Oct 04, 2022 17:39 UTC

Actualité en Afrique :

Sénégal : Le MAE ukrainien Dmytro Kuleba en visite officielle de 48 heures

- Cote d’ivoire : Covid-19, ils entendent encore vacciner 3 à 4 millions de personnes

- Niger : quelque 488 milliards de francs CFA de recettes fiscales internes mobilisées au 1er semestre 2022 (Ouhoumoudou Mahamadou)

- Togo : la création d’une nouvelle ville en projet pour désengorger Lomé

Analyses de la rédaction :

1. Au Soudan, un projet de base militaire russe qui irrite Washington 

Le pouvoir soudanais affirme discuter avec la Russie pour relancer un projet de base militaire navale dans la mer Rouge. Les États-Unis menacent le général al-Burhane de « conséquences » en cas de signature d’un accord avec Moscou. 

Le détroit de Bab el-Mandeb, et la mer Rouge avec lui, attire les convoitises militaires. Un enjeu stratégique international qui ne doit rien au fait que plus de 40 % du trafic maritime mondial transite par ce détroit de quelques dizaines de kilomètres. Alors, forcément, lorsque l’on évoque une possible présence russe dans la région, surtout lorsqu’elle est militaire, du côté de Washington, on voit rouge. 

Au Soudan, alors qu’il était la cible de deux mandats d’arrêt internationaux émis en 2009 et 2010 par la Cour pénale internationale (CPI) pour génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre au Darfour, Omar el-Bechir s’était tourné vers la Russie. Il avait convaincu Moscou en 2017 d’ouvrir une base militaire russe sur la mer Rouge, en échange d’un accord qui permettait à Khartoum d’acquérir des chasseurs SU-30 et des missiles sol-air. 

El-Bechir avait « proposé à Poutine que le Soudan soit la porte d’entrée de la Russie vers l’Afrique et invité les entreprises russes à participer au développement de son industrie pétrolière », résument Hicham Mourad et amiral Patrick Hébrard, de la Fondation pour la recherche stratégique, dans un rapport consacré à la mer Rouge. Mais après le départ forcé d’El-Bechir, la base militaire est finalement restée à l’état de projet. 

Or, selon le général al-Burhane, celui-ci pourrait bien renaître de ses cendres. Il a évoqué des « discussions » avec Moscou concernant cette base navale russe sur la côte de la mer Rouge, ces derniers jours. De quoi fâcher les Américains qui semblaient d’ailleurs déjà au courant. 

« Certains rapports indiquent que la Russie tente de mettre en œuvre l’accord qu’elle a signé avec le président déchu Omar el-Bechir en 2017 pour établir une base militaire qui lui donnerait accès à la mer Rouge. Tous les pays ont le droit souverain de décider avec quels autres pays coopérer, mais ces choix ont bien sûr des conséquences », a menacé l’ambassadeur américain au Soudan, John Godfrey. 

Les États-Unis avaient déjà tenté, en 2014, d’empêcher Djibouti de signer un accord militaire avec la Russie. Washington s’était employé avec succès, mais n’avait pu empêcher l’installation d’une base navale chinoise deux ans plus tard. La Maison-Blanche verrait d’un mauvais œil que le projet russo-soudanais est relancé, surtout en cette période de conflit en Ukraine. 

D’ores et déjà, la diplomatie américaine affirme que la signature de cet accord « isolerait le Soudan de la communauté internationale » et « porterait atteinte aux intérêts du pays ». Avant d’assurer, non sans une certaine ironie, que les États-Unis pouvaient être « un bon partenaire pour Khartoum ». 

2. Le Mali bientôt sorti de la CEDEAO ? 

Réagissant aux sanctions prises par la CEDEAO contre la Guinée, le gouvernement malien fustige la Cedeao, qui ne soutient selon elle pas assez les transitions africaines. 

À quoi sert encore la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ? C’est, en substance, la question posée par le gouvernement de la Transition du Mali. Rebondissant sur les sanctions contre la Guinée, ce dernier « souligne que l’objectif de la Cedeao est d’améliorer les conditions de vie des populations et non d’adopter des sanctions contre-productives les affectant ». Depuis plusieurs années, l’image de la Cedeao ne cesse de s’écorner. C’est encore plus vrai ces derniers mois avec une série de sanctions contre le Mali, la Guinée, mais aussi le Burkina Faso, qui ont inévitablement touché les populations de ces trois pays. 

Le 22 septembre dernier, la CEDEAO a annoncé plusieurs mesures contre le gouvernement guinéen. Un gel des avoirs financiers et l’interdiction de voyager pour « les membres des autres institutions de la transition et toute autre personne cherchant à empêcher le retour à l’ordre constitutionnel en Guinée dans un délai raisonnable » ont été prononcés par l’instance sous-régionale. 

Le « syndicat des présidents » menacé ? 

Moins d’une semaine plus tard, le colonel Abdoulaye Maïga, porte-parole du gouvernement malien, s’est emporté contre ces sanctions et a rappelé « la solidarité et la fraternité entre le Mali et la Guinée ». Bamako s’est tout simplement « désolidarisé de toutes les sanctions illégales, inhumaines et illégitimes prises à l’encontre de la République sœur de Guinée et ne leur réservera aucune suite ». 

Une réaction qui pourrait en amener une autre : le Mali précise qu’il n’écarte pas « d’adopter, si nécessaire, des mesures pour assister la République de Guinée, afin d’annihiler les conséquences de ces sanctions inutiles contre le peuple et les autorités de la Guinée ». Une façon de menacer de quitter la CEDEAO si ces sanctions ne sont pas annulées ? 

En tout cas, le Mali rappelle à la CEDEAO qu’elle est là pour « accompagner » les autorités de transition des différents États ouest-africains, notamment « pour mener des réformes politiques et institutionnelles qui contribueraient à renforcer la bonne gouvernance et la stabilité ». 

Le Mali, qui a déjà quitté le G5-Sahel, pourrait donc menacer de claquer la porte de la CEDEAO. Reste à savoir si l’instance reverra, à court terme, ses positions concernant la Guinée. En attendant, la Cedeao agit une nouvelle fois en « syndicat de présidents » qui voient d’un mauvais œil d’être sur la sellette et qui préfèrent militer pour les troisièmes mandats que pour des transitions. 

3. Burkina Faso : la CEDEAO viendra ou ne viendra pas ? 

Vers 18h ce 3 octobre 2022, depuis les feux tricolores de l’hôtel Lancaster Ouaga 2000 (ex hôtel Laïco) jusqu’au restaurant la Perle, aucune circulation n’était possible à partir de 15h. 

Des manifestants ont arboré le drapeau de la Russie et des pancartes qui affichent, entre autres, mentions : « Non à la CEDEAO, À bas la France ! ». 

L’un des manifestants, Aboubacar Ouédraogo, que nous approchons s’est revendiqué être du « Mouvement Réveil du peuple » et a déclaré que « notre regroupement ce soir c’est pour faire comprendre à la CEDEAO que lorsque le Burkina était dans les difficultés, ils n’ont pas essayé de venir chercher des solutions pour nous… Nous voulons leur faire comprendre qu’au Burkina aujourd’hui, nous voulons changer de paradigme ». 

Ce regroupement, si l’on en croit le propos d’Aboubacar Ouédraogo, est aussi un soutien au Capitaine Ibrahim Traoré. « Qu’il sache (ndlr, Capitaine Traoré) que depuis le premier jour, le peuple est avec lui, nuit et jour. Et même cette nuit, on ne va pas dormir ; on sera dans les rues pour lui. C’est pour lui faire comprendre que le peuple est avec lui. Qu’il prenne des décisions fermes », a-t-il indiqué. 

« On les met aussi en garde hein, les généraux-là. Ce ne sont pas des généraux qui vont venir prendre cette lutte. Ce ne sont pas non plus des Français qui vont venir détourner notre lutte », a-t-il prévenu. 

Il a lancé un appel à la mobilisation générale contre la venue de la mission de la CEDEAO au Burkina. « Donc on appelle à la mobilisation générale demain à partir de 08h. Il n’y aura pas de marché. On appelle la population. Il est temps qu’on sorte. C’est pour le pays, ce n’est pas pour quelqu’un », a-t-il appelé. 

Une mission de la CEDEAO est attendue dans la capitale burkinabè ce mardi 4 octobre 2022, à travers un communiqué, le président du MPSR a appelé les Burkinabè à la retenue et ne pas perturber l’arrivée de cette délégation.  

Le capitaine Ibrahim Traoré dit regretter le comportement de certains Burkinabè qui appellent à manifester contre l’arrivée de la mission de la CEDEAO à Ouagadougou ce mardi 4 octobre 2022. 

« C’est avec stupéfaction et regret que le président du MPSR (Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration) constate, la circulation de messages appelant à empêcher le bon déroulement de cette mission », a-t-il déploré. 

Et de préciser que cette venue de la CEDEAO s’inscrit dans « le cadre de l’accompagnement que notre pays bénéficie de cette organisation ». Le capitaine Ibrahim Traoré appelle les Burkinabè à leur faire confiance. « Le MPSR appelle la population à faire confiance aux nouvelles autorités de la transition dans la conduite des affaires de l’État. Il rassure que l’intérêt de notre nation sera en toutes circonstances préservé », a-t-il lancé. 

Le Boulevard Mouammar Kadhafi est bloqué ce mardi matin 4 octobre 2022 depuis 8h par des manifestants hostiles à la venue de la mission de la CEDEAO au Burkina ce jour même. 

Le Capitaine Ibrahim Traoré a pourtant appelé les Burkinabè à ne pas perturber l’arrivée de la mission de la CEDEAO, tout en regrettant le comportement qui appelle à manifester contre les émissaires de l’institution sous régionale. 

Alors que certains pays africains essayent de se libérer des griffes de l’occident notamment de la France, le président bissau-guinéen Umaro s. Embaló qui est l’actuel président de la CEDEAO se retrouve aux pieds du président français. 

Sur un canal proche de Umaro, le message est clair : le président de la CEDEAO est venu pour analyser avec Macron l’efficacité des sanctions de l’organisation politique régionale. 

Au-delà de la consternation affligée aux Africains avec un tel comportement, ces images prouvent à suffisance que la CEDEAO est un syndicat de chef d’État accroché au pouvoir, promoteurs de la mauvaise gouvernance et instrumentalisés par l’ancienne puissance coloniale, à savoir la France. 
En tout cas, la CEDEAO vient renforcer les arguments des dirigeants maliens qui ont longtemps dénoncé ce fait. Que peut attendre le Burkina Faso de la CEDEAO ?

 

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