Dec 06, 2021 19:15 UTC
  • La France rompt avec le Hezbollah?

En apportant la tête du ministre chrétien libanais Kordahi à Riyad, puis en apposant sa signature en bas d’une déclaration foncièrement hostile au Hezbollah, l’Élysée a rompu une tradition qui faisait d’elle l’une des rares parties occidentales à jouir d’une certaine influence auprès de la Résistance. Était-ce le prix à payer pour pouvoir rafler le contrat de vente de Rafale aux Émirats ? Al-Akhbar y revient.

Au sein des milieux politiques libanais, il y en aurait certains qui ont mis l’espoir dans la visite du président français à Riyad et son initiative pour résoudre la crise libano-saoudienne ; le déroulement des choses montre pourtant qu’ils pourraient être déçus. L’initiative de Paris ne pourra jamais faire revenir la donne libano-saoudienne à son état d’antan, plus précisément, à l’époque où Riyad jouissait d’une mainmise totale sur Beyrouth. Parlant du communiqué conjoint émis à la suite de la rencontre entre le président français Emmanuel Macron et le prince héritier d’Arabie saoudite Mohammed ben Salmane, ce n’était rien d’autre qu’une incitation voire provocation en faveur des mesures contre la Résistance libanaise.

Finalement, ce communiqué, aura-t-il un impact sur les relations entre le Liban et l’Arabie saoudite, ou d’autres pays du golfe Persique ? Cette question pourrait préoccuper certains analystes politiques, mais les connaisseurs des politiques du royaume savent bien que ni la démission de (l’ancien) ministre Kordahi, ni la visite de Macron à Riyad, ne pourront réanimer les relations libano-saoudiennes.

Une démission sans importance de l’aveu des médias d’État saoudiens, et un communiqué-provoc anti-Hezbollah : tout laisse conclure que l’Arabie saoudite n’a pas abandonné ses calculs d’auparavant au sujet du Liban, ni son hostilité envers le système politique de ce pays. Et les allusions à des prétendues aides humanitaires destinées aux Libanais ne suffisent pas à faire croire aux opinions publiques de la région qu’une levée des sanctions financières et économiques imposées à Beyrouth fait partie des priorités du prince héritier saoudien.

Le président français Emmanuel Macron a fait part, dimanche 5 décembre, d’une soi-disant initiative franco-saoudienne pour résoudre la crise survenue sur la donne des relations Beyrouth-Riyad. Macron a annoncé avoir longuement discuté du Liban avec le prince héritier d’Arabie saoudite. Le chef d’État français a ajouté que MBS et lui, avaient tous les deux contacté par téléphone le Premier ministre libanais Najib Mikati, afin de lui assurer que Paris et Riyad resteraient solidaires pour soutenir le peuple libanais et mettre en œuvre des réformes rapides au Liban.

Pourtant, il semble que l’objectif principal des entretiens d’Emmanuel Macron à Riyad n’ait été autre chose que d’inciter Paris à durcir le ton contre le Hezbollah, les Saoudiens sachant que depuis l’immense explosion d’août 2020 à Beyrouth, la France, mêlée malgré elle à cette crise, éviterait toute escalade de tensions avec le Hezbollah.

« Le monopole de disposition d’armes pour l’armée et les services de sécurité libanais, la mise en application des résolutions 1559, 1680 et 1701, le renforcement du rôle de l’armée dans le maintien de la sécurité et de la stabilité du pays, la création d’un mécanisme franco-saoudien d’aides humanitaires destinées au Liban et la mise sur pied de mécanismes utiles avec des “pays amis” pour réduire les souffrances du peuple libanais » ; c’est en ces termes que le communiqué franco-saoudien prétend vouloir aider les Libanais, sans offrir aucune garantie en appui à ces allégations et tour cela, avec un penchant évident de vouloir désarmer le mouvement de résistance libanais, le Hezbollah, et fomenter des litiges internes dans ce pays.

Macron a beau tenter de faire croire aux Libanais qu’il a réussi à persuader Riyad d’une reprise des coopérations diplomatiques et économiques avec Beyrouth ; des mesures concrètes dans ce sens se faisant toujours attendre côté saoudien. En outre, les prétendues aides humanitaires dont parle la déclaration conjointe sont censées être livrées, pas directement au gouvernement libanais, mais aux associations déterminées par l’Occident.

La trésorerie et la Banque centrale du Liban, pourront-elles donc espérer grand-chose de cette initiative ? Rien n’est moins sûr ; d’autant plus que des sources politiques ne voient pas tout cela sans rapport avec des visées particulières d’un président Macron sortant qui, à l’approche des élections présidentielles, aurait accepté les revendications de l’Arabie saoudite au sujet du Liban, dans l’espoir, tout simplement, de pouvoir décrocher quelques contrats juteux et d’attirer les votes des Français.

Selon ces sources, bien que le président français tente de faire passer cette initiative conjointe pour une action par nature positive, la véritable position de Riyad envers le Liban est telle que le journal saoudien Okaz décrit : « Il serait simpliste de croire que le problème principal de l’Arabie saoudite avec le Liban se résume dans les déclarations osées d’un ministre libanais dont la démission va faire revenir les relations Beyrouth-Riyad à leur statut d’il y a quelques années. Le rétablissement des appuis des pays du golfe Persique au Liban n’est pas si simple que l’aurait imaginé Emmanuel Macron. »

 

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