commentée par les médias.

Si la partie américaine évoque un « succès historique », de nombreux experts relèvent les incongruités qui ont parsemé cette rencontre: l'Amérique exige la dénucléarisation de la Corée du Nord tandis que Pyongyang réclame, lui, une dénucléarisation complète de la péninsule.

La déclaration de Trump peu après la fin du sommet de Singapour a comporté quelques remarques sur l'Iran, poussant les analystes à comparer ces deux dossiers. 

Ont-il raison? 

« Certains font une comparaison entre la Corée du Nord et l’Iran alors que plusieurs autres vont plus loin prédisant une rencontre imminente entre le président américain et les autorités iraniennes. Toutefois, une telle comparaison n'est pas adéquate », affirme l'analyste avant de poursuivre :  

 « Il est hors de question de faire une comparaison entre la Corée du Nord et l’Iran d’autant plus que la Corée du Nord n’est pas similaire à un Iran qui défie le régime sioniste, principal allié des États-Unis dans la région ».

Trump a tout fait pour mettre sous pression la Corée du Nord dans le strict objectif de ramener le leader nord-coréen à la table des négociations. Son objectif consiste surtout à trouver le prétexte nécessaire à un désengagement de 30. 000 soldats américains déployés en Corée du Sud. Son manœuvre a pour but de priver la Corée du Nord de son principal atout à savoir une présence militaire américaine dans la péninsule coréenne qui pourrait lui servir d'appât. En effet, Pyongyang a menacé à plus d’une reprise d’attaquer des bases américaines en Corée du Sud ou dans la région. Le sommet de Singapour et les rencontres qui vont suivre permettront probablement à Trump de retirer ses troupes d'autant plus qu'il vient de déclarer la fin momentanée des exercices militaires conjoints avec la Corée du Sud. 

Et Atwan d'ajouter :  En effet, le coup « nord-coréen» de Trump a très peu de chance d'aboutir. Le Showman-président cherchait à camoufler les échecs qu'il venait de subir en Europe, au Mexique et au Canada. Il avait besoin d'un gros numéro pour leurrer ainsi l’opinion publique en ces temps d'anti-américanisme généralisé. Trump s’est donc assis à la table des négociations avec Kim. Il a immédiatement signé un document avec le dirigeant nord-coréen, truffé de généralités, et partant sans intérêt. Signe que les choses entre deux parties n'iront pas loin, Mike Pompeo, secrétaire d'État américain vient de souligner que les sanctions contre la Corée du Nord ne seraient pas levées avant la « dénucléarisation complète, vérifiable et irréversible de Pyongyang ».

Plus loin dans l'article, l'analyste évoque le dossier iranien : « Bien que M. Trump veuille donner au monde entier l'impression de s'être retiré sans accrocs de l'accord iranien, ses propos tout comme  les propos de ses officiels prouvent bien le contraire. A l'issu de sa rencontre avec le leader nord-coréen, Trump a répondu à un journaliste qu'il trouvait l'attitude iranienne bien plus « modérée » depuis le retrait us de l'accord. Or rien n'est plus que cette affirmation. »

En Syrie et à Gaza tout comme en Irak ou au Yémen, l'Iran est plus que jamais présent et l'Amérique de Trump le sait bien. Sa remarque sur l'Iran à Singapour s'ajoute à l'un de ses récents tweets où il reprend la même prétention -un supposé recul iranien sur le terrain stratégique- avant de se dire prêt à des pourparlers avec l'Iran pour un nouvel accord. En Europe, les experts sont nombreux pour croire que tout ce « cirque anti-iranien » ne visait qu'à éliminer l'Europe de l'équation et de se mettre à la table d'un dialogue sans intermédiaire avec l'Iran ». 

Jun 14, 2018 10:52 UTC
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