Apr 06, 2022 09:21 UTC
  • Erdogan se tourne vers Assad?

Pourquoi Ankara se montre flexible envers Damas maintenant ? Et quel est le rôle de la crise ukrainienne dans cette question, si elle se confirme ? Qui est le médiateur, les EAU ou la Russie, et comment ? Voilà des questions auxquelles l’éditorialiste Abdel Bari Atwan essaie de répondre.

« Hier, le quotidien turc "Hurriyet" a fait exploser une bombe politique de gros calibre lorsqu'il a révélé dans un reportage que le président Recep Tayyip Erdogan et son gouvernement étaient enclins à ouvrir un dialogue avec les autorités syriennes pour normaliser les relations entre les deux pays.

Cette nouvelle n'a été ni confirmée ni démentie du côté turc ou syrien, et certains ne la considèrent que comme un test, et la volonté du président Erdogan de redorer le blason auprès de ses voisins arabes, après l'échec de plans de changement de gouvernement en Syrie, et son exagération de la normalisation avec le régime d’Israël, et la clôture du dossier de l'assassinat de Khashoggi, dans l'espoir de rétablir les relations économiques avec le Royaume saoudien, et avant tout ceci, d'améliorer les relations avec le Émirats arabes unis et d’ouvrir des voies de dialogue avec l'Égypte.

Il existe deux camps en Syrie et en Turquie dont Rai Al-Youm a tenté de contacter certaines personnalités et d'avoir les avis à ce sujet.

Premièrement, ils expliquent que des rumeurs autour de la volonté d’Ankara d'ouvrir un dialogue avec le « voisin » syrien sont inexacts, et que les partis proches du président Erdogan ont recours de temps en temps à ces articles pour envoyer des messages à plus d'un parti, les réfugiés kurdes et syriens sur le sol turc pour les préparer à un plan à venir, en les expulsant, ou une grande partie d'entre eux, après qu'ils soient devenus un enjeu majeur dans les campagnes électorales présidentielles et législatives, notamment par l'opposition turque, dont les chances de succès sont privilégiées par les sondages d'opinion.

Hosni Mahli, expert des affaires turques, a souligné que ces fuites sont sans fondement, car le président Erdogan a une hostilité personnelle envers le président Bachar al-Assad, et il n'est pas possible de se réconcilier avec lui « car cette réconciliation signifie reconnaître la défaite dans le dossier syrien.

Le deuxième camp estime qu'il y a une part de vérité dans ces informations, et qu'il n'y a pas de fumée sans feu, car les Émirats arabes unis, où le président Assad et son homologue turc Erdogan se sont rendus, jouent un rôle de médiateur pour régler le différend entre les deux côtés, et que des réunions ont eu lieu entre eux auparavant au niveau du principal appareil de renseignement, et peut-être que la médiation émiratie a réussi à briser l'iceberg.

Le ministre syrien des Affaires étrangères, Faisal Meqdad, a déclaré dans son discours au Forum Valdai à Moscou en février dernier : « La Syrie est prête à normaliser les relations avec la Turquie selon les conditions. La Syrie et la Turquie sont des voisins avec une longue histoire qui suffit pour se comprendre. »

Ce que nous pouvons conclure de tout ce qui précède, c'est que la possibilité d'ouvrir un canal de dialogue entre les parties turque et syrienne est plus probable, à la lumière de la nécessité pour les deux pays de trouver des solutions politiques à la crise actuelle entre eux, des développements mondiaux résultant de la crise ukrainienne et de l'émergence du rôle russe.

D'autre part, le rôle américain a diminué alors que les deux pays, la Russie et l'Amérique sont entraînés dans une guerre par procuration sur le sol syrien, tous ces changements ont accéléré ce dialogue.

Le message « secret » que le président Erdogan aurait envoyé aux dirigeants syriens par l'intermédiaire de médiateurs met l'accent sur trois points qui pourraient constituer une base solide pour le dialogue :

Deuxièmement, assurer la sécurité des réfugiés qui retournent en Syrie pour reprendre la vie dans leur propre pays.

Troisièmement, faire face aux activités du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) depuis le territoire syrien en particulier.

Les élections présidentielles et législatives turques qui se tiendront l'année prochaine, au cours desquelles les chances du président Erdogan et de son parti Justice et Développement (Justice and Development Party) s'amenuisent, deviennent pour lui impératif de s'ouvrir à la Syrie, et de renvoyer le plus grand nombre possible de réfugiés syriens dans leur pays (cinq millions de réfugiés) dans les prochains mois, et il est remarquable que le président Assad, dans ses récentes déclarations, ait évité de lancer attaques féroces contre le président Erdogan, comme il l'a fait dans ses discours et déclarations précédents.

 

Mots clés