May 18, 2022 09:42 UTC
  • Les USA échouent à fermer les corridors iraniens

Le grand besoin des deux superpuissances économiques du monde, la Chine et l'Inde, pour les corridors iraniens, malgré leurs liens étroits avec les États-Unis, les a amenées à ignorer les sanctions américaines.

L’Iran se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins. La route de connexion par voie terrestre entre l'est et l'ouest du monde ne passe que par deux pays, l'Iran et la Russie qui partagent la mer Caspienne. C'est un avantage stratégique extraordinaire pour l'Iran, reconnu par la Chine depuis 2013. L'Inde tente également d'activer son corridor de transit depuis l'Iran depuis 2016.

L’exemple en est l'Union économique eurasienne (UEEA). Celle-ci est l'un des partenaires commerciaux de l'Inde, mais il n'y a pas de lien direct entre les deux régions géographiques. L’union couvre une grande partie du territoire eurasien et s'étend de l'Union européenne à la Chine. Entre-temps, l'Iran est la porte d'entrée de l'Inde vers l'Eurasie. 

L’Iran a des frontières communes avec les pays méridionaux de l’UEEA. C'est une opportunité unique pour Téhéran. L'Iran est le seul pays qui peut relier directement les États membres de l’UEEA à l'océan Indien et aux royaumes du golfe Persique.

Les pays enclavés d'Asie centrale et la Russie peuvent exporter leur pétrole, leur gaz naturel et leurs métaux vers l'Inde via l'Iran, surtout après la guerre d'Ukraine. En cas d'adhésion éventuelle de la Suède et de la Finlande, l'OTAN dominera les portes occidentales de la Russie, ainsi que les couloirs de la Baltique et de la mer Noire.

Avec l'occupation du sud de l'Ukraine et l'annexion du territoire russe à la région autonome transnistrienne de Moldavie, il est possible que la Turquie, membre de l’OTAN bloque le détroit des Dardanelles reliant la mer Noire à la Méditerranée et maintienne effectivement la flotte russe bloquée en pleine mer Noire.

La question du transit indien n'était qu'un exemple. L'activation complète du corridor indien incitera la Chine à se concentrer sur la relance de la route de la soie à travers l'Iran. Parce que le détroit de Malacca est le plus grand point faible de la Chine dans le commerce mondial, toute initiative visant à réduire la dépendance de Pékin vis-à-vis du détroit serait stratégique. Le détroit de Malacca est un point clé du réseau commercial mondial qui relie l'océan Indien à l’océan Pacifique.  Le blocage de ce passage maritime pourrait par ailleurs être le plus gros coup porté à l'économie chinoise.

Afin de maintenir son hégémonie à travers le monde, l'armée américaine a divisé ses forces d'outre-mer en six commandants. Actuellement, le commandement de l'armée américaine dans le Pacifique et en Inde, connu sous le nom du commandant l'Indo-Pacific Command (INDOPACOM), est le plus grand poste de commandement du pays, employant 375 000 soldats. Le commandement compte 200 navires de guerre, dont cinq porte-avions et 1 100 avions. L'objectif opérationnel de l’INDOPACOM est d'assiéger la Chine.

En outre, les Etats-Unis, mettant en place  « le Dialogue quadrilatéral pour la sécurité » (QUAD) appelé avec le partenariat de l'Inde,  du Japon et  de l'Australie, cherchent à mobiliser les forces et les équipements militaires des quatre pays avec une population de 1,9 milliard de personnes contre Chine dont la population s’élève à un milliards 400 millions de personnes.

La Chine a une "armée de 2 millions de personnes", selon le Service de recherche du parlement européen (EPRS). Mais l’Inde détient une armée de 1 million de 45 milles effectifs, les Etats-Unis, d’un million 38 milles militaires, le Japon de 396 mille effectifs et l'Australie de 57 mille soldats. Les quatre pays réunis rassemblent plus de 4 millions de militaires auxquels se joindront prochainement les forces britanniques et françaises de l’OTAN.

Le quad vise à bloquer stratégiquement la Chine afin de perturber la croissance économique de Pékin. L'une des stratégies de la Chine pour réduire sa dépendance vis-à-vis du détroit de Malacca consiste à se concentrer sur les corridors terrestres. Le projet chinois « Une ceinture, une route » fera de l'Iran une « plaque tournante » pour le réseau commercial Ouest-Est. Le projet relie la Chine à la mer Baltique et à l'océan Atlantique via Téhéran.

Certes, cela ne sera pas à coup sûr du goût des Américains. Certains estiment que le retrait soudain de l'armée américaine d'Afghanistan et l'incitation de la Russie à attaquer l'Ukraine visaient à porter atteinte à l’initiative chinoise « La route de soie ».

Aujourd'hui, on peut affirmer avec certitude que le corridor traversant le nord de la mer Caspienne sera bloqué en raison de la « guerre en Europe de l'Est », de « l'embargo massif ciblant les ports et les navires russes » et de la « rupture des relations entre les pays européens et Moscou ».

En ce qui concerne le corridor traversant le sud de la mer Caspienne, les frontières orientales de l'Iran font l'objet de séditions ethnico-religieuses depuis un certain temps. Les frontières orientales sont en fait le point d'entrée des corridors vitaux pour Pékin et la Nouvelle-Delhi et l’émergence de toute insécurité à ces frontières signifie la fermeture de ces corridors économiques.

 

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