Jun 25, 2022 18:33 UTC
  • Iran: l'aveu le plus cuisant de Riyad?

« Téhéran construit une économie anti-sanctions », a écrit Arab News en allusion à la réduction progressive des effets des sanctions américaines imposées à l'Iran.

Il fut un temps où les sanctions américaines contre Téhéran étaient extrêmement efficaces, cependant, les derniers développements indiquent que les sanctions de Washington ont moins bien réussi à dissuader l’Iran, indique le journal saoudien Arab News dans une note publiée, jeudi 23 juin.

Avant la conclusion de l'accord sur le nucléaire iranien en 2015, les sanctions contre la République islamique ont été couronnées de succès pour plusieurs raisons. Tout d'abord, les États-Unis ont été capables de convaincre la Russie et la Chine de se joindre à eux pour faire pression sur Téhéran. Cela a conduit à un consensus entre les cinq membres permanents du Conseil de sécurité, leur permettant d'adopter plusieurs résolutions sanctionnant l'Iran.

La première, la résolution 1696 du CSNU, adoptée en 2006, appelait l'Iran à suspendre toutes les activités liées à l'enrichissement et au retraitement, y compris la recherche et le développement, l'Agence internationale de l'énergie atomique étant chargée de surveiller la conformité de l'Iran aux exigences.

Les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU (le Royaume-Uni, la France, la Russie, la Chine et les États-Unis) ont également appelé à l'unanimité tous les pays à geler les avoirs financiers de l'Iran liés au programme nucléaire, ainsi qu'à sanctionner la fourniture ou la vente d'équipements et de technologies liés au nucléaire.

Plus tard en 2008, la résolution 1803 a imposé des restrictions sur les transactions bancaires iraniennes et a appelé les pays à inspecter les navires et les avions-cargos iraniens, s’il y avait des motifs de croire que Téhéran se procurait des produits interdits.

Mais il semble maintenant y avoir un trop grand fossé à combler entre les puissances mondiales : d’un côté les États-Unis, le Royaume-Uni et la France et de l’autre la Russie et la Chine. A titre d’exemple, les États-Unis ont tenté en 2020 d'empêcher l'expiration de l'embargo sur les armes contre l'Iran, vieux de 13 ans. La Russie et la Chine exerçant leur droit de veto et 11 autres membres s'abstenant, le Conseil de sécurité a voté pour l’expiration.
 

Mais, les États-Unis n'ont pas non plus réussi à obtenir suffisamment de soutien pour obliger l’ONU à rétablir des sanctions contre l'Iran. L’ancien président iranien, Hassan Rohani, a d'ailleurs noté que jamais on n'avait vu les États-Unis mettre des mois à préparer une résolution anti-iranienne, et qui n'obtienne qu'un seul vote de soutien de la République dominicaine.

Pour comprendre comment cette division mondiale aide l’Iran à créer une économie à l'épreuve des sanctions, il est important d'examiner d'où provient la part importante des revenus de l'Iran. La République islamique possède les deuxièmes plus grandes réserves de gaz naturel et les quatrièmes plus grandes réserves prouvées de pétrole brut au monde. La vente de pétrole iranien représente près de 60 % des revenus totaux du gouvernement et plus de 80 % de ses revenus d'exportation.

Afin de saisir davantage l'opportunité offerte par la division actuelle entre les puissances mondiales, l’Iran signe des accords à long terme avec ses clients pétroliers pour protéger durablement son économie des impacts négatifs des sanctions américaines. L’élaboration d’un plan de coopération globale entre Pékin et Téhéran, qui ont conclu un accord de 25 ans, en est l’exemple. Du fait, la Chine investira près de 400 milliards de dollars dans les industries iraniennes du pétrole, du gaz et de la pétrochimie.
 

Un tel accord global aidera clairement la République islamique à contourner les sanctions américaines, à accéder à des fonds, à renforcer ses alliés dans la région et à continuer à faire progresser son programme nucléaire.

A noter que l'Iran exporte actuellement plus d'un million de barils par jour, dont environ 800 000 bpj vers la Chine. En effet, le mois dernier, le président Raïssi s'est vanté de l'augmentation des ventes de pétrole de l'Iran, affirmant qu'elles ont doublé et que « nous ne sommes pas inquiets pour les ventes de pétrole ».

En outre, l'Iran a signé ce mois-ci un accord de coopération de 20 ans avec le dirigeant vénézuélien Nicolas Maduro pour étendre les liens entre leurs industries pétrolières et pétrochimiques, ainsi que leurs armées.

Tout porte donc à croire qu’avec le temps les sanctions américaines contre le régime iranien sont devenues moins efficaces notamment en raison de la mise en place d’une économie à l'épreuve des sanctions et du renforcement des liens avec la Chine et le Venezuela.
 

C’est dans ce contexte que les sources d’information ont rapporté cet après-midi (samedi 25 juin), que le Premier ministre irakien Mustafa al-Kazemi se rendrait à Téhéran et à Riyad pour discuter des relations diplomatiques entre l'Iran et l'Arabie saoudite. Par ailleurs, Middle East News a rapporté, sans donner de détails, que le Premier ministre irakien arriverait à Téhéran demain pour une visite inopinée.

Après la rupture des relations diplomatiques entre les deux pays en janvier 2015, l'Iran et l'Arabie saoudite, ont entamé des pourparlers de sécurité en mars 2021. Quatre séries de pourparlers ont eu lieu l'année dernière tandis que le cinquième s’est tenu à Bagdad début mai.

 

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