Jan 14, 2022 18:00 UTC

Au Mali, le conflit avec la France s’est transformé en guerre entre l’Afrique et l’Union européenne ! C'est ce qu'annonce le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian.

Actualité en Afrique :

  • Tchad, Éthiopie: gages de bonne volonté en vue des prochains dialogues nationaux
  • Au Gabon, la Société d’énergie et d’eau risque désormais des sanctions en cas de coupures
  • Ethiopian Cargo lance un nouveau service de réservation en ligne pour le transport de fret aérien
  • Bénin: le Parlement adopte une loi intégrant le secteur privé dans la gestion de la formation professionnelle

Analyses de la rédaction :

1. Golfe de Guinée: l'Afrique reprend le contrôle ?

Le fait de se passer de la présence massive de militaires occidentaux apporte beaucoup plus de résultats positifs au niveau sécuritaire.

Dans le golfe de Guinée, ce n’est plus un secret pour personne, les Occidentaux ont clairement envahi la région, mais certains pays comme la Guinée équatoriale ont opté pour un équilibre en faisant également venir des navires de guerre russes et iraniens. Mais ce n’est pas tout, les alliances intra-africaines se sont également multipliées apportant de meilleurs résultats que des alliances avec les Occidentaux.

Au grand dam de l’Occident, les résultats sont bel et bien là.

Le Golfe de Guinée a enregistré 34 incidents de piraterie maritime et de vol à main armée en 2021, soit une forte baisse par rapport aux 81 en 2020, a déclaré un organisme maritime mondial.

Dans son rapport annuel sur la piraterie publié jeudi, le Bureau maritime international (BMI) a attribué la baisse des incidents de piraterie à la présence accrue de navires de la marine internationale et à la coopération entre les autorités régionales.

« Le BMI salue les mesures énergiques prises par les marines internationales et les autorités régionales dans le golfe de Guinée, qui semblent avoir contribué à la baisse du nombre d'incidents signalés et au maintien de la sécurité des équipages et du commerce », a déclaré le directeur du BMI, dans le rapport.

Toutefois, les Occidentaux ont tout intérêt à ce que la région reste dangereuse, et que les pirates continuent de s’attaquer aux navires russes, chinois ou encore turcs, alors que les navires iraniens n’ont pas été touchés.

La baisse des incidents de piraterie dans le golfe de Guinée a également contribué à la réduction globale des incidents signalés en 2021 dans le monde, indique le rapport, ajoutant qu'en 2021, le centre de signalement des actes de piraterie du BMI avait recensé 132 incidents de piraterie et de vols à main armée contre des navires dans le monde, soit le niveau le plus bas enregistré depuis 1994.

L’expansion du terrorisme du Sahel jusque dans les pays de la côte du golfe de Guinée, annoncée par la DGSE française, est également liée aux plans d’invasion de toute l’Afrique de l’Ouest aussi bien au niveau terrestre que maritime. Ces plans sont pourtant bloqués à cause de deux verrous que les Occidentaux n’arrivent pas à faire sauter, à savoir le Burkina Faso et le Mali. Le Cameroun et le Nigéria résistent également, c’est pourquoi il y a eu une réorganisation dans le camp des terroristes à la solde occidentale. Boko Haram s’est plus dirigé vers le nord du Cameroun suite à l’échec des séparatistes anglophones de déstabiliser le pays, et Daech a repris les commandes dans le nord du Nigéria.

Au niveau maritime et terrestre, il est clair que les Occidentaux ont du mal à mettre en place leur plan de recolonisation de l’Afrique. Les terroristes au Sahel sont maintenant confrontés à des armées nationales qui gagnent largement du terrain, et au niveau maritime, on a pu voir à de nombreuses reprises des attaques conjointes entre deux pays africains qui ont neutralisé les pirates.

La fameuse coalition militaire africaine est vraiment en train de se former et l’Occident est en net recul.

 

2. Mali: c'est l'Afrique contre l'UE et non le Mali contre la France!

Au Mali, le conflit avec la France s’est transformé en guerre entre l’Afrique et l’Union européenne !

Comme le prétend le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, «la situation au Mali et au Sahel est une affaire africaine et européenne, ce n’est plus une affaire franco-malienne, a fait valoir M. Le Drian en référence à la participation de 10 pays européens au groupement de forces spéciales Takuba déployées au Mali à l’initiative de la France ». Aussi, il a accusé les autorités maliennes de duper les partenaires. «La junte essaie de duper l’ensemble de ses partenaires. Il y a une fuite en avant, un appel confirmé à une milice extérieure (des mercenaires russes de la société paramilitaire Wagner, ndr), et le calendrier de transition est tout à fait inacceptable », a insisté Jean-Yves Le Drian qui a ajouté : « c’est maintenant à la junte de prendre ses responsabilités. Sinon elle prend le risque de voir ce pays être asphyxié ».

Des menaces et toujours des menaces à l’encontre des pays africains qui se soulèvent contre les néocolons. La France et l’Union européenne préparent une offensive contre les pays africains qu’ils n’arrivent plus à contrôler.

Suite au viol de l’espace aérien du Mali, dans la journée du mardi 11 janvier dernier, par un aéronef français de type A400, immatriculé FRBAN, provenant d’un pays de l’espace CEDEAO qui a hermétiquement fermé ses frontières terrestres et aériennes avec le Mali (la Côte-d’Ivoire), Bamako réagit et met en garde.

Dans un communiqué publié le mercredi 12 janvier 2022, le porte-parole du gouvernement de la transition du Mali a dénoncé, le viol de l’espace aérien du Mali par un aéronef français de type A400, immatriculé FRBAN, dans la journée du mardi 11 janvier 2022, vers la région de Gao, au Mali.

Pour les autorités de la transition malienne, un survol du territoire du Mali par un pays de la CEDEAO est une violation, voire une provocation flagrante d’autant plus qu’il s’agit d’un avion français, une puissance occidentale qui est à la manœuvre de toute cette situation néfaste contre le Mali. Après la CEDEAO, la France a manifesté cette même volonté auprès du conseil de sécurité des Nations unies qui ne s’est malheureusement pas laissé instrumentaliser suite au soutien de la Russie et de la Chine. Il faut rappeler que la France est accusée comme étant le soutien sournois qui entretenait les terroristes au Mali depuis très longtemps. C’est pourquoi au-delà d’une provocation, l’État du Mali a perçu ce viol de son espace aérien comme une autre manigance de la France auprès des forces qui ont terrorisé près d’une décennie la population malienne. « Le gouvernement, tout en prenant à témoin l’opinion nationale et internationale, décline toute responsabilité relative aux risques auxquels les auteurs de ces pratiques pourraient s’exposer, en cas de nouvelle violation de notre espace aérien », a mis en garde le gouvernement de la transition du Mali.

De plus, en parallèle à cette info, en Centrafrique, le 10 janvier 2022, dans la ville de Moyenne-Sido, un avion français Mirage qui a illégalement pénétré dans l'espace aérien de la République centrafricaine a été repéré. La population locale a également entendu des explosions et de forts grondements. Les Centrafricains sont très indignés que les avions français ne respectent pas les frontières et la souveraineté de la RCA.

Il y a de nombreux rapports sur le franchissement de manière illégale des frontières de la Centrafrique par la France. Ces actes d’agression de la souveraineté de la Centrafrique font toujours l’objet de dénonciation de la part de tous les Centrafricains.

La France croit toujours que les États africains vont garder le silence ?

Actuellement, il est clair que ce qui gêne la France, c’est que sa réputation est en chute libre en Afrique, mais surtout à travers le monde.

Les militaires occidentaux n’ont jamais ramené la sécurité dans un pays aussi bien au Moyen-Orient qu’en Afrique. Et sans eux, avec le soutien des partenaires autres que les pays occidentaux, la donne est tout à fait différente. Avec l’implication de pays comme la Russie, l’Iran ou la Chine, il est clair que la sécurisation d’un pays se fait assez rapidement. Au Mali ou en Centrafrique, ce que les médias mainstream ou les dirigeants occidentaux omettent de rappeler, c’est que suite à leur détachement des pays occidentaux, les armées nationales avancent rapidement dans la sécurisation de leur pays respectif.

La CEDEAO est seulement là comme pantin de l’Occident, pour instaurer des sanctions au lieu de s’impliquer dans la sécurisation du Sahel ; un point qu’elle ne pourra plus cacher aux yeux des Africains. La crédibilité des instances africaines comme la CEDEAO est définitivement détruite, et ce, seulement parce qu’ils n’ont pas suivi la voie africaine, mais occidentale. Ce qui n’est d’ailleurs pas plus mal, les populations en Afrique de l’Ouest savent maintenant que leur avenir est entre leur main et de personne d’autre.

Ce vendredi 14 janvier 2022, un grand meeting de soutien aux autorités de la transition est prévu sur le boulevard de l’Indépendance. Il en est de même dans les autres localités du pays et dans la diaspora, selon les initiateurs, composés des partis politiques, d’organisations religieuses, de mouvements, d’associations, de regroupements, de citoyens simples se reconnaissant dans la défense de la partie, etc.).

Il s’agit de répondre à la CEDEAO et à l’UEMOA, suite aux sanctions infligées, le 9 janvier dernier, lors du sommet extraordinaire tenu à Accra, au Ghana, à notre pays, le Mali. Les autorités de la transition ont ainsi appelé les Maliens, dans toutes leurs diversités, à sortir ce vendredi 14 janvier 2022 partout au Mali et à l’extérieur du Mali. « Nous sortons pour répondre aux sanctions injustes, injustifiées, téléguidées, instruites de ces deux institutions sous régionales aux ordres de la France au lieu de servir leurs peuples. Nous sortons ce vendredi pour répondre à l’appel patriotique à défendre notre souveraineté, notre unité et indivisibilité ainsi que notre dignité. Nous sortons pour dire non aux sanctions qui violent les textes desdites institutions comme la fermeture des frontières terrestres et aériennes et le gel des avoirs du Mali par le CEDEAO et l’UEMOA qui sanctionnent le Mali, alors que ces textes disent noir sur blanc qu’une décision ne saurait être prise qu’à l’unanimité de ses pays membres », a fait savoir Dr. Allaye Bocoum. Selon  lui, les dirigeants de la CEDEAO et de l’UEMOA  pensaient qu’en sanctionnant les autorités de la transition, les Maliens allaient se lever contre leurs autorités qui travaillent conformément  aux recommandations de leur peuple. « C’est l’effet  inverse qui s’est produit. Ces sanctions ont permis au contraire, aux Maliens de s’unir, de se rassembler, de s’attacher plus que jamais à leur pays, d’affirmer plus leur dignité, solidarité, fierté, pour défendre la patrie commune. Que les chefs d’État de la CEDEAO et de l’UEMOA sachent que les cinq ans demandés par les autorités sont les recommandations des assises nationales de la refondation (ARN) par le peuple dans tout le pays et dans la diaspora. C’est le peuple malien qui demande ce délai. Ils veulent enterrer le Mali et les Maliens vivants. Mais ça ne se fera pas facilement. Car le Mali est un pays d’honneur, de dignité, de fierté », a conclu Dr. Allaye Bocoum. Même avec l’aide de l’Union européenne et des États-Unis, la France ne pourra pas faire face au peuple malien. Il est clair que les populations de plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest sont indignées, et le soulèvement du peuple malien aura l’effet domino tant redouté par les Occidentaux.

 

3. Afrique-Russie : tout ne fait que se construire

Depuis le retour de plus en plus affirmé de la Russie dans son interaction avec les pays du continent africain, il est devenu évident que la stratégie annoncée de Moscou pour l’Afrique en qualité d’une de ses principales priorités en matière de politique extérieure se confirme dans les faits. Bien qu’il reste encore beaucoup à faire.

Depuis le Sommet Russie-Afrique de Sotchi en 2019, l’interaction russo-africaine n’a cessé de poursuivre sa marche en avant, et ce malgré les innombrables critiques de la part des principaux adversaires géopolitiques de l’État russe. Cela apparaît d’ailleurs comme une suite logique, à l’heure où la Russie démontre clairement l’importance de l’orientation africaine dans sa politique internationale, et que du côté des États africains, surtout ceux qui ont déjà fermement affirmé leur droit à la souveraineté véritable ou sont en voie de le faire – la volonté est résolument réciproque.

Au-delà de l’aspect purement interétatique, la Russie peut aujourd’hui compter également sur le soutien d’une large partie de l’opinion publique africaine qui voit en elle un partenaire fiable et sincère. Les événements récents en République du Mali ne font d’ailleurs que renforcer un peu plus cette thèse, car parallèlement au désir des autorités du pays de faire appel à un partenaire de longue date dans le volet sécuritaire dans un cadre souverainiste, la société civile malienne a également joué un rôle de premier plan dans ce rapprochement et dont les opinions ont été justement et largement entendues par l’actuel pouvoir du pays.

Le rôle des thèses panafricaines et souverainistes prend en effet un poids plus que considérable à l’échelle continentale, y compris même dans les pays où les pouvoirs traditionnellement orientés sur les intérêts de l’establishment occidental (des États-Unis et de la France notamment) se retrouvent désormais à devoir faire face à une montée des pressions populaires auxquelles ils ne pourront trop longtemps faire la sourde oreille.

Ceci étant dit, beaucoup de choses doivent encore être améliorées dans cette interaction russo-africaine post-soviétique – orientée sur un principe souverainiste, panafricaniste et pro-multipolaire. Si les échanges économico-commerciaux entre les pays africains et la Russie continuent d’aller à la hausse, il n’en demeure pas moins qu’un travail important doit encore être fait. Et ce des deux côtés.

Comme une multiplication des contacts directs entre les opérateurs économiques russes et africains dans le commerce bilatéral. Parmi les recommandations publiées récemment par le Conseil russe pour les affaires internationales (RIAC) on retrouve la poursuite de la diversification des partenariats économico-commerciaux avec les États africains, notamment ceux qui ne font pour le moment pas partie des principaux partenaires économiques de la Russie sur continent africain, ainsi qu’une plus large ouverture du marché russe aux exportations africaines. Mais également celui de l’Union économique eurasiatique (regroupant en plus de la Russie – la Biélorussie, le Kazakhstan, l’Arménie et le Kirghizistan).

La coopération dans le secteur de l’enseignement doit elle aussi être revue à la hausse, à l’heure où la Russie accueille pas moins de 270 000 étudiants étrangers, parmi lesquels près de 21 000 proviennent des pays africains. Un nombre appelé à croître encore plus dans les prochaines années, au moment où la Russie fait traditionnellement partie du Top10 des principales destinations pour les études supérieures au niveau mondial.

Un point très important concerne également une implantation d’industries de transformation d’acteurs industriels russes dans les pays africains. Cela est d’autant plus d’actualité à l’heure où l’Afrique veut pouvoir bénéficier beaucoup plus de ses atouts en termes de ressources naturelles. Pendant trop longtemps, le continent africain était vu comme une base stratégique pour l’obtention des matières premières brutes, en vue d’être transformé dans les régions des acteurs bénéficiaires. Générant d’énormes bénéfices pour ces derniers, mais incomparablement moins pour les États propriétaires des dites ressources. Quant aux pays africains intéressés par ce type de partenariat, les conditions nécessaires se doivent d’être créées pour pousser les opérateurs économiques et industriels à aller dans cette direction, dans un esprit gagnant-gagnant.

Évidemment, il serait impossible de ne pas faire mention d’une interaction solidaire dans les instances internationales. La Russie va très certainement soutenir ses alliés africains sur la scène internationale, y compris onusienne, sachant qu’au-delà d’être l’une des principales puissances mondiales – elle est également membre permanent du Conseil de Sécurité de l’ONU, avec droit de veto. Aussi, les pays africains partageant des relations d’alliance et de partenariat stratégique avec Moscou pourront apporter le soutien nécessaire à la partie russe, notamment lors des votes impliquant l’ensemble de la communauté internationale.

Cet aspect a une importance particulière, à l’heure où une infime minorité mondiale continue de s’autoproclamer être la prétendue communauté internationale, avec le soutien de régimes affiliés. Un schéma qui est inacceptable pour les principaux défenseurs de l’ère multipolaire actuelle, dont la Chine et la Russie. Concernant justement l’interaction de Pékin et de Moscou, il apparaît aujourd’hui de plus en plus clairement que les deux puissances, partageant des visions stratégiques communes sur un très grand nombre de dossiers internationaux et dans divers domaines (politique, économie, sécurité, entre autres), pourront travailler dans la complémentarité du savoir-faire réciproque, y compris dans leur interaction stratégique avec l’Afrique. C’est une réalité supplémentaire à prendre en compte.

Tout cela pour dire que les prochaines années seront effectivement décisives pour le partenariat russo-africain, et ce dans de nombreux domaines d’intérêt commun. Et loin de se limiter seulement au partenariat militaro-sécuritaire. Bien que ce dernier aspect fera bien évidemment partie des axes prioritaires entre l’Afrique et la Russie, d’autant plus à l’heure où cela est largement demandé aussi bien par les autorités des pays africains souverains, qu’au niveau d’une large partie des populations africaines. Le tout au moment où les principaux critiques de la présence russe, comme chinoise, n’ont pas été en mesure d’apporter des résultats dignes de ce nom dans le volet sécuritaire, notamment au Sahel. Et ayant en outre été les principaux acteurs du chaos et de l’insécurité qui se sont largement propagés dans les pays concernés.

Cela sans même compter la poursuite de l’interférence dans les affaires intérieures d’États africains, avec le maintien d’un agenda purement néocolonial. Ainsi que d’une approche ouvertement hystérique à l’idée que les Africains soient capables de choisir eux-mêmes leurs partenaires et de faire également eux-mêmes des analyses géopolitiques et stratégiques.

Dernier point sur le volet sécuritaire : il ne peut y avoir de développement digne de ce nom d’une nation sans la souveraineté et la sécurité. Les populations africaines l’ont, pour grand nombre d’entre elles, parfaitement compris. Tout le reste n’étant que gesticulations de nostalgiques d’un ordre unipolaire révolu. L’Afrique peut et doit devenir l’un des principaux centres de la multipolarité. Et la Russie peut y contribuer.

Mikhail Gamandiy-Egorov

 

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