Dec 01, 2021 20:31 UTC
  • Ansarallah : de quoi a peur Biden?

Il y a quelques jours, un journal américain confirmait la tendance de l’administration Biden à poursuivre l’escalade contre le Yémen pour aider le régime saoudien, qui subit des pertes continues à se remettre sur les rails.

" Biden exige de l’administration américaine un soutien accru à Riyad, et ce au moment où l’envoyé américain au Yémen continue d’inciter et de justifier la poursuite de l’agression et du blocus contre ce pays tout en agissant dans l'ombre à l'effet de faciliter le démembrement du Yémen, affirmait le Wall Street Journal n'hésitant pas à souligner que « les responsables saoudiens ont sollicité le soutien de l’administration Biden en matière de renseignements et militaires afin de contrer les opérations (de riposte) aux missiles et aux drones contre l’Arabie saoudite, ce qui n'est pas après tout inhabituel. ce qui l'est au contraire c'est qu'il y a des indices prouvant que Biden est prêt à changer de cap pour que le royaume mène des attaques contre Ansarallah ».

 
Et d’ajouter: « Des responsables de l’administration Biden font pression pour l’intensification du soutien militaire américain au régime saoudien et exhortent Biden à abandonner les restrictions qu’il avait annoncées ». Parallèlement, les déclarations de l’envoyé américain au Yémen, Tim Lenderking, confirment cette approche, lui qui dans une nouvelle interview avec The National, a répété sa rhétorique à l’encontre de  Sanaa, l'accusant « d’entrave à la paix », une allégation que les USA utilisent évidemment comme justificatif à la poursuite de cette campagne aérienne parfaitement folle menée depuis au moins dix jours contre les Sanbaa, Sadaa, Maarib, Jazf Hudaydah qui n'a absolument aucun impact sur l'avancée d'Ansarallah sur le front de Maarib ou encore à Hudaydeh et qui a même provoqué le tollé dans le propre camp de Riyad chez les Hadistes, dont le PM affirme ce mercredi dans un message que "la guerre nous l'avons perdue face aux Houthis" et que cette "défaire est totale " puisque tout ce que nous avons gagné en retour  est un "pays à 90% ruiné et de facto démembré". .

Or ce curieux message de la part d'un camp allié de Riyad prouve que derrière cette intensification de la campagne de frappe à laquelle Ansaralla refuse pour l'heure de répondre du tac au tac en évitant des frappes aux missiles contre les villes saoudiennes, se cache moins l'Arabie saoudite, elle-même que les Américains.  Mais pourquoi cette frénésie? En effet, le déploiement des troupes US au sud et à l'est du Yémen fait de ce pari trop risqué de Biden un acte absolument suicidaire.  Ce mercredi alors même que  l'aviation US/GB/Riyad a frappé en l'espace de quelques heures plus de 15 fois Sanaa, Ansarallah a dévoilé un nouveau type de missile intercepteur à travers la destruction en plein ciel de Sadaa et d'Imran, soit dans le ciel d'Al Amichah, d'un 11ème avion de reconnaissance chinois de type CH-4. Dans la journée, le porte-parole des forces militaires yéménites a commenté cette information comme pour faire passer un message aux Américains : " La DCA de l’armée yéménite et d’Ansarallah a abattu mercredi matin un drone appartenant à l’armée de l’air saoudienne qui survolait les régions de Saada et Imran. Le drone espion de type CH4 (fabrication chinoise) a été détruit par un missile sol-air. ce genre d'action s’intensifiera dans les jours à venir»

Alors pourquoi les USA exposent-ils directement leurs forces à la toute puissance yéménite surtout au moment où Ansarallah vient de reprendre le contrôle de la quasi totalité de la côte ouest, Hudaydeh, quitte à y étaler, au grand dam de la flotte US/Cie, sa force guerrière et à imposer son contrôle sur le détroit ultra stratégique de Bab el-Mandeb? Et bien, la réponse pourrait justement sortir de là .

La dure réalité mise en évidence par l’alliance entre Ansarallah et les principales tribus est que le Yémen refuse de céder sa richesse nationale pour subventionner le besoin désespéré de l’empire en liquidités, en garanties pour de nouvelles injections de liquidités, et sa soif de matières premières. La dure réalité n’a absolument rien à voir avec le récit  du Yémen comme étant une « tradition tribale pré-moderne », et c'est ce qui mène à l’angle séduisant d' « un autre monde est possible » lorsque la Résistance yéménite extirpe finalement la nation de l’emprise de la coalition néolibérale/wahhabite. Or, ceci n'échappe guère à la Chine et c'est cette perspective qui fait paniquer les USA partout en guerre contre la Chine. Comme le savent très bien les Chinois, le Yémen est riche non seulement en réserves de pétrole et de gaz encore inexplorées, mais aussi en or, argent, zinc, cuivre et nickel. Pékin sait également tout ce qu’il y a à savoir sur l’ultra-stratégique Bab el-Mandab, entre la côte sud-ouest du Yémen et la Corne de l’Afrique. En outre, le Yémen dispose d’une série de ports de l’océan Indien et de la mer Rouge situés à des endroits stratégiques sur la route de la Méditerranée, comme Hudaydah.

L’alliance entre Ansarallah et les tribus pourrait même, à moyen ou long terme, exercer un contrôle total sur l’accès au canal de Suez.  Un scénario très possible est que le Yémen rejoigne le "collier de perles" – les ports reliés par la BRI à travers l’océan Indien. Bien entendu, les partisans de l’agenda "Indo-Pacifique" s’y opposeront fortement. Les USA  ne prendront pas tout cela à la légère. Il existe de nombreuses similitudes avec le scénario afghan. L’Afghanistan est maintenant prêt à être intégré aux Nouvelles Routes de la Soie – un engagement partagé par l’OCS. Il n’est pas exagéré d’imaginer le Yémen en tant qu’observateur de l’OCS, intégré à la BRI et bénéficiant des programmes de la Banque asiatique d’Investissement dans les Infrastructures (AIIB). Reste que le missile sol-air nouveau qui a fait descendre un CH-4 chinois avait son message à l'adresse de Pékin : il est grand temps de trancher ... 

 

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