Dec 02, 2021 15:14 UTC
  • Nucléaire : la Bombe

Au quatrième jour des pourparlers à Vienne, le camp américain parait déjà mis échec et mat: catégorique, le négociateur en chef Bagheri Kani a mis sur la table deux documents séparé, l'un concernant les exigences iraniennes pour une levée des sanctions, l'autre lié aux engagements que l'Iran serait prêt à reprendre si évidemment les sanctions étaient démantelées.

A Middle East Eye,  Bagheri a répété il y a quelques heures que :  "L'Iran ne renoncera à aucun prix à son enrichissement d’uranium et que la balle est désormais dans le camp des Américains"; "l'Iran est très sérieux dans ses pourparlers" d'où la composition de sa délégation uniquement fait de hauts économistes et ambassadeur"; " l'Iran rejette catégoriquement un accord à minima " moins VS moins" et ne concédera pas non plus à un "PGAC plus ( incluant missile et politique régionale iranienne)", "l'Iran se moque des pressions américaines qui n'ont plus aucun effet" alors même que Washington se fatigue à multiplier des mises en gardes.

Et Bagheri d'exiger de surcroît : "les Etats Unis devront lever leurs sanctions un point c'est tout, vu que l'Amérique est le violateur de la résolution 2231 et partant du droit international" et qu'au dessus de tout, "le principal enjeu à Vienne est moins l'Iran et ses engagements que les Etats Unis et son retrait de 2015 du PGAC " Et the last but not the least : "tout ce que les médias ont dit à la fin de mandat de Rohani sur un "accord provisoire USA/Iran" relève de la simple affabulation dans la mesure où " c'était un texte bourré de parenthèse, aucun accord, aucun compromis ne se trouvant là dedans".

D'ailleurs, dixit Bagheri Kani, " l'Iran n'a pas à négocier de sa politique régionale avec qui que ce soit encore moins avec les Américains" car "la RII est en contact permanent avec ses voisins" et que lui, Bagheri", s'est rendu au Koweït et aux Emirats juste avant de partir pour Vienne". Quant à la sécurité nationale iranienne, ou en d'autres termes des missiles iraniens", " c'est totalement non négociable car cela renvoie aux capacités défensives de l'Iran et se décident sur base des intérêts nationaux et aucun pays au monde ne négocie ce genre de chose" ..Bref d'ici vendredi date à laquelle on dit que les pourparlers seront clos, les Yankee se trouvent bien face à un choix : soit lever les sanctions comme promises par le PGAC, soit voir émerger un Iran qui enrichirait son uranium à 90% et en un quart de tour. 

Signe des temps, et alors même que les Américains continuent à bluffer publiant des centaines de pages analyses entières sur ce qui pourrait arriver à l'Iran s'il quitte Vienne sans accord, l'AIEA de l'agent Grossi a jeté une pavé dans la marre en affirmant dans son rapport que "l'Iran a commencé à produire de l'uranium enrichi à l'aide de centrifugeuses plus avancées dans son installation montagneuse de Fordow, sapant davantage l'accord nucléaire de 2015 alors que l'Iran négocie avec l'Occident pour le relancer." Plus d'un observateur du camp d'en face a affirmé que l'annonce "semble vouloir saper les pourparlers indirect entre l'Iran et les États-Unis sur leur retour complet au respect de l'accord chancelant, qui a repris cette semaine après une interruption de cinq mois en raison de l'élection du président iranien conservateur Ebrahim Raissi". 

Et Reuters entre autre de commenter : "Les négociateurs occidentaux craignent que l'Iran ne crée des faits sur le terrain pour accroître son influence pendant les pourparlers." Et les négociateurs ne croient pas si bien sentir. Décidément si l'Iran négocie d'une position de force, c'est qu'il a en sa possession pas mal d'atout  et l'uranium enrichi à 20M en est un. Le rapport de l'AIEA ajoute : " Jusqu'à présent, l'Iran y a produit de l'uranium enrichi avec des machines IR-1  utilisé par des machines IR-6, mais n'a pas conservé le produit. Mais un changement de cap se produit.  l'Iran dispose de 94 machines IR-6 installées en série à Fordow, qui n'étaient pas encore opérationnelles. Elles le sont désormais."

Reuters ajoute : Ceci dit, l'Iran a minimisé le rapport comme étant, renvoyant dos à dos les Occidentaux et  l'AIEA dont le chef, Rafael Grossi, a clairement indiqué qu'il considérait cette évolution avec inquiétude. Grossi a déclaré à la télévision France 24 : "Ceci (niveau d'enrichissement accru) sonne à nouveau la sonnette d'alarme. Ce n'est pas normal. L'Iran peut le faire, mais si l'Iran a cette ambition, il devra accepter l'inspection. C'est nécessaire".  L'Iran compte se retirer même de l'Agence si les sanctions ne seront levées? 

Une chose est sûre : la partie la plus malheureuse au monde est l'entité sioniste. Danny Citrinowicz, ancien responsable de la recherche sur le renseignement militaire du régime sioniste a commenté cette ambiance en fustigeant  "l'incapacité des hommes politiques à adopter une approche nuancée" qui a conduit à un échec politique " colossal ", et a accéléré l'effort nucléaire de Téhéran. En tant que chef de la branche iranienne de la division de recherche et d'analyse du renseignement militaire, Citrinowicz était chargé d'analyser les intentions stratégiques de Téhéran. C'était de 2013 à 2016, pendant la période préparatoire et immédiatement après la signature de l'accord nucléaire multilatéral connu sous le nom de Plan d'action global commun.

Interrogé par Times of Israel, Citrinowicz qualifie la politique du régime de Tel-Aviv sur l'Iran d'« échec ». Et de constater : " la seule façon pour les parties de réussir est que  les États-Unis se montrent prêts à faire des compromis de manière significative.": " la capacité de Tel-Aviv à influencer les pourparlers à Vienne est négligeable et Israel paie le prix des erreurs de Netanyahu qui a adopté une politique – une politique qui, à la fois rétrospectivement et à l'époque, je pensais que c'était la mauvaise politique –et qui a poussé les États-Unis à se retirer de l'accord sans présenter aucune alternative. Je ne sais pas à quoi s'attendait Netanyahu, mais les Iraniens ont surmonté tous les obstacles et tous les problèmes qu'ils ont rencontrés et maintenant ils ont enrichi de l’uranium." 

À la question de savoir si la stratégie alternative  est considérée comme une campagne de pression maximale, l'intéressé de répondre :  « Oui, mais ce fut une catastrophe. Il était très naïf de penser qu'ils pourraient forcer l’Iran à choisir entre sa survie et son programme nucléaire. Pour l'Iran, renoncer à son programme nucléaire signifierait perdre son indépendance. L'Iran se réserve le droit d'enrichir de l'uranium comme le font les autres superpuissances. C'est aussi une source de fierté et de nationalisme. Il existe un consensus sur cette question au sein de la population iranienne. Les sanctions sous Trump étaient moins efficaces que par rapport à son prédécesseur, Barack Obama car Washington ne bénéficiait plus le soutien de la Russie et de la Chine, et les Iraniens savaient déjà comment faire face à la campagne de pression maximale. Je ne dis pas qu'ils ne souffrent pas des sanctions. Je ne dis pas que les sanctions ont été totalement inefficaces pendant l'épidémie de Coronavirus mais ils pensent désormais pouvoir résister à cette pression et garder la tête hors de l'eau en ouvrant de nouveaux marchés en Asie. "

Et de conclure : « En conséquence, la campagne de pression maximale n'a fait aucune différence. Le président iranien nouvellement élu Ebrahim Raissi ne donne pas la priorité à un retour à l'accord nucléaire et pense que Téhéran peut résister aux sanctions américaines grâce à des alliances croissantes avec la Russie et la Chine », a fait valoir l'ancien analyste israélien. Les États-Unis sont dans une situation très difficile. Je ne pense pas qu'ils aient un plan B. Vous pouvez parler du plan B comme étant plus de sanctions parce qu'ils n'attaqueront pas réellement l'Iran. Mais quel type de sanctions [pouvez-vous imposer à l'Iran] sans la Chine ? Ils sont désespérés en ce moment et ne veulent pas vraiment imposer de nouvelles sanctions car cela rendra plus difficile pour l'Iran de revenir à l'accord »

Et alors qui est la plus malheureuse de tous dans cette affaire Iran/Occident? Evidemment Israël à qui l’Amérique demande de jouer le rôle de "méchant flic". A Vienne, il y a comme un vague parfum de Beyrouth quand le secrétaire général du Hezbollah a annoncé au plus fort du blocus US contre le Liban l'arrivée des Pétroliers iraniens. Depuis, les Américains ont ramé dans toutes les directions pour s'en sortir, sans succès. Ils en ont été même à bousiller Cesar pour éviter le pire...Tout comme à Vienne où ils finiraient par se désavouer pour éviter l'irréparable.

 

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