Oct 22, 2019 07:29 UTC
  • Le SOS d'Ankara à Assad?

Ce mardi 22 octobre, le secrétaire d'État US, Mike Pompeo a fini sa journée en émettant des menaces de guerre contre l'armée turque.

«Nous préférons la paix à la guerre», a-t-il assuré, avant d'ajouter : «Mais dans l'éventualité où une action [militaire] est nécessaire, vous devriez savoir que le président [Donald] Trump est totalement prêt à entreprendre cette action.», a-t-il dit à l'adresse d'Erdogan, dont le ministre de la Défense avait menacé la veille de reprendre son action militaire si "les terroristes ne se retiraient pas des régions frontalières".

La menace militaire brandie à l'endroit de la Turquie, intervient alors que plus d'un analyste estiment Ankara pris pleinement au piège US dans le nord-est syrien. A vrai dire, Washington a tout fait pour que la Turquie soit poussée à lancer cette offensive, en armant massivement les Kurdes de Syrie largement mélangés avec le PKK. Mais comment Ankara a-t-il pu croire un seul instant que les USA lui permettront de s'approcher de quelques 70 puits de pétroles et de gaz du nord est syrien? La menace militaire anti-Ankara que formule Pompeo devrait se comprendre en ce sens, les États-Unis pouvant se passer des Kurdes, mais pas du pétrole. Lundi, le président US a d'ailleurs affirmé vouloir maintenir 200 soldats dans le nord-est et est du pays non pas pour aider les alliés, mais pour veiller au pétrole syrien. 

Quant à l'aspect militaire de l'opération Source de paix, il est aussi une débâcle. S'il est vrai que les forces militaires turques et leurs mercenaires qui, suivant les images largement diffusées sur la toile ne le font dans la dentelle et commettent des crimes de guerre quitte à entacher l'image de la Turquie, se sont emparées de Ras al-Aïn, rien ne dit que cette emprise puisse durer, l'armée syrienne et ses alliés ayant pris le contrôle de principales villes nord est syriennes, situées tout autour de Ras al-Aïn et ce, à la faveur de l'accord Kurdes/Damas qu'Erdogan a trop pris à la légère. A Sotchi donc, Erdogan rencontrera Poutine, alors qu'il a les mains liées. La meilleure solution? Elle se trouverait paradoxalement du côté de son pire ennemi le président syrien.

Les responsables turcs laissent entendre que des contacts secrets avec Damas auraient été  établis pour empêcher une confrontation directe entre les militaires des deux parties dans le nord-est de la Syrie. Trois responsables turcs ont annoncé que les deux pays ont procédé à des contacts directs d’ordre militaire et de renseignement et échangé indirectement, via la Russie, des messages pour réduire au minimum le danger d’une confrontation entre les deux armées syrienne et turque. C'est une bonne chose puisque tout clash armée syrienne-armée turque s’avérerait fatal pour cette dernière : « Leur premier contact date du début de l’année 2019 lorsque les forces armées syriennes sont entrées à Idlib. Les contacts se faisaient en général via la Russie, mais il arrivait parfois que les deux États s’entretiennent directement pour empêcher une confrontation militaire syro-turque. »

En apparence, le gouvernement turc insiste pour dire qu’aucun changement n’a eu lieu dans ses positions vis-à-vis de Bachar Assad, mais il réalise désormais que la solution à la crise qu'il a créée avec son voisin passe forcément par Damas. A Sotchi est l'endroit  où le président Erdogan devra capituler, et accepter de partir sur de nouvelles bases, celles définies par l'accord d'Adana. C'est une question de la vie ou de la mort : s'il s'obstine à suivre le trajet que lui a tracé l'Amérique depuis 2011, il se dirigera droit vers la guerre. En 2011, la Turquie a organisé comme les USA le lui demandaient la migration de 3 millions de Syriens afin d’affaiblir l'État syrien.  Par la suite, elle a soutenu les terroristes, y compris Daech, quitte à piller au passage les machines-outils d’Alep et installé des usines de contrefaçon dans l’Émirat terroriste. Mais cette époque, Ankara devra y marquer une croix s'il veut débloquer la situation. 

Dans son récent entretien téléphonique, le ministre iranien des A.E l'a redit à son homologue turc, le Turquie se devra de tirer leçon des vicissitudes de la politique US et de s'entendre avec la Syrie et ses alliés de la Résistance. Ce n'est qu'au prix de ce réalisme, que la Turquie saura définitivement se débarrasser des cauchemars d'une guerre dont elle a été naïvement et cruellement le vecteur.

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