Oct 09, 2019 08:12 UTC
  • Syrie: la

À en juger par la réaction paniquée des Israéliens et l'appel « urgent » passé à Poutine à la veille de l'annonce du retrait US du nord de la Syrie, quelque chose de catastrophique a dû se passer dans le camp anti-Résistance : depuis que l'administration Trump a décidé de larguer littéralement ses agents kurdes face au rouleau compresseur de l'armée turque, Israël est dans tous ses états.

Cette décision, la Maison Blanche l'aurait prise sans en avertir au préalable Israël et c'est cela même qui inquiète profondément les états-majors israéliens au point que l'ex-ministre de l'Éducation, Naftali Bennett est allé jusqu'à dire que Tel-Aviv va désormais devoir compter que sur lui-même.

Pour le Jerusalem Post, malgré l'annonce, mardi soir, du Pentagone de n'avoir en rien changé la position de ses forces déployées en Syrie, cette décision pourra enhardir davantage l'Iran.

Juste avant l'annonce du retrait spectacle US, le QG des forces US/Israël à al-Tanf a organisé plusieurs opérations d'envergure contre l'armée syrienne et ses alliés, se concentrant sur le désert syrien d'al-Soukhna tandis que les drones et avions israéliens frappaient par intermittence les positions des alliés irakiens de l'armée syrienne.

Le retrait d'une centaine de soldats US du nord de la Syrie est-il réellement un danger pour Israël? 

Jerusalem Post affirme que les autorités israéliennes ont effectivement peur qu'un scénario similaire se reproduise à al-Tanf où ils agissent depuis deux ans, en étroite collaboration avec les Américains, contre l'Iran et ses alliés.

Le journal israélien a ajouté : « Bien que les États-Unis offrent leurs aides en armement à Israël et qu’ils le soutiennent contre les pressions mondiales, il y a pourtant des moments où Tel-Aviv doit se défendre. Et aujourd'hui en Syrie, ce moment est visiblement arrivé. »

Le journal évoque « toutes les marches arrières » de l'administration US depuis le début de l'été 2019 face à l'Iran, que ce soit dans le golfe Persique ou au Yémen, pour rappeler que « les Saoudiens ont eux aussi saisi le message et ont fini par amorcer des pourparlers secrets avec l'Iran par l'intermédiaire des Irakiens », ce qui n'arrange rien pour Israël qui comptait sur Riyad pour faire front commun contre « l'axe de la Résistance ». Le journal renvoie aux propos de l’ancien chef adjoint du Conseil de « sécurité nationale » israélien, Eran Lerman, qui n'a pas hésité à qualifier la démarche de Trump d’« outrage moral » et a déclaré que « le résultat probable serait de pousser les Kurdes vers le gouvernement syrien et ses alliés iraniens ». 

Lerman exprime par ailleurs sa grave inquiétude face à une situation qui « pourrait entraîner de graves conséquences pour Israël », car « les Américains lèveraient alors le dernier obstacle dans le nord de la Syrie à la finalisation du projet de l’établissement d’un pont de communication terrestre reliant l’Iran à l'Irak, à la Syrie, au Liban et aux ports de la Méditerranée ». Après la réouverture du point de passage stratégique Qaem-Abou-Kamal, une « grande victoire pour l'Iran et ses alliés », il ne manquait que ceci à savoir la prise du contrôle par l'Iran et ses alliés du point de passage frontalier entre le Kurdistan irakien et le nord-est syrien », constate Lerman. Si cette nouvelle voie tombe entre les mains d'Assad et ses alliés, « les États-Unis et Israël sauront difficilement maintenir leur présence sur al-Tanf, troisième et dernier passage frontalier entre l'Irak et la Syrie ». 

« C'est une erreur stratégique que de laisser aux Syriens, aux Russes et aux Iraniens le contrôle des frontières avec le Kurdistan irakien surtout que la Russie et l'Iran viennent de faire une démonstration de force à quelques kilomètres d'al-Tanf. En début de semaine, les unités des forces spéciales russes ainsi que des forces syriennes et iraniennes ont lancé de vastes exercices sur l'axe Qaem-Abou Kamal avec en toile de fond l’arrivée d’avions de combat et de drones iraniens en Syrie pour participer à cet exercice. La Russie a fourni une couverture aérienne aux forces participant à l'exercice, marquant ainsi l'arrivée de la Russie dans cette zone de friction opposant l'Iran aux USA et à Israël. L'arrivée de convois militaires russes, y compris de lourds véhicules de transport militaire, qui se rendaient depuis des bases en Crimée et en Ossétie du Sud vers la zone, via Qaem-Abou-Kamal, a été impressionnante. Cela ajoute un nouvel itinéraire routier pour les troupes russes opérant en Syrie, ainsi que des itinéraires d'approvisionnement maritimes et aériens pour la Russie. La décision US nous fera perdre tôt ou tard al-Tanf, constate Eran Lerman.

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