Nov 12, 2019 11:00 UTC
  • Irak : une fatwa anti-US, imminente?

Le blocage est total : alors qu'aux premiers jours des troubles en Irak, les États-Unis comptaient sur un virage radical des dirigeants politiques, quitte à provoquer la chute du gouvernement puis le changement du régime politique, leurs ingérences semblent avoir produit un effet totalement inverse.

Le dirigeant chiite Moqtada al-Sadr qui appelait à la mi-octobre le PM Adel al-Mahdi à démissionner, en est désormais à mettre en garde les États-Unis contre "toute ingérence", tout en s'opposant à l'idée particulièrement perfide de la tenue des élections anticipées en Irak. Idem pour le dirigeant d'un autre courant politique chiite de poids , celui de Hakim qui a rejeté des élections anticipées. Ces derniers jours, l'Irak a connu plusieurs attaques anti-américaines et anti-Otan, ce qui prouve l'échec de la tentative de coup d'État US en Irak. 

Dans un communiqué publié dans la soirée du lundi 11 novembre, le leader du parti Sadr en Irak a exprimé sa ferme opposition à la tenue des élections anticipées, et ce, "sous les auspices américaines", en Irak, menaçant les troupes américaines basées en Irak.  

« Si les États-Unis s’ingèrent une fois de plus dans les affaires de l’Irak, les Irakiens descendront en masse dans la rue contre leur présence. L'Amérique multiplie des actes d'ingérence dans les affaires irakiennes, mais  l'Irak n'a qu'un seul propriétaire à savoir le peuple irakien. Il est majeur et vacciné et il est capable de décider de son sort par des voies démocratiques et pacifiques. Les Irakiens ne permettront pas à Washington de transformer leur pays en une autre Syrie », a-t-il prévenu avant de laisser éclater sa colère : « Assez d'ingérence dans nos affaires ! L'Irak a de grandes personnalités capables de défendre la patrie. Le pays n’a besoin ni de vous ni d’aucun autre pays pour gérer ses affaires ». 

La déclaration d'al-Sadr sonne comme un avertissement : ils interviennent après un communiqué interventionniste de la Maison Blanche émis dimanche où elle appelle les autorités irakiennes à organiser des élections anticipées". Or ce communiqué semble avoir été la dernière goutte qui a fait déborder le vase. Il appelle les Irakiens à "se mobiliser contre les extrémistes" et par le terme extrémistes, il n'entend guère Daech qui tente en ce moment même de s'infiltrer depuis la Syrie voisine en Irak mais bien les Hachd al-Chaabi qui empêchent vaillamment ces infiltrations.

Alors un scénario à la bolivienne est-il possible en Irak? Visiblement non. Depuis que l'ambassade US et le secrétaire Pompeo se sont mis à accuser les sources d'imitation religieuse, les responsables étatiques irakiens de tous les maux et à conspuer l'Iran, une prise de conscience collective s'est emparée des foules. Les Irakiens dépeuplent la rue et suivent les forces de l'ordre. D'où ce communiqué de la Maison Blanche qui tente tant bien que mal à "internationaliser les manifestations en Irak", constate Al Arabi al-Jadid. "Ce communiqué est une déclaration de guerre au gouvernement Mahdi. C'est un aveu d'échec, échec d'un scénario qui tombe à l'eau. Dans la foulée les Américains risquent de multiplier des bourdes: ne pas prolonger les dérogations irakiennes sur les sanctions anti-Iran ou exiger de Bagdad une rupture des relations avec Téhéran. Mais quel que soit leur démarche, ils ne feront qu'empirer les choses. Le grand Ayatollah Sistani n'a pas dit son dernier mot : une fetwa comme celle qui a mobilisé en 2014 les Irakiens contre Daech pourrait aussi les mobiliser contre les Américains".  

 

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