Aug 04, 2022 14:21 UTC

Actualité en Afrique : Le redéploiement à marche forcé de Barkhane

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Analyses de la rédaction :

1- RDC : le porte-parole de l’ONU sommé de partir !

En RDC, la situation se gâte sérieusement pour la Monusco. Le gouvernement a demandé officiellement le départ de Mathias Gilmann, porte-parole de la MONUSCO. 

Christophe Lutundula Apala, vice-premier ministre, ministre des Affaires étrangères, a écrit officiellement à la mission onusienne. Dans sa correspondance, le chef de la diplomatie congolaise considère que les tensions actuelles entre la MONUSCO et la population seraient dues « aux déclarations indélicates et inopportunes du porte-parole de la MONUSCO (…). Le gouvernement considère que la présence de ce fonctionnaire sur le territoire national n’est pas de nature à favoriser un climat de confiance mutuelle et de sérénité si indispensable entre les institutions congolaise et la MONUSCO en vue, non seulement du meilleur accomplissement du mandat confié à cette dernière par le conseil de sécurité des Nations unies, mais aussi de faire aboutir le plan de transition aux fins de son retrait définitif de la RDC, d’ici à l’horizon 2024, comme convenu ». 

Et d’ajouter : « Le gouvernement appréciera-t-il beaucoup que des dispositions soient prises pour que M. Gillman quitte le territoire dans le plus bref délai. »

Dans une interview en marge d’une conférence de presse le 13 juillet à Kinshasa, Mathias Gillmann affirmait que le déploiement d’une grande partie des ressources de la MONUSCO et de l’Armée congolaise dans la lutte contre le M23 a des implications négatives sur les autres régions où opèrent d’autres groupes armés. Il avait répété le message de la mission onusienne qui insiste sur l’urgence de parvenir à la désescalade dans la crise du M23 pour lui permettre de se focaliser sur d’autres crises. 

« Nous n’avons pas des capacités extensibles à merci. L’armée congolaise n’a pas des capacités extensibles à merci. Nous n’avons pas, contrairement à ce qui semble parfois sous-entendu dans vos questions, des milliers de militaires qui ne font rien. Tout le monde est mobilisé », avait-il déclaré. 

La mission, expliquait-il, a déployé une bonne partie de ses ressources pour lutter contre le M23. 

« Simplement, nous sommes mobilisés en ce moment, l’armée congolaise comme nous – une grande partie de nos moyens, une grande partie de nos troupes est mobilisée par cette résurgence du M23. Et dans ce sens-là, évidemment, si vous prenez d’un côté des militaires et des équipements pour lutter contre le M23, eh bien vous allez avoir des endroits où l’armée congolaise ne peut plus être présente de manière satisfaisante et où nous-mêmes, nos capacités vont être réduites. »

Ce n’est pas la première fois que la MONUSCO tient ces propos: « C’est pour ça que la Représentante spéciale a lancé cet appel au Conseil de sécurité – cet avertissement également : il y a des avancées, des progrès qui ont été faits récemment dans l’est de la RDC, qui sont menacés par le fait que nous sommes obligés - à la fois, nous, en tant que Mission, mais aussi l’armée congolaise, nos partenaires de l’armée congolaise -, nous sommes obligés de mobiliser une grande partie de nos moyens et de nos troupes sur cette crise du M23. »

Le plus urgent aujourd’hui, c’est de parvenir à la désescalade : « C’est pour ça qu’il est extrêmement important qu’au plus vite, cette désescalade se matérialise et qu’évidemment, régionalement, chacun joue un rôle positif pour mettre fin à cette situation. C’est important aussi pour les populations de l’Ituri, les populations qui vivent sous la menace à la fois des CODECO et des ADF. Donc pas simplement les populations qui vivent sous la menace des M23. C’est aussi vrai pour toutes les populations qui vivent au milieu des groupes armés, dans ces différentes provinces. »

Les autres crises n’attendent pas : « Et dans le même temps, il faut travailler à être le plus flexibles possible pour démanteler les réseaux des ADF. Les ADF qui sont disséminés, dispersés, sous pression. Et il faut continuer évidemment à exercer cette pression et nous, on essaye d’être le plus flexibles possible. »

Le 27 juillet, Khassim Diagne, Représentant spécial adjoint pour la protection et les opérations au sein de la (MONUSCO), avait également, au cours d’un échange avec la presse organisée par Patrick Muyaya, ministre de la communication et des médias, explicité la position de la mission onusienne sur le terrain du Nord-Kivu par rapport au M23. Il a également précisé les propos de Bintou Keita, cheffe de la MONUSCO, devant le conseil de sécurité suite aux nombreuses interprétations sur les réseaux sociaux. « Nous sommes en diplomatie, en relations internationales. On n’a pas besoin d’aller dans les détails. Elle a dit que nous sommes extrêmement préoccupés. Nous faisons face à un groupe armé qui a des capacités qui ne sont pas les capacités d’un groupe armé normal. Cela veut dire un groupe armé qui a des missiles sol-air », avait-il dit répondant aux questions des journalistes. 

Tout comme la France dans le Sahel et particulièrement au Mali, la Monusco continue de faire semblant de rien et de tourner autour du pot comme tout politiciens occidentaux.  

En d’autres termes, en tentant de noyer le poisson, la mission de l’ONU, avec ses 1,5 milliard de dollars et un effectif déployé de plus de 23 000 personnes n’a jusqu’à présent pas réussi à sécuriser le moindre cm² de territoire dans l’Est de la RDC. Et c’est pour cela que la population congolaise se soulève pour demander le départ immédiat de la Monusco et non pas des propos des patrons de la Mission. Car en effet, cela fait plus de 20 ans maintenant que les patrons de la Monusco tiennent des discours similaires qui sert seulement à endormir l’esprit des congolais. 

C’est bien la passivité, l’inefficacité ou même, la complicité de la Monusco dans l’instabilité de l’Est du pays qui a mis en colère les Congolais et rien d’autres. 

2- Sahel: les mouvements anti-France se multiplient ! 

Après le Burkina Faso, au Niger, des organisations de la société civile créent une coalition contre la présence militaire française. 

Dénommée M62, la nouvelle structure appelle à une manifestation nationale contre Barkhane le 17 août. 

Une quinzaine d’organisations de la société civile nigérienne ont lancé, mercredi, un mouvement dénommé « M62: Union sacrée pour la sauvegarde de la souveraineté et de la dignité du peuple », en vue de s’opposer à la présence militaire française au Niger. 

« Considérant les multiples assassinats de nos populations civiles par la force Barkhane chassée du Mali et illégalement présente sur notre territoire qu’elle estime conquis pour matérialiser son dessein funèbre de déstabilisation du Sahel, réitérons notre opposition à la présence militaire française dans notre pays et exigeons son départ immédiat », ont écrit les organisations de la société civile, parmi lesquelles des associations de défense des droits de l’homme et des syndicats. 

« Lançons la semaine de la dignité à compter de ce jour mercredi 03 août marquant le 62ème anniversaire de la date de proclamation de l’indépendance du Niger et engagerons à cet effet toutes les citoyennes et tous les citoyens à se constituer en comité citoyen pour la dignité dans les quartiers, les villages et les communes, en organisant des initiatives de sensibilisation », ont ajouté les organisations de la société civile. Elles ont, en outre, lancé un appel « à tous les syndicats, les organisations de la société civile, les universitaires, les hommes des médias, les transporteurs, les agriculteurs, les éleveurs et les leaders religieux » à se joindre à elles « pour la défense et la sauvegarde de la souveraineté et de la dignité du peuple dangereusement menacées ». 

Elles ont aussi appelé à « une journée de protestation à travers l’organisation d’une marche pacifique suivie de meeting le mercredi 17 août 2022 à partir de 9h sur l’ensemble du territoire national notamment dans tous les chefs-lieux de communes, de départements et de régions ». 

La création du M62 intervient dans un contexte de redéploiement de Barkhane au Niger, après la décision des autorités de Transitions maliennes de mettre dehors les forces françaises et européennes. 

Depuis plusieurs semaines des convois de Barkhane arrivent au Niger. Ces derniers jours, des véhicules et camions de ces convois ont été impliqués dans des accidents de la route qui ont fait au moins quatre morts et plusieurs blessés. 

Mardi, le nouveau commandant de Barkhane Général Bruno Baratz a été reçu en audience par le président Mohamed Bazoum. Dans un entretien à la presse, il a indiqué que 6000 conteneurs de Barkhane attendent encore d’être acheminés du Mali vers le Niger. 

Au Burkina Faso, un mouvement appelé le M30 est également né pour se soulever contre la France. 

Ce mouvement a pour objectif, selon les initiateurs, « la lutte pour la rupture des accords de coopération avec la France ». Ainsi, le M30 a prévu, avant même son lancement officiel, une marche-meeting pacifique le 12 août 2022, sur l’ambassade de la France au Burkina Faso pour demander le départ de l’ambassadeur et la fin de la politique française en Afrique. Cette marche concerne l’ensemble du territoire national. 

De plus en plus de coalition anti-France sont entrain de naître dans les quatre coins du Sahel pour se dresser devant la France qui n’a toujours pas compris que l’Afrique ne veut plus d’elle. Ces coalitions vont s’agrandir de plus en plus et si le général de Barkhane pense pouvoir acheminer calmement les 6.000 conteneurs restant du Mali au Niger, il a bien l’air d’être optimiste. Il n’y a aucun doute que le peuple nigérien ne les laissera pas faire. 

3- Le Mali ordonne le départ des forces étrangères ! 

Le Mali a ordonné le départ dans un délai de 72 heures de toutes les « forces étrangères » présentes sur la base de la société Sahel Aviation Services (SAS) de l’aéroport de Bamako, un ultimatum qui intervient quelques semaines après l’arrestation de 49 soldats ivoiriens liés à cette base. 

Selon un courrier officiel des Aéroports du Mali à SAS, daté de lundi, toutes les « forces étrangères » présentes sur la base de la SAS dans l’enceinte de l’aéroport de Bamako, doivent la quitter « dans un délai de soixante-douze heures ». 

« L’hébergement et l’accueil » de soldats étrangers sur cette base « engendre des risques pour la sûreté intérieure et extérieure » du Mali, a souligné la même source, notant qu’ils n’étaient pas prévus dans la convention d’utilisation de ladite base signée en 2018. 

La base de SAS à l’aéroport de Bamako sert de « base logistique » pour plusieurs partenaires internationaux du Mali, parmi lesquels des soldats ivoiriens mais aussi des soldats allemands, autrichiens, belges, suédois ou encore pakistanais déployés au sein de missions internationales, notamment l’ONU, a dit mi-juillet l’état-major ivoirien. 

L’arrestation le 10 juillet au Mali de 49 d’entre eux à l’aéroport de Bamako déployés, selon Abidjan, dans le cadre d’une procédure de l’ONU en soutien de leurs contingents, tandis que le Mali les a qualifiés de « mercenaires », a déclenché une crise diplomatique entre Bamako, Abidjan et l’ONU. 

Le porte-parole de la mission de l’ONU au Mali a été expulsé après avoir été accusé par Bamako d’avoir publié des « fausses informations » sur cette affaire le 11 juillet. Car en effet, au début l’ONU avait nié avoir des liens avec ces 49 mercenaires, et soudain, cette instance a changé de version. 

Le rôle exact de ces soldats arrêtés et toujours détenus reste flou: ils étaient selon Abidjan des Éléments nationaux de soutien (ENS), une procédure de l’ONU permettant aux contingents des missions de maintien de la paix de faire appel à des prestataires extérieurs pour des appuis logistiques. 

Une médiation a été lancée par le Togo à Lomé pour « trouver une solution rapide » à cette situation. 

Il est évident que le fait de mettre dehors les forces étrangères de cette base aérienne, est un grand pas en avant pour anticiper les tentatives de déstabilisation du Mali par des tiers étrangers comme la France. 

Et les propos d’Emmanuel Macron concernant le Mali lors de sa mini tournée en Afrique de l’Ouest étaient clair, Paris continue d’œuvrer pour trouver un moyen de déstabiliser le Mali, avec l’aide des États-Unis. 

Le porte-parole du gouvernement malien avait également déclaré que la France qui a toujours œuvré à la division et à la partition de notre pays est mal placée pour donner des leçons au Mali. Le Gouvernement de la Transition exige du Président Macron d’abandonner définitivement sa posture néocoloniale, paternaliste et condescendante pour comprendre que nul ne peut aimer le Mali mieux que les Maliens eux-mêmes. Le Gouvernement de la Transition rappelle que le Mali, foyer des grands empires en Afrique de l’Ouest, berceau d’une civilisation multiséculaire et pays de tolérance, repose sur sa diversité ethnoculturelle, la bonne cohésion sociale entre toutes les ethnies et les communautés qui le composent. 

Force est de reconnaître que ces dernières années le tissu social a été dégradé, à cause des conflits communautaires qui sont instrumentalisés par des groupes terroristes et leurs sponsors étatiques étrangers. Le Gouvernement de la Transition rappelle que le renforcement de la cohésion sociale demeure l’un de ses objectifs prioritaires non négociables et ne ménagera aucun effort pour réussir cette mission. Il convient enfin de rappeler avec force que nos vaillantes Forces de Défense et de Sécurité qui sont multiethniques, professionnelles, républicaines et résolument engagées, demeurent un rempart solide pour la défense de la patrie, la préservation et la protection de l’ensemble de nos concitoyens dans leur diversité ethnique et religieuse. 

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