Oct 14, 2019 11:14 UTC
  • Arabie: la perfide mission de 3.000 GI's?

L'émissaire de Riyad en la personne de Premier ministre pakistanais, Imran Khan, vient de quitter Téhéran où il a été reçu par le Leader de la Révolution islamique. La plus haute instance décisionnelle de l'Iran a souligné à son interlocuteur que la fin de la guerre au Yémen pourrait "avoir des répercussions positives à l'échelle de toute la région".

C'est un message clair de la part de l'Iran à l'Arabie saoudite dont la politique iranienne est soumise, hélas, au diktat de Washington. Mais n'est-il pas grand temps que cela change? Juste avant l'annonce de retrait de ses soldats du nord est de la Syrie, l'Américain Donald Trump a parlé de l'envoi de 3 000 soldats US supplémentaires en Arabie saoudite, pour, a-t-il dit, "renforcer les capacités de dissuasion de Riyad face à Téhéran et à ses alliés".  Pour les observateurs, il s'agit encore une fois d'un leurre, les capacités balistiques et de drone d'Ansarallah dépassant désormais et largement l'arsenal antimissile made in US du royaume. C'est à croire que ces 3.000 soldats ont pour mission de provoquer le démembrement de l'Arabie, le Sud saoudien échappant désormais et totalement du contrôle de Riyad. 

Le déploiement de quelques centaines de militaires américains en Arabie saoudite ne peut rien changer aux équations régionales. Washington ne court une fois de plus qu’après ses intérêts pécuniaires, constate Sputnik citant des experts.

La décision américaine d’envoyer forces et équipements militaires en Arabie saoudite a soulevé de nombreuses questions quant à la mission et la date d’envoi de ce contingent mais également quant au message que cela pourrait adresser au mouvement Ansarallah du Yémen. Le projet vise-t-il à bloquer toute dynamique de la paix? 

L’expert des questions de l’Asie de l’Ouest, Hakam Amhaz est revenu sur le sujet, dans une interview avec Sputnik, soulignant que le déploiement de troupes et équipements militaires américains sur le territoire saoudien ne changerait rien aux équations actuelles.  

« Les 3 000 effectifs que les USA expédient en Arabie saoudite ne servent à rien face à l'imposant front de la Résistance. On peut dire, tout simplement, qu’un tel nombre de soldats américains ne pourrait même pas protéger le régime de Bahreïn », a indiqué Hakam Amhaz rappelant : « Quant aux armes et équipements militaires expédiés, ils ne sont, encore, rien à compter face aux équipements militaires des forces yéménites, de leurs missiles balistiques ou de leurs drones de reconnaissance, surtout que les missiles et les drones d'Ansarallah ont prouvé les défaillances caractéristiques des Patriot et des THAAD. La décision américaine s’avère donc être plutôt un message psychologique à l’adresse des alliés américains dans la région, à la tête desquels, royaume saoudien et peut-être même une tentative destinée à geler tout processus de paix ».

« Le salaire mensuel des soldats US envoyés en Arabie saoudite commence à partir de 25 000 dollars et ceux de certains officies dépassent les 100 000. Cela montre, de la meilleur manière que les États-Unis ne cherchent absolument pas à protéger qui que ce soit, mais à tirer profit de la situation en cours », a noté l’expert avant de s’exprimer sur le plan du Premier ministre pakistanais Imran Khan, pour la médiation entre Téhéran et Riyad : « Les États-Unis et Israël ne tolèrent pas un retour à la stabilité dans la région puisque cela va à rebours de leurs propres intérêts. Ils savent, en même temps, que la guerre, telle qu'elle est menée par les alliés de l'Iran n’est pas, non plus, en leur faveur dans la mesure où elle peut avoir une issue inattendue. D’ailleurs, ils n’ont pas oublié les coups de ces derniers mois infligés par l'Iran ni leur défaite face à la Russie. Or, saper la stabilité de la région reste le seul scénario sur lequel peuvent compter Israël et les États-Unis. D'où sans doute aussi ce double tir de missile contre un pétrolier iranien en mer Rouge juste avant l'arrivée du Premier ministre pakistanais à Téhéran et qui était destiné à jeter de l'ombre sur cette visite »

Pour le reste, l’expert miliaire yéménite, le général de brigade, Aziz Rashed estime qu’en envoyant ses troupes en Arabie saoudite, l’administration US cherche en fait à rassurer l’allié saoudien devant les frappes de l’armée yéménite, surtout après les opérations contre Aramco et celle à Najran, « Nasr Min Allah ».

« La stratégie américaine consistait depuis 2001, à mettre sur pied des bases militaires dans la région, sous prétexte de lutter contre le terrorisme alors que l’objectif réel était de faire main basse sur les ressources pétrolières et gazières ; une stratégie basée sur l’extension de l’influence militaire en vue de lancer, le moment venu, des attaques préventives contre ceux qui s’opposent à leurs politiques. », affirme-t-il.

Le général Rashed souligne aussi que les Américains ont toujours cherché à empêcher un certain rapprochement des pays musulmans de la région afin de préserver la « suprématie » israélienne et le contrôle des ressources énergétiques du monde arabe.

« Les États-Unis veulent aussi dominer les détroits et les canaux internationaux importants de la région », rappelle l’expert qui ajoute :

« Les systèmes radar de l’Arabie saoudite ne peuvent pas intercepter les drones de reconnaissance ni les missiles balistiques yéménites. Les États-Unis ont, déjà, prouvé à maintes reprises, leur impuissance dans des combats asymétriques en Irak et en Afghanistan d’autant plus qu’ils ont fini, récemment, par s’enfuir du nord de la Syrie. »

Côté saoudien, l’expert des affaires militaires et stratégiques Shami al-Zahéri a évalué la demande de Riyad pour le déploiement des troupes américaines comme s’inscrivant dans le cadre de sa volonté de défendre sa sécurité et sa stabilité : « La superficie de l’Arabie saoudite équivaut à celle de l’Europe de l’Est. Ce qui rend difficile l’interception des missiles et des drones, surtout ceux qui sont de petite taille. Le royaume est donc exposé au danger de tous les côtés. »

« Les forces américaines doivent aider le royaume à intercepter ces missiles et ces drones. La coopération militaire saoudo-américaine se fait dans le cadre d’une collaboration historique et stratégique basée sur des objectifs stratégiques communs dans le but d’assurer la sécurité et la stabilité internationale. Au fait les Iraniens et leurs alliés sont passés maîtres en matière de guère hybride et quelques soldats US de plus  », a conclu l’expert militaire saoudien.

 

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