Oct 12, 2019 09:32 UTC
  • Syrie: dangereux deal Ankara/Moscou?

À Tall Abyad et à Ras al-Aïn, les alliés kurdes des États-Unis sont désormais encerclés par leurs alliés turcs :

au quatrième jour des combats, on rapporte la fuite de civiles kurdes par milliers de la banlieue nord-ouest et nord-est de Tall Abyad, au nord de la province de Raqqa ainsi que de Ras al-Aïn, au nord-ouest de Hassaké, et ce, sur fond des frappes d'artilleries intenses et aériennes des forces turques. Neuf villages du Nord-Est syrien seraient passés sous contrôle de la Turquie, tous situés sur l'axe Nord et Nord-Ouest de Tall Abyad. Idem à Ras al-Aïn où l'armée turque et l'ASL ont avancé dans l'est de Hassaké. Les FDS se battent réellement ?

Selon des témoins oculaires, parmi les populations civiles, de nombreux commandants des Forces démocratiques syriennes se déguisent en civils et prennent la fuite sans se battre. Le drame est que la population civile est prise entre deux feux, celui des FDS qui refusent d'accepter un retour des régions du Nord-Est sous l'autorité de l'État syrien et partant, laisser le sort des civils à l'armée syrienne et celui de la Turquie qui les bombarde sans cesse. 

Parallèlement à l'avancée de l'armée turque, les cellules dormantes de Daech se réveillent sur la rive est de l’Euphrate grâce à l'aide active d'Ankara : un attentat à la voiture piégée, vendredi, à Qamishli et un attentat à la bombe ce samedi à Hassaké, tous deux produits non loin d'une prison de Daech ont balisé le terrain à l'invasion des centaines de daechistes. Les FDS ne s'y opposent pas, se contentant de publier des vidéos, et mettant en scène des scènes d'émeutes et d'escapades des terroristes. 

Le camp d'al-Hol est de loin le plus grand lieu de concentration des daechistes qui a été le théâtre d'une émeute, le vendredi 11 octobre. Quelques 80 000 terroristes de plus de 30 nationalités différentes vivent dans cet "émirat" dont les frappes turques permettraient de déverrouiller, si ce n'est pas déjà le cas. Une vidéo mise en ligne récemment montre la fuite de femmes daechistes depuis le camp d’al-Hol. 

Le mouvement de gestion des flux terroristes qui cible à la fois la Syrie, mais aussi l'Irak est de loin contrôlé par les Américains qui, selon SANA, viennent d'évacuer un nouveau contingent de chefs terroristes composé de 80 personnes. Ces terroristes ont été libérés par les forces spéciales américaines de la prison "al-Shadadi" dans la banlieue sud de Hassaké, et ce, avant d'être transférés vers l'Irak. Il y a deux jours, les responsables irakiens avaient confirmé l'évacuation de 50 autres chefs terroristes toujours par les Américains en Irak. Où vont-ils ? Visiblement à Aïn al-Assad, base US à al-Anbar. 

C'est dans ce contexte que le président russe, Vladimir Poutine dit craindre que l'opération de l'armée turque en Syrie ne provoque une résurgence de Daech dans toute la région. « Des milliers de daechistes capturés par les Kurdes risquent de recouvrer la liberté, c'est une menace réelle pour nous, pour vous [car] où vont-ils aller et comment ? », s’est-il interrogé.

De nombreux pays occidentaux refusent de rapatrier leurs ressortissants pour la plupart des agents de leurs services secrets envoyés en Syrie depuis 2011. Quelque 12 000 terroristes d’origine étrangère venant de 30 à 40 pays - 4000 femmes et 8000 enfants – vivent dans le camp d’al-Hol. Puisque ces pays refusent de rapatrier leurs ressortissants, il y a fort à parier que ces terroristes soient lâchés dans la nature. Ou pire être réorientés pour des opérations à la fois contre l'armée syrienne, mais aussi contre l'État irakien et ses forces armées. " Dans ce contexte, il est bien périlleux que la Turquie ne se heurte à aucune opposition de la part de la Russie, estime un analyste. Le veto russe vendredi à un projet de résolution condamnant l'invasion turque est peut-être compréhensible, la Russie cherchant surtout dans le cade d'un deal avec la Turquie, à aider la Syrie à reprendre le contrôle d'Idlib, et ce en échange de Hassaké et Manbij. L'ennui est que les Américains font avancer eux aussi leur deal avec la Turquie lequel consiste à redéployer les terroristes non seulement en Syrie, mais aussi en Irak, ce qui est loin de faciliter la tâche de sécurisation de la Syrie et la restitution de l'autorité de l'État ". 

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