Oct 03, 2019 11:45 UTC
  • Corridor Iran-Irak-Syrie : la surprise russe?

À peine 24 après l'ouverture officielle du point de passage Qaëm-Abou Kamal, reliant l'Irak à la Syrie et au-delà l'Iran au port de Baniyas en Méditerranée, des manifestations anti-gouvernementales éclatent de "façon spontanée" dans les grandes villes irakiennes et Al-Arabiya, CNN, France 24 et autres médias mainstream mettent un maximum de pression médiatique pour pousser les Irakiens dans la rue et faire un remake de Maydan ukrainien en Irak. Pourquoi?

La presse dominante ne cesse d'évoquer l'émergence d'un corridor Iran-Méditerranée comme étant le principal motif d'inquiétude du camp US/Israël/OTAN.

Est-ce cela vraiment? Vu le continum géographique entre l'Iran, l'Irak et la Syrie et le fait que ces trois pays commercent ensemble depuis des lustres, il devrait y avoir d'autres raisons qui a provoqué une telle panique dans les rangs américains au point de vouloir renverser le gouvernement irakien. Certaines sources disent même qu'à l'ambassade US, on parle déjà de la formation d'un "gouvernement de salut". 

Au fait, concernant ce corridor Irak-Syrie, ce n'est pas l'Iran qui inquiète que la Russie et la Chine, affirme le général Mohammad Abbas, expert militaire et ancien haut gradé de l’armée syrienne. « Avec tous les regards rivés depuis longtemps sur une présence iranienne au passage frontalier d'Abou Kamal dans l’est de la Syrie, les observateurs semblent avoir oublié le déploiement de plus en plus important des forces militaires russes à l’est de la Syrie, le long de la frontière avec l’Irak », dit-il dans une interview accordée au site d’information Al-Masdar News. « C'est la Russie qui profiterait plus que les autres parties de la réouverture du pont frontalier d’Abou Kamal et c'est la raison pour laquelle les États-Unis et Israël s’y opposent fermement. Les États-Unis cherchent à atteindre leurs objectifs stratégiques majeurs. Selon leurs plans, la Russie devrait devenir partiellement et dans certaines zones un immense territoire enclavé. Dans ce cadre, la stratégie de Washington consiste à empêcher la Russie de traverser la mer Noire, les détroits du Bosphore et des Dardanelles pour avoir accès au bassin méditerranéen. »

Le général en retrait syrien a notamment déclaré que la Russie disposerait désormais d’un itinéraire terrestre allant de la mer Noire à la région méditerranéenne. Cela permettra, d’ailleurs, à la Russie de conserver son influence sur une grande partie du territoire syrien.

Cependant, M. Abbas pense que les États-Unis s’efforceront autant que possible d’empêcher les Russes et les Iraniens d’y exercer leur influence.

« Les États-Unis sont engagés dans une guerre mondiale qui se concentre sur Moscou, Pékin, Téhéran, Bagdad, Beyrouth et la Méditerranée », a-t-il estimé, en soulignant que la Maison Blanche focalise pour le moment son attention sur deux points stratégiques dans l’Est syrien, c’est-à-dire al-Tanf et Abou Kamal. Pour les stratèges américains, il s’agirait de « la ligne de division stratégique la plus sensible au cœur de la lutte », selon M. Abbas.

Pour marquer leur présence dans cette partie de la Syrie, les États-Unis semblent compter toujours sur leurs supplétifs dans le camp de Rukban (situé dans la région d’al-Tanf), ainsi que sur la présence de leurs autres alliés, notamment les Kurdes des Forces démocratiques syriennes (FDS).

Malgré leurs intenses pressions sur les dirigeants irakiens, les États-Unis n’ont pas réussi à les convaincre d’abandonner leur projet de la réouverture du passage frontalier d’al-Qaëm-Abou Kamal. La question est importante pour les Américains à divers égards, car la réouverture du passage rendra possible du transfert de marchandises vers la Syrie qui est frappée par un dur régime de sanctions américaines.

Le général Mohammad Abbas souligne que contrairement aux déclarations du secrétaire d’État américain, Mike Pompeo, le passage al-Qaëm/Abou Kamal est une zone sécurisée. En effet, pour justifier l’opposition de Washington, Pompeo prétend que Daech est prêt à se re-dynamiser dans l’est de la Syrie.

M. Abbas admet qu’il y avait eu des attaques de Daech contre al-Sukhnah en Syrie et al-Anbar en Irak, mais qu’avec l'arrivée de renforts et après la réussite de l’opération de l’armée syrienne dans le désert de Deir ez-Zor, cette menace s’est limitée à l’est et au centre de la Syrie, mais aussi dans certaines parties de l’ouest de l'Irak. Une chose est sûre : ni la Syrie, ni la Russie et encore moins l'Iran ne laisseront pas les Américains de compromettre la reprise des liens liens terrestres de la Syrie avec l'Irak. Depuis deux jours, des exercices militaires d'envergure se déroulent à Deir ez-Zor avec la participation active de la Russie. Selon Al-Watan, l'armée syrienne a envoyé 500 soldats non loin des frontières irakiennes pour participer à ces exercices irano-syro-russes : « Il s'agit d'exercices militaires qui s'étalent sur plusieurs jours et qui visent surtout à mettre en garde les Kurdes de l'est syrien : il est grand temps qu'ils se dissocient de l'Amérique et d'Israël. » 

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