Oct 13, 2019 19:47 UTC
  • Nord de la Syrie: les grands défis d’Erdogan

En dépit de l’annonce par Washington d’un retrait militaire limité du Nord syrien, certains analystes estiment qu’il s'agit d’une composante d’un plan global qui viserait directement l’Iran, la Syrie, la Russie et la Turquie pour les mettre dans une impasse politique.

Selon les stratèges de Washington, le retrait même partiel des Américains créerait une sorte de vide dans certaines régions syriennes qui pourrait attiser la convoitise des Turcs et saper ainsi leur coopération politique et sécuritaire avec les Russes et les Iraniens en Syrie.

Cependant, il existe plusieurs obstacles stratégiques devant le président turc, Recep Tayyip Erdogan, pour réaliser son plan en Syrie :

1-Les Kurdes de Syrie ont l’expérience de plusieurs années de confrontation militaire avec la Turquie, il ne sera donc pas très facile pour M. Erdogan de les vaincre. En outre, face à l’agression truque, les Kurdes pourraient s’approcher du gouvernement du président Bachar al-Assad ou chercher plus sérieusement un soutien iranien ou russe. Reste à savoir jusqu’où et jusqu’à quand Ankara poussera son agression militaire en Syrie.

2-L’avenir du jeu politique de Donald Trump avec la Turquie semble incertain. Apparemment, la Turquie du président Erdogan a obtenu le feu vert de Washington pour entamer son opération militaire contre les Kurdes de Syrie dans le nord du pays. Mais il y a des indices qui montrent que les États-Unis sont prêts à s’en servir, s’ils le souhaitent, comme un levier de sanction pour contrôler le plan d’Ankara.

3-L’Europe s’oppose sérieusement à l’agression turque contre la population kurde du nord de la Syrie. Or, les Turcs ont des leviers de pression contre les pays européens, car ils ont, dans leurs prisons, plusieurs milliers de terroristes de Daech d’origine européenne, d’autant plus que près de trois millions de réfugiés syriens vivent en Turquie et beaucoup d’entre eux désirent se rendre en Europe. Cependant, l’Europe ne cédera pas entièrement aux convoitises territoriales d’Ankara en Syrie et à la répression des Kurdes, et adoptera sa politique contre la Turquie en fonction des opérations des Turcs.

4-La Russie et la Turquie ont développé considérablement leur coopération. La Turquie, membre de l’OTAN, insiste à acheter le système balistique S-400 aux Russes, ce qui montre qu’Ankara accorde une grande importance à l’approfondissement de ses relations à Moscou même au prix de la dégradation de ses relations avec ses alliés au sein de l’Alliance atlantique. Les Russes semblent être prêts à reconnaître les préoccupations anti-kurdes de la Turquie, à condition qu’Ankara coopère avec les projets russes d’étendre l’influence de Moscou au Moyen-Orient.

5-L’Iran et la Turquie entretiennent des relations économiques et commerciales qui sont vitales pour les deux pays. L’Iran s’oppose à la fois au démembrement de la Syrie et la création d’un pays indépendant kurde dans la région, car il le considère comme un élément qui rendrait service aux intérêts illégitimes d’Israël dans la région.

Mais l’Iran s’inquiète aussi de l’imprudence des Turcs dans le nord de la Syrie, car l’agression turque pourrait créer une situation favorable à la réapparition de Daech dans le pays, chose qui est complètement inadmissible pour Téhéran. Dans ce cas, la Turquie devrait savoir que l’Iran soutiendrait toute action du gouvernement et de l’armée syrienne pour se battre contre les terroristes de Daech dans le nord du pays, et les personnalités comme le général Qassem Soleimani, commandant des forces Qods du Corps des gardiens de la Révolution islamique (CGRI) offriront sans doute leur assistance aux forces qui se battront contre Daech.

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