Feb 05, 2017 08:32 UTC
  • Trump aura la peau des

Selon Abdel Bari Atwan, après ses trois contacts téléphoniques avec les dirigeants arabes, Trump a changé de ton contre l'Iran et s'est mis, très nettement, à le menacer.

Dans son tout récent article, Abdel Bari Atwan revient sur trois contacts téléphoniques de Trump avec les dirigeants de Riyad, du Caire et des Émirats, " trois contacts téléphoniques après quoi il a changé de ton contre l'Iran et s'est mis, très nettement, à le menacer". Atwan analyse ce changement de ton et écrit : 

" Les contacts téléphoniques du nouveau président américain définissent très clairement une chose : Trump a mis en haut de la liste de ses ennemis l'Iran et la Chine. Il semblerait que le milliardaire, dans le sillage de Bush et de ses aïeuls néoconservateurs, ait décidé de ressusciter " la coalition arabe modérée", la même qui a aidé Washington à envahir l'Afghanistan et l'Irak. 

Si Trump interdit aux Iraniens, aux Irakiens, aux Yéménites, entre autres, à se rendre aux États-Unis, ce n'est pas parce qu'ils sont terroristes mais surtout parce que leurs pays font partie de  "l'axe de l'endiguement" [l'axe de la Résistance, ndlr]. Parce que ces pays-là soutiennent la Palestine et le Liban et font face au soutien tous azimuts des États-Unis à Israël."

Plus loin dans son article, l'éditorialiste de Raï al-Youm affine son analyse du comportement de Trump et des objectifs que le nouveau président cherche à réaliser . " De toute évidence, Trump a l'intention de "diaboliser" l'Iran aux yeux des pays du Golfe (persique), manière de les faire chanter en échange de son soutien face à l'Iran. C'est à dessein que le président américain a contacté au téléphone le roi saoudien, le président Sissi ou encore l'émir des Emirats, soit ces pays qualifiés de "modérés" à l'époque de Bush. Ce fut juste après ces entretiens que le ton de Trump s'est adouci vis-à-vis de ces régimes pour durcir contre l'Iran. Trump menace désormais Téhéran pour ses activités balistiques qu'il dit violer l'accord nucléaire.

Dans le même temps, quatre hélicoptères US se sont posés il y a quelques jours dans la banlieue de la ville d'"Al Baïea" au Yémen que les États-Unis disaient appartenir à Al-Qaïda. Le raid a fait 40 morts pour la plupart des femmes et des enfants. Le raid ne contenait qu'un seul message, celui du soutien pour la coalition d'agression saoudienne qui ravage depuis deux ans le Yémen.

On ignore la teneur de la conversation téléphonique entre Trump et le roi Salmane d'Arabie qui a duré 43 minutes mais selon toute vraisemblance, l'Américain aurait promis le soutien à Riyad face à l'Iran à la fois en Syrie, au Yémen et en Irak en échange des pétrodollars que l'Arabie saoudite investirait dans les projets promis par Trump et qui sont censés restituer à l'empire US sa grandeur d'antan.

Quels en sont les signes avant-coureurs?

D'abord, Riyad et Abou Dhabi se sont soigneusement évités de dénoncer le décret de Trump qui interdit aux ressortissants de sept pays musulmans d'entrer aux États-Unis. Aucune réaction de la part des muftis wahhabites de l'Arabie n'est venue contredire la mesure discriminatoire de Trump.

Ensuite, le ministre saoudien de l'Énergie a annoncé vouloir élargir ses investissements dans le secteur du pétrole et du gaz aux États-Unis, démarche qui cautionne les politiques énergétiques de Trump. À vrai dire, c'est au prix de freiner ses propres projets dans le secteur de l’énergie que Riyad a décidé de desserrer les cordons de la bourse et d'investir aux États-Unis. C'est un gigantesque pot-de-vin versé sur le compte de Trump et de son équipe au risque de paupériser encore davantage les populations saoudiennes et d'autres pays de la région.

Donc Trump a décidé de fermer les yeux sur la réalité : les ressortissants de certains pays du Moyen-Orient comme la Jordanie, le Maroc, l'Égypte et l'Arabie saoudite, sont épargnés par les nouvelles restrictions de visa aux États-Unis, ce qui signifie que Trump est sur le point de former une coalition arabe contre l'Iran.

Le point le plus sensible, c'est l'engagement pris par le président US envers Sissi et ses promesses de soutien : on connaît les tendances pro-Russie et pro-Syrie du président égyptien. L'engagement de Trump est donc une façon d'attirer aussi Sissi dans son camp. Une chose est sûre : Trump est déterminé à se battre contre l'Iran mais avec les capitaux et les forces arabes. On assiste vraisemblablement à la renaissance de la "coalition des pays arabes modérée" que Trump dépouillera, jusqu'au dernier centime, de son argent pour combattre l'Iran et ses alliés. C'est là le vrai plan de Trump, président qui dénonçait "les interventions militaires des États-Unis à l'Étranger". Et quel en sera la conséquence? Davantage de guerres et d'effusion de sang au Moyen-Orient.....   

 

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