Nov 30, 2020 13:18 UTC
  • Le Parlement iranien.
    Le Parlement iranien.

En Iran, la nation crie vengeance et elle sait ce qu'elle veut : la reprise de l'enrichissement à 20%, la mise à la porte des inspecteurs de l'AIEA, la fin des coopérations avec ou ce qui revient au même le retrait de l'Iran du Traité de non prolifération.

Pour les Iraniens l'AIEA est désormais "une boite à espions" qui a abusé de la bonne foi iranienne pour faire fuiter "des informations secrètes" pour les mettre à la disposition de l'entité sioniste et contribuer de la sorte au mythe "d'un Mossad capable de remuer les montagnes"! Sous la pression de la rue, illustrés par des manifs et des rassemblements, le Parlement iranien vient d'adopter ce dimanche une motion de double urgence nécessitant une « action stratégique » pour la levée des sanctions après l'échec des partis européens du PGAC (Plan global d’action conjoint) à satisfaire les intérêts de Téhéran et en réponse à l'assassinat du scientifique iranien Mohsen Fakhrizadeh.

Les députés iraniens ont ratifié dimanche le projet de loi intitulé « la mesure stratégique pour la levée des sanctions ». Cette motion, qualifiée de « double urgence », a été ratifiée avec 232 voix favorables sur 246. Le président de la Commission parlementaire de la sécurité nationale et de la politique étrangère, Mojtaba Zonnour, qui avait proposé la motion, a déclaré que les sanctions contre l'Iran devaient être levées dans le cadre du Plan global d'action conjoint (PGAC), mais qu'elles avaient été réimposées par les États-Unis bien que l'Iran se soit pleinement engagé à respecter l'accord, plusieurs rapports de l'Agence internationale de l'énergie atomique ayant confirmé que Téhéran s'y était conformé.

Le projet de loi contient une combinaison de suggestions concernant le retrait de l'Iran du traité de non-prolifération (TNP) et une révision des mesures concernant le PGAC. Il comprend aussi une disposition qui sanctionne pénalement tout refus d'appliquer la loi ou d'empêcher sa mise en œuvre. Les partisans de la motion disent avoir proposé le projet de loi après une réduction progressive des engagements de l'Iran envers le PGAC et l'avertissement du président iranien à la Troïka européenne concernant son soutien à l'intensification constante des sanctions américaines contre Téhéran.

Les législateurs iraniens y ont également fait allusion à l'assassinat par les USA du commandant de la Force Qods du CGRI, le général Qassem Soleimani, aux actes de sabotage sur le site nucléaire iranien de Natanz, aux tentatives illégales de rétablir les sanctions des Nations unies contre l'Iran, au sabotage de la coopération de l'Iran avec les pays occidentaux et à l'assassinat du savant du nucléaire Mohsen Fakhrizadeh.

Selon le projet de loi, l'Organisation iranienne de l'énergie atomique (OIEA) sera tenue de produire et de stocker chaque année au moins 120 kilogrammes d'uranium enrichi d'un niveau de pureté de 20 % dans l'installation nucléaire de Fordow, et de répondre aux demandes industrielles pacifiques du pays avec de l'uranium enrichi à plus de 20 %.

Une fois ratifié, le projet de loi obligera l'OIEA à augmenter d'au moins 500 kg la production mensuelle d'uranium enrichi à diverses fins pacifiques avec différents niveaux de pureté.

La motion prévoit également des activités d'enrichissement de l'uranium avec au moins 1 000 centrifugeuses IR-2M à Natanz dans les trois mois suivant la ratification de la loi, et oblige l’OIEA à lancer des activités d'enrichissement de l'uranium ainsi que des activités de recherche et développement sur le site nucléaire de Fordow avec au moins 164 centrifugeuses IR-6 et à porter le nombre de centrifugeuses à 1 000 d'ici mars 2021. Selon le projet de loi, l'administration iranienne sera tenue d'empêcher tout accès et toute surveillance étrangers au-delà du protocole additionnel. Pour rappel, le 24 novembre, la Commission parlementaire sur la sécurité nationale et la politique étrangère du Parlement a approuvé les articles 4 et 5 de la motion « Contre-mesures stratégiques contre les sanctions ».

L'article 4 charge l’OIEA de mettre en place une « usine de production d'uranium métal », a déclaré le porte-parole de cette commission Abolfazl Amouei, cité par l'IRNA. Et l'article 5 demande à l'autorité nucléaire d'élaborer le plan et d'identifier les endroits appropriés pour la mise en place d'un réacteur à eau lourde de 40 mégawatts.

Dans la foulée, Fereydoun Abbasi, le chef de la Commission de l'énergie au Parlement iranien, a écrit sur Twitter à propos de l'assassinat du scientifique Mohsen Fakhrizadeh :

« Le sang du martyr Fakhrizadeh change la géométrie du mouvement de l'Assemblée révolutionnaire dans le domaine nucléaire. Et maintenant les travaux du Parlement seront centrés sur quatre questions que je suivrai personnellement : 1) Début de l'enrichissement à 20% ; 2) Expulsion de tous les inspecteurs de l'AIEA ; 3) Fin de la coopération avec l'Agence ; 4) Retrait du PGAC.