Apr 17, 2021 04:46 UTC
  • Un des sites des installations nucléaires de Natanz
    Un des sites des installations nucléaires de Natanz

Les USA prétendent vouloir revenir à l’accord nucléaire avec l’Iran, en levant une série de sanctions. Mais, l’Iran s’oppose à des négociations d’usure. La question qui se pose, est de savoir à qui profite ce gaspillage de temps, à l’Occident ou à Israël ?

Les USA prétendent vouloir revenir à l’accord nucléaire avec l’Iran, en levant une série de sanctions. Mais, l’Iran s’oppose à des négociations d’usure. La question qui se pose, est de savoir à qui profite ce gaspillage de temps, à l’Occident ou à Israël ?

Le négociateur en chef de l'Iran à Vienne, Seyyed Abbas Araghtchi, dit que l’Iran n’a pas le temps de mener des « négociations d’usure ». « Nous devons voir dans la pratique s’il y a une accélération raisonnable et acceptable pour parvenir à un accord », insiste le diplomate.

« A l'issue de la réunion de la Commission mixte du Plan global d’action conjointe (PGAC) sur le nucléaire iranien de 2015 à Vienne, tous les pays ont convenu qu’il fallait mener dès maintenant un travail sérieux et pratique, a-t-il déclaré. L'ensemble des sanctions que les États-Unis, a indiqué le diplomate, doivent levées et toutes les mesures que l'Iran doit prendre, devront être soigneusement déterminées […] ».

Araghtchi a  qualifié de « très sérieuse » et de « difficile » la réunion de ce jeudi 15 avril de la Commission mixte du PGAC.

De nouvelles centrifugeuses installées à Natanz et Fordo 

Au moment où l’Iran s’oppose à des négociations d’usure avec les Etats-Unis et les autres signataires européens de l’accord de 2015, la Maison Blache aborde un plan visant à reprendre les négociations sur le nucléaire iranien.  

Le négociateur en chef, Robert Malley, a commencé à forger un accord avec l'Iran. C’est ce qu’a rapporté le magazine en ligne Foreign Policy. Joe Biden a l'intention de rétablir l'accord nucléaire de 2015 avec l'Iran, et avec la reprise des pourparlers à Vienne jeudi après une semaine de pause, Robert Malley a commencé à élaborer une feuille de route sur la façon d'y parvenir.

Le magazine écrit : « Selon des sources proches des négociateurs européens et américains, Malley devrait offrir à Téhéran un accord de type Boucle d'or: juste assez d'allègement des sanctions pour que l'Iran revienne au pacte, mais pas au point de laisser Biden vulnérable aux attaques des extrémistes aux Etats-Unis, y compris ceux de son propre parti qui s’opposent à toute concession à l’Iran. Jusqu'à présent, aucune sanction spécifique n'a été discutée, seulement les grandes lignes des moyens d'établir la confiance», a déclaré Ali Vaez de l'International Crisis Group (ICG), qui était conseiller principal de Malley lorsque ce dernier était à la tête de l'ICG. « Ce qu’ils font cette semaine, c’est finaliser une liste de mesures des deux côtés pour revenir en conformité avec l’accord », indique la revue.

Cela implique ce qu'un haut responsable américain a décrit comme le processus « laborieux » de séparation et d'acceptation de supprimer ou d'alléger certaines des sanctions que l'ancien président américain Donald Trump a imposées comme des « pilules empoisonnées » pour garantir que l'accord de 2015, rejeté en 2018, n'a jamais pu être restauré. Dans le cadre de la campagne de « pression maximale », l'administration Trump a notamment sanctionné la Banque centrale d'Iran, la National Iranian Oil Co. et la National Iranian Tanker Co. pour le financement du terrorisme d'État. L'équipe Trump savait que même si le PGAC était ressuscité, de telles nouvelles sanctions annuleraient les effets de l'accord car ces entreprises seraient interdites du commerce international. Ensemble, ils supervisent l’industrie pétrolière iranienne, et la banque centrale contrôle la plupart des réserves de change de l’Iran et des revenus provenant des ventes de pétrole du pays. Et les nouvelles recettes énergétiques sont ce que l'Iran exige le plus s'il veut revenir au respect du pacte de 2015.

L’administration Bien prétend pour autant qu’il serait politiquement risqué pour Biden de lever ces sanctions,  compte tenu des relations étroites de l’Iran avec  l’axe de la Résistance.  

Peu avant les élections présidentielles de novembre 2020, l’administration Trump a également sanctionné 18 banques iraniennes. Le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, a qualifié cette décision, au milieu de la crise sanitaire du coronavirus, de « crime contre l'humanité ».

Selon Foreign Policy, les Etats-Unis sont prêts à lever deux grandes catégories de sanctions : celles décrites dans le PGAC et celles qui ont été ré-étiquetées par Trump. Cependant, les sanctions ne seront levées que si Téhéran cesse ce que Washington appelle la « violation du pacte ».

Pour rappel, la date cible optimale pour l'achèvement des négociations pourrait être le 21 mai, date limite d'expiration de l'accord temporaire conclu fin février avec le chef de l'Agence internationale de l'énergie atomique, Rafael Grossi, en vertu duquel les données d'inspection nucléaire de l'ONU seront conservées exclusivement par l'Iran pendant trois mois. Si aucun retour à l'accord n'est négocié d'ici là, Téhéran a déclaré qu'il détruirait les données, torpillant très probablement l'accord nucléaire.

Certains responsables étrangers ont également tenté d’entraver les progrès dans les pourparlers nucléaires, à commencer par le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, qui s'oppose avec véhémence à l'accord de 2015 et n'a jamais montré beaucoup de volonté d'écouter Biden.

Puis, une explosion est survenue dimanche dernier dans la centrale nucléaire iranienne de Natanz. L'Iran a rapidement riposté en augmentant son enrichissement d'uranium de 20 % de pureté à 60 % potentiellement contraire aux accords. Le secrétaire à la Défense de Biden, Lloyd Austin, était en visite à la ville sainte de Beit-ol-Moqadas à ce moment-là. Après l’événement, certains experts ont prétendu que l'attaque israélienne pourrait en fait renforcer la position américaine - signalant à Téhéran que les Iraniens devraient revenir à l'accord aux conditions américaines ou que les Israéliens mettraient de toute façon fin à leurs ambitions nucléaires.

Le leader de la Révolution islamique, l’Ayatollah Ali Khamenei, a averti que les pourparlers ne devaient pas s'éterniser.

Que Biden retourne à l'accord nucléaire( Newsweek)

L’Iran ne cessera pourtant pas son programme avant que toutes les sanctions du PGAC ne soient levées en premier - arguant que c'est Trump, et non Téhéran, qui a rompu l'accord et que ce sont donc les Américains qui doivent faire le premier pas.

Un groupe bipartite de 43 sénateurs, dont le sénateur Bob Menendez, président de la commission des relations extérieures du Sénat, le sénateur Chris Coons, et 11 autres démocrates ont envoyé une lettre à Biden appelant à une stratégie plus large que le PGAC qui puisse entraver ce qu’ils ont appelé « l'activité déstabilisatrice de l'Iran dans tout le Moyen-Orient et son programme de missiles balistiques ».

 

 

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