Nov 05, 2018 19:35 UTC
  • Daech: la CIA pourra refaire le coup?

Daech, qui a perdu ses « capitales » ou ses principaux bastions et ses territoires en Irak et en Syrie, a mis en œuvre une nouvelle stratégie qui revêt les allures d’une activité souterraine et qui consiste à réhabiliter de petites régions en attaquant des zones urbaines dans différents pays du monde islamique, à savoir en Égypte, en Jordanie, en Libye, au Pakistan, en Tunisie, en Afghanistan, en plus de la Syrie et de l'Irak.

Selon Abdel Bari Atwan, écrivain et rédacteur en chef du journal panarabe Rai al-Youm, "il y a près d'un an, le président américain Donald Trump avait annoncé la fin de l'organisation terroriste Daech après la domination des Forces démocratiques syriennes (FDS) sur la ville de Raqqa, « capitale » du terrorisme, l'est de l'Euphrate, et plus particulièrement les frontières entre la Syrie et l'Irak.

Deux événements majeurs marquent le retour de Daech et contredisent les déclarations fallacieuses des États-Unis: premièrement, l’attaque meurtrière menée par un groupuscule lié à Daech contre un bus qui transportait des fidèles chrétiens coptes à Minya, dans le centre de l’Égypte, a fait sept morts et au moins sept blessés. Cet attentat révèle l’intention du groupe terroriste d’étendre ses opérations dans l’Égypte profonde dans le but de compenser les dégâts subis dans la péninsule du Sinaï.

Deuxièmement, les attaques-surprises de Daech contre les Forces démocratiques syriennes dans l'est de Deir ez-Zor en Syrie et la récupération de plusieurs de ses positions, qui se sont soldées par la mort de 70 éléments armés kurdes et arabes, un bilan élevé quand on sait que les FDS sont munis des armes les plus modernes qui leur sont fournies par les États-Unis.

En ce qui concerne l’attentat à Minya, il a réellement pris au dépourvu le gouvernement d’Abdel Fattah al-Sissi. En novembre 2017, le président égyptien a accordé un délai de trois mois aux commandants des forces de sécurité pour exterminer Daech au Sinaï. Son avertissement faisait suite à l'attaque du 24 novembre autour de la mosquée Al-Rawda dans le village de Bir al-Abed, à l'ouest d'Al-Arich, la capitale de la province du Nord-Sinaï, qui avait fait au moins 305 morts, dont 27 enfants.

L'armée égyptienne a aussitôt bouclé le nord du Sinaï et procédé à des investigations. 450 éléments affiliés à Daech et 30 militaires égyptiens ont été tués. Le groupe s’est déplacé en Haute-Égypte, à Asyut et Minya, des régions considérées comme un centre des mouvements salafistes. L’Égypte est en effet confrontée à un défi de taille.

Le retour de Daech et ses assauts dans l'est de l'Euphrate préoccupent le gouvernement irakien et les Américains entre lesquels la coordination est faible. La région occupée par Daech est proche de la ville stratégique d’al-Qaïm et de l'un des principaux points de passage vers la Syrie. En outre, près de deux mille forces militaires US sont présentes dans la région et soutiennent les FDS.

Daech, qui a perdu ses « capitales » ou ses principaux bastions et ses territoires en Irak et en Syrie, a mis en œuvre une nouvelle stratégie qui revêt les allures d’une activité souterraine et qui consiste à réhabiliter de petites régions en attaquant des zones urbaines dans différents pays du monde islamique, à savoir en Égypte, en Jordanie, en Libye, au Pakistan, en Tunisie, en Afghanistan, en plus de la Syrie et de l'Irak

Si les communiqués de presse sur la résurgence de Daech en Jordanie, considéré comme le nouveau siège régional des chefs terroristes qui profitent du mécontentement général de la population, sont justes, cela témoigne d’une nouvelle phase du développement de Daech dans différentes régions et d’un rétropédalage vers la doctrine d’al-Qaïda.

La Jordanie est sur l'écran radar de Daech qui s’y est implanté ; le pays étant miné de racines salafistes notamment dans les villes de Zarqa, Ma'an et Karak. La ville de Zarqa a vu naître Abou Musab al-Zarqawi, un des fondateurs de Daech.

En outre, de nombreux terroristes se sont infiltrés en Jordanie via la Syrie et les cerveaux du groupe sont en Jordanie: c'est ce que l’on peut déduire des récentes opérations terroristes dans la ville de Salt et Karak.

À l’ombre des multiples problèmes qui frappent les pays de la région et l'incapacité des gouvernements à assurer un avenir meilleur à la jeunesse, la corruption grandissante, la répression des libertés et la montée du taux de chômage, ainsi que la normalisation des relations avec Israël avant le rétablissement de la paix, l'extrémisme auquel a recours la jeunesse désespérée et désillusionnée ; voilà ce que cherchent les groupes comme Daech et al-Qaïda dans les années à venir."

 

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