Oct 21, 2019 06:48 UTC
  • Syrie: le piège se referme sur Erdogan

Quelque chose de déjà-vu: la trêve que les Américains disent avoir arrachée aux Turcs pour "sauver la vie des Kurdes" a servi surtout à l'armée turque largement appuyée par l'OTAN dans son entreprise de conquête du nord est syrien : Sans tirer une seule balle les miliciens des YPG se sont retirés samedi d'Al-Shokriyah dans la banlieue de Ras al-Aïn pour laisser place aux mercenaires d'Ankara qui à bord des convois de blindés ont débarqué dans la ville.

Ce scénario, les USA l'ont déjà joué plus à l'est à savoir à Deir ez-Zor quand leurs agents takfiristes de Daech abandonnaient sans se battre réellement leurs positions aux miliciens des FDS qui une fois installés ont ouvert les vannes des puits de pétrole de la province aux Américains. 

La Turquie qui n'a pas du tout respecté les 120 heures de trêve dans le nord de la Syrie, s'était emparée du village d’Om al-Assafir, située là aussi dans la banlieue nord de la ville de Ras al-Aïn », selon Sana.

Samedi, aussi, soit au premier jour de la soi-disant trêve USA/Turquie, Sana avait fait part de la chute de deux autres villages de Ras al-Ain à savoir Jan Tamer Charqi et Al-Chakriyah qui sont tombés entre les mains de l'armée turque. 

L'opération "Source de paix" est-elle pour autant un succès? Les observateurs militaires relèvent une stratégie de combat qui a conduit l'armée turque dans l'impasse: le déploiement-éclair des forces de l'armée syrienne et de leurs alliés à Manbij à Raqqa à Hassaka et ce, sur fond d'un accord avec les Kurdes qu'Ankara a sous-estimé à tort, a fait que ce dernier et à travers lui les Etats-Unis se sentent désormais totalement piégés. En l'espace de quelques heures en effet, les forces syriennes ont bloqué toute voie d’acheminement de renforts depuis Idlib et Afrin aux supplétifs de l'armée turque. Quant au centre, les forces terrestres de l’armée syrienne ont traversé suite à un saut inattendu le barrage de l’Euphrate dans la ville de Tabqa et ont pris le contrôle de la ville d’Aïn Issa, ayant ainsi resserré l’étau sur les forces turques à Dalan. Sur un territoire de 340 km prévu dans le plan d’Ankara, les forces turques n’ont réussi donc qu’à s’emparer de la bande d’une superficie de 80 km située entre les villes de Tall Abayd et Ras al-Aïn.

Ce lundi trois régiments blindés de l'armée syrienne font route avec la même rapidité que leurs paires il y a quelques jours en direction de la banlieue de l'Euphrate pour y prendre position et bloquer de facto l'avancée des mercenaires d'Ankara. Il y a deux jours un hélicoptère Blackhawk de l'armée turque s'est écrasé non loin de Hassaké dans un tir de missile qui ressemblait surtout à un tir de sommation russo-syrien contre les forces turques. 

 A ce rythme même si l’armée turque est entrée ce dimanche dans Ras al-Aïn suite au retrait des Kurdes, comme l’a annoncé la télévision d’État syrienne, il n’est pas certain que les Turcs restent dans la ville qui est déjà encerclée par les forces armées de Damas. 

Dans une interview accordée à Sputnik, la députée syrienne Janset Kazan a exclu la possibilité selon laquelle l’armée turque pourrait rester dans les villes de Ras al-Aïn et Tall Abyad : «Il existe une possibilité que l’armée turque se trouve dans Ras al-Aïn, mais que cela ne dure pas […], elle est encerclée par l’armée syrienne et elle va reculer.», a-t-elle déclaré.

L'état-major de l'armée turque comprend par ailleurs très justement ces évolutions et les ressorts du piège qui se referme sur Erdogan et ses forces armées. Ce lundi matin, Hurriyat, organe de l'AKP au pouvoir évoque " les efforts russo-iraniens" pour préparer une rencontre Erdogan-Assad" qui si elle a lieu, marquerait la reddition pure et simple de la Turquie après plus de sept ans de guerre directe et indirecte contre l'Etat syrien, sous la bannière des Etats-Unis et de l'OTAN. Le journal rappelle la quasi simultanéité de la visite à Ankara du couple Pence-Pompeo avec celle d'une délégation russe dirigée par l'émissaire spécial de Poutine, Alexandre Lavrantiev : " Lavrantiev s'est rendu ensuite à Damas et s'est entretenu avec Assad. Ses négociations à Ankara et à Damas s'étaient axées sur la stabilisation durable de l'est de l'Euphrate pour y asseoir la souveraineté de l'Etat syrien.... Le récent entretien du ministre iranien des Affaires étrangères avec son homologue turc va aussi dans ce sens, Moscou et Téhéran exerçant des pressions sur la Turquie pour qu'elle amorce un dialogue direct avec Damas". 

S'il est vrai que le journal affirme que le président turc n'a pas encore donné sa réponse, il n'en reste pas moins que ce dernier n'a plus trop le choix : militairement, l'opération "Source de paix" a été un échec et toute obstination pour inverser la donne militaire sera punie par l'armée syrienne et ses alliés, constate un analyste. 

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