Jun 22, 2022 18:57 UTC

Actualité en Afrique :

  • Téhéran condamne l’attaque terroriste au Mali
  • Tchad : Les mouvements politico-militaires menacent de se retirer des pourparlers de Doha
  • La Côte d’Ivoire mobilise 26 milliards pour son plan de développement
  • « Il faut se battre pour le Mali comme vous le faites pour la Guinée » : le serment renouvelé du col Doumbouya aux Maliens

Analyses de la rédaction :

1. Les présidents africains tournent le dos à Zelensky !

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky s’est adressé à l’Union africaine par visioconférence. Une réunion tenue finalement à huis clos, d’où seuls quelques éléments ont filtré. 

Sous la pression d’Emmanuel Macron et d’Olaf Scholz, le président en exercice de l’Union africaine (UA), Macky Sall, a tenté de rassembler autant de chefs d’État du continent que possible pour une réunion avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky. 

Finalement, seuls deux présidents étaient intéressés par ce que l’ex-comédien avait à dire à l’Afrique. Le président de la Commission de l’UA, Moussa Faki Mahamat, ainsi que Macky Sall et son homologue du Congo Denis Sassou N’Guesso ont été les seuls à s’intéresser à la réunion qui s’est tenue ce lundi 20 juin. 

Pour l’UA, organiser la réunion avec Zelensky était une manière de mettre en avant la neutralité de l’organisation panafricaine vis-à-vis du conflit russo-ukrainien. En effet, avant et après sa rencontre avec Vladimir Poutine à Moscou, le président sénégalais Macky Sall a été exhorté par ses homologues occidentaux à faire le déplacement à Kiev, afin de voir Zelensky également. 

Au final, Macky Sall a simplement promis d’organiser un sommet de haut niveau avec les chefs d’État africains « qui souhaitent » parler avec le président ukrainien. 

Un « Sommet de haut niveau » qui ne vole pas haut 

Choses promises, choses dues. La rencontre de ce lundi a réuni Macky Sall, Denis Sassou N’Guesso, Volodymyr Zelensky… Et puis c’est tout. Sur l’interface de l’appel, on voit également la régie, et depuis les locaux de l’UA à Addis-Abeba, le président de la Commission de l’UA, Moussa Faki. 

Quelques ambassadeurs et ministres représentant l’Algérie, l’Afrique du Sud, la RDC, le Nigéria et l’Égypte notamment ont aussi écouté Volodymyr Zelensky, ainsi que le chef du Conseil présidentiel libyen. 

La symbolique est accablante : les autres présidents africains ont simplement boycotté le président ukrainien. De plus, l’UA a décidé de tenir la réunion à huis clos à la dernière minute. Un détail qui a suscité l’agacement des médias occidentaux, qui estiment que « les chefs d’État africains voudraient éviter que le “franc-parler” de Zelensky n’alimente pas les titres de presse », selon les éditorialistes de France24. 

Deux premières déclarations ont émané de la rencontre. D’abord, le chef d’État sénégalais et président de l’UA, Macky Sall, a remercié Zelensky « pour son adresse conviviale à la réunion virtuelle du Bureau élargi de l’UA ». 

« L’Afrique reste attachée au respect des règles du droit international, à la résolution pacifique des conflits et à la liberté du commerce », affirme Macky Sall. L’UA garde donc la même position, avec la priorité pour le retour des exports de céréales et d’engrais russes et ukrainiens. Un enjeu d’urgence pour une majorité des pays africains. 

De son côté, Volodymyr Zelensky a déclaré : « L’Afrique est en réalité un otage. C’est un otage de ceux qui ont déclenché la guerre contre notre État ». Le président ukrainien a réitéré ses accusations pour la Russie, qui bloquerait selon lui les exports de céréales ukrainiennes. 

Quelles relations entre l’Ukraine de Volodymyr Zelensky et l’Afrique ? 

Quoi qu’il en soit, cette réunion entre l’UA et Zelensky n’est pas dénuée de contexte. Depuis son entrée en fonction en 2019, la diplomatie entre l’Ukraine et les pays africains a subi un recul en raison de la réduction radicale des droits des étudiants étrangers en Ukraine. La volonté de Volodymyr Zelensky d’intégrer l’OTAN, par la suite, a créé un dilemme pour les pays africains les plus proches de la Russie. En l’occurrence l’Algérie, l’Angola, l’Afrique du Sud et la Guinée équatoriale. 

Mais c’est surtout depuis le début du conflit entre l’Ukraine et la Russie que de plus en plus de diplomates africains condamnent le deux poids, deux mesures du traitement des ressortissants africains. Volodymyr Zelensky avait déclaré en février que tous les étudiants africains qui quitteront l’Ukraine « n’y seront plus les bienvenus une fois la guerre sera finie ». Sans compter, évidemment, le scandale des couloirs humanitaires. Les Africains fuyant la guerre se sont heurtés au refus de l’Union européenne de les accueillir au même titre que les réfugiés ukrainiens. 

Ensuite, fin février dernier, l’ambassade ukrainienne au Sénégal avait enrôlé plusieurs dizaines de Sénégalais pour combattre en Ukraine. Un appel décrié par le ministère sénégalais des Affaires étrangères, qui condamnait « cette pratique qui constitue une violation de l’obligation de respect des lois et règlements de l’état accréditaire ». 

Alors si Volodymyr Zelensky vient aujourd’hui quémander un plus large soutien africain, il semble négliger que l’émotion à géométrie variable que provoque son cas dans les médias occidentaux ne signifie presque rien aux Africains. Mais, aussi, ses déclarations contre la Russie sont également ternes aux yeux de l’UA. Peut-être en acceptant de relancer le commerce de céréales avec les pays africains depuis ses ports, Zelensky pourra s’acheter un peu de bonne volonté auprès des diplomaties africaines. Mais quoi qu’il en soit, c’est peine perdue. Cette guerre concerne surtout l’Europe et sa manie de vouloir suivre à tout prix les politiques hégémoniques de Washington au prix de sa souveraineté et son intégrité. L’Afrique a réellement d’autres chats à fouetter.

2. Mali/Iran : une alliance qui pourrait apporter beaucoup ! 

Suite à l’attaque terroriste qui a fait 132 morts parmi les civils, respectivement à Diallassagou, Dianweli et Dégassagou, le président de la transition, le colonel Assimi Goïta, après avoir condamné l’acte, a décrété un deuil national de trois jours à partir de mardi 21 juin 2022. La commission de la Cedeao a également fait un communiqué pour manifester sa compassion auprès du peuple et du gouvernement de la transition. 

Les localités de Diallassagou, Dianweli, Dégassagou, situées dans le cercle de Bankass, région de Bandiagara, ont vécu un véritable cauchemar dans la nuit du 18 au 19 juin 2022. Des hommes armés appartenant aux groupes terroristes ont tué plus de 132 personnes, tous des civils, incendié des habitations et emporté beaucoup d’autres biens matériels après leur forfait. Pour donc manifester la tristesse de tout le peuple malien suite à cette tragédie humaine, le gouvernement a décrété un deuil national de trois jours à partir du mardi 21 juin 2022. En effet, les drapeaux seront en berne sur tous les bâtiments et édifices publics sur toute l’étendue du territoire national pendant toute la durée du deuil. La commission de l’organisation régionale, notamment la Communauté des États de l’Afrique de l’Ouest, a également fait un communiqué pour condamner le crime odieux et manifester son soutien au gouvernement de transition dans la lutte contre le terrorisme au Mali. Au fur et à mesure que les troupes d’occupation française se retirent du Mali, les attaques terroristes s’intensifient. D’ailleurs, suite à ce massacre, la France, qui elle-même se trouve être à l’origine du renforcement des groupes terroristes dans le Sahel, a également présenté ses condoléances aux familles des victimes et au peuple malien, tout en passant son petit message sournois se disant « gravement » préoccupé par la dégradation de la situation sécuritaire et humanitaire au Mali, qui se traduit par une intensification des attaques contre les populations civiles ces derniers mois ». 

Vu la multiplication des attaques terroristes, au fur et à mesure que les troupes d’occupation française se retirent du Mali, il serait temps d’élargir le cercle des partenaires internationaux. Outre la Russie, qui se trouve être majoritairement occupée par le conflit en Ukraine, il est clair qu’un élargissement ne serait pas de trop. Des pays amis sont prêts pourtant à aider le Mali dans sa lutte contre l’impérialisme occidental. Une lutte qui touche une très grande partie du monde.  

Suite au massacre des 132 civils, le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères a exprimé sa sympathie au gouvernement et au peuple maliens suite à l’attaque terroriste qui a entraîné la mort de certains civils. 

Saïd Khatibzadeh a exprimé ses regrets pour le meurtre de dizaines de civils maliens lors de l’attaque terroriste survenue au Mali et a également fermement condamné tout acte terroriste, sympathisant avec le gouvernement, le peuple et les familles des victimes. L’Iran est toujours présent auprès des pays qui défendent bec et ongle leur souveraineté et leur intégrité territoriale. Quoi qu’il en soit, le gouvernement malien suit la voie que lui trace la population malienne et aucune autre voie.

3. RDC : une force régionale voit le jour ! 

Les Chefs d’État de l’Afrique de l’Est ont approuvé, lundi, « le déploiement imminent » de la force militaire régionale dans l’est de la République Démocratique du Congo (RDC) où des dizaines de groupes armés s’affrontent aux forces gouvernementales depuis des décennies. 

Placée sous commandement militaire du Kenya, cette force devrait être opérationnelle dans les prochaines semaines et ne devrait pas comprendre en son sein d’éléments de l’armée rwandaise, a indiqué la présidence congolaise dans un communiqué. 

Le communiqué indique que les chefs d’État ont ordonné un « cessez-le-feu immédiat » ainsi que le retrait des positions récemment prises notamment par les rebelles du M23 depuis une semaine. 

« Les chefs d’État ont indiqué que la force régionale devrait, en coopération avec l’armée et les forces administratives de RDC, chercher à stabiliser et assurer la paix en RDC », a-t-elle indiqué dans un communiqué. 

« Les chefs d’État ont demandé qu’un cessez-le-feu immédiat soit appliqué et que la cessation des hostilités débute immédiatement », a poursuivi la présidence kenyane. 

La RDC, riche en minerais, est en proie à des dizaines de groupes armés dans l’Est, généralement financés et formés par les Occidentaux. 

Un regain de tension dans l’Est ces dernières semaines a ravivé l’animosité entre la RDC et le Rwanda, longtemps considéré comme étant le cheval de Troie de l’Occident en Afrique. 

Kinshasa accuse Kigali de soutenir ce groupe armé, ce que Kigali dément. Le M23 avait été vaincu en 2013, mais a repris les armes fin 2021, en reprochant aux autorités congolaises de ne pas avoir respecté un accord pour la démobilisation et la réinsertion de ses éléments. 

Les affrontements entre le M23 et l’armée congolaise ont entraîné la fuite de milliers d’habitants vers l’Ouganda voisin. 

Le communiqué kényan n’a pas précisé si le Rwanda allait jouer un rôle dans la force régionale alors que Kinshasa a déjà dit ne pas accepter sa présence. 

« Placée sous commandement militaire du Kenya, cette force devrait être opérationnelle dans les prochaines semaines et ne devrait pas comprendre en son sein d’éléments de l’armée rwandaise », a de son côté affirmé la présidence de la RDC sur Twitter. 

Le président congolais Felix Tshisekedi et le président rwandais Paul Kagame assistaient à la réunion lundi, aux côtés du président kényan Uhuru Kenyatta, ainsi que des dirigeants du Burundi, du Soudan du Sud, de l’Ouganda et l’ambassadeur de Tanzanie à Nairobi. 

Le président de la Commission de l’Union africaine, Moussa Faki Mahamat, a salué l’issue de la réunion à Nairobi dans un communiqué posté sur Twitter. « J’appelle à l’application immédiate de leurs décisions afin de restaurer la paix dans l’est de la RDC », a-t-il ajouté. 

« Les problèmes affectant la région comme la crise au Congo nécessitent une approche collective de la part de tous les membres régionaux de la Communauté d’Afrique de l’Est », a écrit sur Twitter le président ougandais Yoweri Museveni pendant la réunion. 

« Nous devons insister pour travailler ensemble parce que ces gens ont beaucoup souffert », a-t-il ajouté. 

Le gouvernement de Museveni a envoyé des troupes pour aider les forces congolaises à combattre les rebelles du groupe Forces démocratiques alliées, accusé d’être responsable de massacres de milliers de civils dans l’Est congolais et d’avoir commis des attentats en Ouganda. 

Ce groupe, d’origine ougandaise, a été placé en mars dernier par les États-Unis parmi les « groupes terroristes » affiliés aux terroristes de Daech. 

Après la prise d’un poste frontalier entre la RDC et l’Ouganda, Bunagana, par le M23 la semaine dernière, le président kenyan avait appelé au déploiement d’une force régionale dans l’est de la RDC. 

Le M23 a annoncé lundi la réouverture de ce poste frontalier dont ils s’étaient emparés le 13 juin. 

Une alliance qui ne fait pas nécessairement des heureux au sein de la communauté occidentale. La suite est à suivre... 

 

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