Feb 13, 2020 11:52 UTC
  • L'US Navy dans le piège

Pour les observateurs qui suivent de près les agissements navals US dans le golfe Persique, l’arrivée de l’USS Bataan, à peine quelques semaines après le départ de l’USS Abraham Lincoln suscite des interrogations.

C’est un navire d’assaut amphibie qui, selon les médias mainstream, a transité mercredi 12 février le détroit d’Hormuz pour être le premier « grand pont » US à l’avoir fait en 2020. Le bâtiment a traversé le détroit d’Hormuz sous l’œil vigilance du CGRI qui pas plus tard qu’au mois de décembre 2019 avait procédé à une petite démonstration de force contre l’USS Lincoln, poussant les Marines à bord à changer de lieu d’appareillage et à gagner le bercail avant qu’il ne soit trop tard ! 

Alors pourquoi d’avoir refait le coup et envoyé l’USS Bataan dans l’œil du cyclone ? Selon son commandant Lance Lesher, cité par l’AP, « notre passage dans cet important détroit et notre présence continue dans la région illustrent le rôle vital de maintenir la liberté du trafic maritime, ce qui est important pour la stabilité et la sécurité de la région ». Plus loin, le même capitaine visiblement soulagé par le fait que la traversée du détroit d’Hormuz a plutôt bien passé, ajoute : « Le Bataan et son groupe de préparation amphibie comprennent 2500 Marines de la 26e Marine Expeditionary Unit, le navire de transport USS New York et le navire de débarquement USS Oak Hill ». 

Et l’Américain d’ajouter : « Il s’agit de la poursuite de notre engagement envers les partenaires américains dans le golfe Persique et ailleurs dans la région ». Mais le commandant n’a pas l’air d’être trop sincère vu les évolutions en cours dans la région. 

Lors d’une visite fin janvier à l’USS Truman qui détient une présence timide dans le nord de la mer d’Oman, le chef du CentCom, le général Kenneth « Frank » McKenzie, n’avait pas écarté en effet de « nouvelles attaques iraniennes » contre les cibles américaines renvoyant à la frappe du 8 janvier visant la base irakienne Aïn al-Asad. Or, la mission de l’USS Bataan semble ne pas être trop étrangère à cette réelle et bien fondée préoccupation. Une information rapportée par les médias irakiens faisait état mercredi 12 février du départ des dizaines de GI's d’Aïn al-Asad, base américaine à Al-Anbar en direction de la Syrie. Deux jours plus tôt, certaines sources irakiennes avaient elles aussi évoqué le retrait des troupes US de 15 bases qu’elles détiennent en Irak pour se confiner à Aïn al-Asad et à la base d’Erbil. Les USA préparent-ils leur retrait d’Irak sous les dehors d’un militarisme anti-iranien qui n’a pas de substance ? 13newsnow affirme que le bâtiment transporte les « forces d’intervention rapide pour protéger des ambassades, évacuer des civils par mer et air ». 

En effet, ce que l’Amérique est en train de faire, c’est de se retirer du pétrin tout en y poussant ses alliés : la frappe au missile balistique du 8 février semble avoir bien poussé le Pentagone à opter pour un plan B qui tout en mettant de côté la guerre par procuration, implique davantage les alliés de Washington : « plus d’un mois s’est écoulé depuis les attaques iraniennes contre la base américaine sur le territoire irakien. »

Ces frappes montrent que la technologie iranienne en matière de missiles balistiques, tant sur le plan technologique qu’opérationnel, a le potentiel de perturber considérablement les opérations militaires des États-Unis et de leurs alliés en Asie de l’Ouest. La nouvelle situation pourrait obliger les États-Unis à créer une nouvelle composition dans cette région, dit The Center for Strategic and International Studies (CSIS). Cette nouvelle composition se laisse apparaître : pousser les alliés au premier plan tout en s’éclipsant. « Car les troupes US ne devraient plus vivre ce qu’elles ont vécu le 8 janvier. Avoir une base aérienne paralysée par des frappes de missiles ! 50 missiles balistiques suffisent pour rendre une grande base aérienne américaine inutilisable pour les gros avions pendant une semaine » ! 

Mots clés

commentaires