Sep 22, 2019 06:29 UTC
  • Iran: face-à-face USA/Chine?

C'est la première fois que la marine chinoise franchira les portes du golfe Persique. L'Iran a annoncé des exercices navales d'ici les jours à venir, dans les eaux du golfe Persique en présence des navires chinois et russes.

La zone des opérations se place dans la mer d'Oman et dans le nord de l'océan Indien. Cette démonstration de force conjointe a lieu dans un contexte d'extrême tension marqué par les accusations gratuites des États-Unis et de l'Arabie saoudite contre l'Iran qu'ils accusent d'être à l'origine de la spectaculaire frappe au drone d'Ansarallah contre Aramco.

Un média chinois qui cite les experts militaires affirme que la tenue de ces exercices militaires constitue un message "d'intimidation" à l'adresse des parties qui voient dans l'émergence d'un axe oriental, un danger existentiel. Pour ce média, l'annonce de l'organisation de cet exercice témoigne du " ferme soutien de la Chine à l'Iran" en cas d'une éventuelle confrontation militaire l'opposant à l'axe américain.  

Cité par Fars News, le général de brigade Ghadir Nezami, responsable des affaires internationales et de la diplomatie de défense des forces armées iraniennes, a annoncé samedi que les manœuvres maritimes se dérouleraient en trilatéral avec les forces navales russes et chinoises dans le nord de l'océan Indien et de l'autre côté de la mer d'Oman : "Les exercices en question ont des dimensions différentes, y compris l'échange d'expériences tactiques et militaires et parfois politiques pour montrer une sorte de convergence entre les participants", a déclaré le commandant iranien.

China Morning Post interroge ses analystes militaires pour conclure que la tenue d'un tel exercice dans le contexte actuel est le signe d'un soutien militaire d'envergure que Pékin porte à l'Iran avec qui il vient de signer un accord stratégique étalé sur 25 ans. 

"Le moment de l'exercice conjoint est bien sensible et certains pourraient le considérer comme un soutien de la Chine à l'Iran s'il devait y avoir un conflit militaire entre les pays", a déclaré Li Jie, expert naval basé à Pékin avant d'ajouter : " Ceci dit, il pourrait aussi bien s'agir d'un échange militaire régulier entre les pays s'il se déroule dans les eaux internationales et sans cibler un autre pays".

Ni Lexiong, spécialiste militaire et professeur à l'Université de sciences politiques et de droit de l'Université de Shanghai, partage ce point de vue et estime que l'exercice a effectivement pour objectif d'envoyer le message selon lequel la Chine se rangerait du côté de l'Iran «dans des scénarios extrêmes». "En tout cas, l'exercice militaire consiste à envoyer un message intimidant", a estimé Ni.

Il y a deux ans, l'Iran et la Chine ont aussi organisé des exercices militaires conjoints non loin du détroit d'Hormuz. La semaine dernières, le chef d'état-major iranien, le général de brigade Mohamad Baqeri s'est rendu à Pékin pour puis à Shanghai à l'invitation de son homologue chinois. Le chef d'état-major iranien  s'est entretenu avec les plus hautes autorités militaires chinoises et a rendu visite aux installations navales du port stratégique de Shanghai avant de tenir un discours devant l'académie militaire chinoise. 

"Des responsables au niveau du ministre de la Défense, du chef d'état-major des forces armées et des commandants des forces armées se rendront en Iran dans un avenir proche et ces actions reflètent la diplomatie de défense active de l'Iran", a indiqué Ghadir Nezami, en allusion à cette récente visite. 

Pour certains observateurs politiques, la tournure que prennent les événements en mer Rouge n'est pas étrangère à ce rapprochement bien significatif entre la Chine et l'Iran. La frappe au drone d'Ansarallah contre Aramco le 14 septembre marque le début d'un basculement de la donne dans la région de la mer Rouge et le détroit de Bab el-Mandeb où la Chine détient sa première base militaire extraterritoriale et où les États-Unis et leurs alliés font tout pour restreindre la présence chinoise. Que la donne militaire change en faveur d'Ansarallah, c'est là une occasion inouïe pour le géant chinois pour rallier ses efforts à l'axe de la Résistance et contrer les efforts d'endiguement US/Occident à son encontre. " Curieusement, la frappe d'Ansarallah contre Aramco n'a en rien affecté l'achat du pétrole chinois Pékin ayant trouvé auprès de l'Iran un fournisseur sûr et ce, en dépit des sanctions américaines. Les autorités chinoises devront suivre avec intérêt le changement de la donne militaire qui est sur le point de se faire au Yémen où les rapports de force tendent à tourner à l'avantage de la Résistance, affirme un analyste. 

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