Jun 09, 2021 15:32 UTC
  • Furtivité iranienne: Pire crainte US?

Qu'y a-t-il eu de si fatidique dans le récent rapport du général McKenzie, chef du CentCom aux congressistes pour que le journal du Congrès, The Hill se démène ce mercredi matin et fasse publier un article qui, en se passant sur plus de 16 ans de présence militaire US en Irak et comme le disait Trump en son temps, des milliards de dollars perdus,

conseille à l'administration US à prendre les poudres d'escampettes et à quitter l'Irak? Dans son rapport de mardi à l'adresse du Congrès, McKenzie, représentant en Asie de l'ouest du complexe militaro-industriel US/Cie, confie pour la troisième fois d'affilée en moins de deux mois, que l'US Air Force n'agit plus "en supériorité absolue au Moyen Orient "et que "les drones de petite et de moyenne taille fabriqués par l'Iran et de facture de combat et de reconnaissance" sont  désormais largement démocratisés à travers le Yémen, l'Irak, la Syrie et le Liban" :

Image satellite du déploiement des systèmes Patriot US déployés à Erbil en Irak.

"Alors que les Etats-Unis continuent à négocier indirectement avec l'Iran l'accord nucléaire, ces drones constituent "une menace quotidienne pour les troupes US au Moyen Orient. Les Houthis pour ne citer qu'eux, ont mené depuis le mois de janvier (six mois) plus de 150 frappes au missile et au drone contre les cibles militaires et les infrastructures saoudiennes. Tant que les Etats-Unis ne seront à même d'obtenir un ""réseau""pour ""intercepter et vaincre" cette "supériorité" en termes d'usage de drones , l'Iran et ses alliés resteront en posture offensive". 

Décidément, la dissuasion US au Moyen Orient est jugée totalement perdue par un général US qui pas plus tard qu'en décembre 2020 poussait encore Trump à déplacer les bombardiers stratégiques B-52 et les B1, de Diego Garcia vers la base d'al-Udeib ou d'Al Dhahar, en vue de frappes aérienne contre l'Iran ou ses alliés en Irak. Très curieusement, le "drone" est devenu cette "bombe nucléaire" que les USA brandissent en ce moment en Europe, rien que pour dissuader sur le dos des Européens, la Russie.

Le nouveau drone de fabrication iranienne, large de 21 mètres s'appelle Gaza, capable d'atteindre Israël,
mais aussi toutes les bases américaines dans la région. ©AFP

Mais il y a bien plus, l'accent mis par McKenzie sur la supposée petite dimension des drones iraniens qui les aiderait à percer tout obstacle revient à reconnaître que l'US Army n'a plus de DCA valable. L'allusion fait à 150 frappes aux drones et missiles yéménites qui ont pulvérisé depuis janvier Patriot et son crédit et son marché en dit long sur l'impasse militaire et partant stratégique dans le quel se trouve l'Amérique. Car cet aveu cache bien une crainte : si ces drones et missiles se mettaient par la suite à aller au-delà du Moyen Orient là où la présence US est indésirable? Ce n'est pas sans raison si McKenzie aussitôt après avoir reconnu la défaite de l'US Army, revient sur  les tentatives sino russe de faire une percée au Moyen Orient, tentative largement confortée par les "drones et les missiles iraniens".

Ce constat renvoie largement au concept même de "furtivité" aérienne: En reconnaissant l'incapacité de l'US Air Force à "identifier et à vaincre les drones ennemis", c'est le mythe de capacité furtive de l'US Air Force qui est remis en cause : car on ne peut être furtif quand on ne voit pas la deuxième frappe au drone irakienne ce 6 juin contre Aïn al -Asad en moins de 2 mois, et la quatrième contre une base US en Irak a pour le reste confirmer ce paradoxe. Depuis avril, McKenzie a bien compris que les USA et leurs alliés, n'ont rien de furtifs en Irak.

Les trois drones qui se sont abattus le 16 avril sur la base US d'Ain al-Asad (Saberin News)

Les drones "ennemis" parviennent à s'infiltrer dans leurs bases, à trier leurs cibles au nombre des quelles figurent les sièges les plus secrets de la CIA et du Mossad. D'où cette cuisante allusion du commandant en chef de plus de 170 000 GI's et marines répartis à travers près de 150 bases en Asie de l'ouest au "réseau", un "réseau miracle qui soit apte à intercepter et à vaincre les drones iraniens" sans quoi " l'axe de la Résistance conservera sa supériorité.

Au fait ce mot "réseau" résume la clés de la victoire de la Résistance : le "réseau" c'est cette "Network centric warfare" que les Etats Unis d'Amérique n'ont jamais su créer que sur le papier, leur concept d'alliant n’allant jamais au-delà des liens suzerain-vassal. Or l'axe de la Résistance dont le pacte de défense commune part du principe de partage connait guère ce genre de hiérarchie. Ce n'est pas le "drone iranien qui s'est démocratisé, mais le savoir qui permet de le fabriquer et c'est tout ce qui fait la différence entre "réseau pro Iranien" et "coalition pro US". 

Les 10 lance-roquettes de la Résistance irakienne qui ont tiré la salve de 10 roquettes le 3 mai/SouthFront

C'est en se basant sur le rapport de McKenzie que The Hill du 7 juin écrit : « Les frappes menées par de petits drones contrôlés par des milices liées à l'Iran constituent une menace de plus en plus pesante pour les troupes américaines en Irak – à tel point qu'un responsable anonyme de la coalition dirigée par les États-Unis les a décrites au Washington Post comme la plus grande préoccupation des Etats-Unis dans le pays.  Si tel est le cas, la menace des drones devrait être plus qu'une préoccupation. Cela devrait être une raison de plus pour retirer immédiatement toutes les troupes américaines d'Irak ". 

Aucune information n'a encore filtré sur les dégâts subi ce six juins à la suite de l'attaque au drone irakien contre Aïn al Asad. Mais le siège de la CIA, le QG des forces d'intervention spéciales, les hangars des MC-9 Reaper ont déjà été visé faisant dire à Washington post ceci : " le réseau pro iranien en Irak se professionnalise; bientôt un seul drone saura détruire un escadron entier".

 

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