May 24, 2020 09:20 UTC
  • Israël faut-t-il être

Le 22 mai, alors même que des millions de musulmans célébraient la journée mondiale de Qods, le secrétaire général du Hezbollah, Seyyed Hassan Nasrallah, a tenu un discours d'une extrême importance qui comme toujours devrait être pris trop au sérieux par Israël : en substance, il a affirmé que le Hezbollah se bat non pas contre Israël, mais contre les États-Unis ... car le régime de Tel-Aviv est depuis longtemps défait sur le plan militaire.

Du statut d'occupant, Israël pourrait-il devenir occupé? 

Pour s'être mesuré à plus d'une reprise avec la Résistance libanaise, l'ancien chef d'état-major de l’armée israélienne, le général Gadi Eisenkot, n'a pas tardé à réagir à ce constat. Interviewé samedi 23 mai par Israel Hayom, et ce, à l'occasion du 20e anniversaire du retrait unilatéral israélien du Liban, Eisenkot a affirmé que le Hezbollah avait "amplement" atteint "son objectif stratégique" qui consistait à pousser Israël hors du Liban par une guerre de guérilla et une guerre d'usure qui a eu raison de l’armée israélienne .

Eisenkot a expliqué ensuite que le Hezbollah avait à l'époque et de façon très claire exploité la faiblesse la plus organique de l'armée israélienne à contrer une guérilla intelligente et complexe, et de là, "il s'est livré  à une série d'opérations militaires "sophistiquées", propres à embourber l'armée israélienne et à lui infliger  un certain nombre de morts et à la pousser à quitter le Liban. Eisezenk a estimé,  et en contrepartie de ceux en Israël qui bluffent et qualifient le retrait du Liban de "faux pas", que le "long séjour de l'armée au Liban (1982-2000) a été une erreur stratégique et qu'elle a coûté très cher à Israël", notant qu'il partageait pleinement  l'avis de l'ancien Premier ministre, Ehud Barak, sur la nécessité de sortir du Liban.

Un peu plus loin, le général Eisenkot indique que l’intention principale de Barak était de se retirer du Sud-Liban après un accord avec les Syriens et les Libanais, mais que l'urgence qu'il y avait à limiter les pertes l'a finalement poussé à mettre fin à la présence israélienne au sud du Liban. "Outre ce retrait, Israël a subi un autre échec, celui de laisser derrière lui une quantité importante d’armes et de munitions dont certaines, trop sophistiquées, ce qui a causé une seconde défaite d'Israël six ans plus tard, lors du conflit majeur de 2006 contre le Hezbollah", conflit qui aurait du déboucher sur le démantèlement de la Résistance, mais qui au contraire a fait de lui la Force qui s'est engagée en 2011 en Syrie.  

L'analyse d'Eizenkot est empreinte d'une certaine lucidité, mais elle est quelque peu écornée par la crainte de l'establishment militaire israélien face à un avenir de plus en plus incertain. Au fait, cette victoire libanaise à mettre à la porte des territoires occupés du Liban et le régime d'occupation pourrait ne pas s'arrêter à la ligne de contact sur quoi la Finule veille depuis 2006. Comme l'a dit Nasrallah, qu'Israéliens et Américains en soient venus à ne voir qu'à travers les seules sanctions économiques un moyen d'endiguement, cela veut dire que la chose militaire leur échappe totalement. Rien qu'à lire la presse israélienne, le lecteur en convient. 

Une première information symptomatique est celle-ci : La presse israélienne soupçonne le Hezbollah d'avoir  planifié "l'occupation" des "territoires israéliens" à partir des "villages du sud du Liban" reconvertis à l'occasion en "'base militaire". D'occupant, Israël craint donc de devenir "occupé" : "L'armée israélienne a peur d’une détérioration de la situation contre le Hezbollah et a procédé à des ajustements dans la lutte contre les menaces dans la région, réorganisé l’espace de combat avec la multiplication d’obstacles et de nouvelles technologies, établi une norme pour les combats au sein du commandement du Nord et mené des exercices pour améliorer les compétences des unités. Mais certains n’ont pas réussi le test et ont été envoyés pour pratiquer à nouveau et se préparer à un autre exercice au bout de trois mois. La préparation n’était pas terminée : le projet de barrière, qui coûtait des milliards de shekels, n’était pas, non plus, terminé. De plus, les poteaux de clôture à la frontière libanaise sont mieux adaptés à l’époque de la zone de sécurité, et moins aux besoins de 2020,  écrit Walla, le site israélien qui ajoute : 

"La majeure partie de l’attention porte sur la force de Radwan maintenue dans l’ombre et dont une photo a été divulguée sur un réseau social montrant ses combattants à la frontière syro-turque. Sur leur uniforme était exposé le symbole de l’unité composé d’un lion rugissant, d’une épée sacrée, d’une flèche vers l’avant et d’une couleur verte qui indique la conquête sous le slogan: “Courage toujours.”, poursuit le site. 

La référence à la Turquie renvoie en effet à une toute dernière opération de la Force Radwan  à Saraqib (Idlib) que la force d’élite du Hezbollah a libéré en  quelques heures et en pleine nuit après que la Turquie s'est payé le luxe d'envoyer ses drones frapper le Hezbollah dans son QG à Alep. Cette fulgurante opération fera date, puisque Radwan a libéré Saraqib en combattant les terroristes rue par rue, quartier par quartier n'ayant recours à l'appui satellitaire ni de radar dont bénéficiait le camp adverse. 

Et Walla de poursuivre : "Le système de sécurité est très préoccupé par une autre démarche du Hezbollah – la création du quartier général du sud, qui coordonne les opérations de l’armée syrienne contre Israël et inaugure le 1er Corps syrien stationné sur le plateau du Golan, et envoie de temps en temps des troupes se livrer à la campagne d’Idlib. En Israël, on estime que l’organisation vise à influencer la conception et la réhabilitation de l’armée syrienne pour en faire une armée mobile et résiliente, indépendante des systèmes lourds et stationnaires. Ce corps se concentre et c'est une première, sur la collecte de renseignements. Dirigés depuis Damas ainsi que Beyrouth, des centaines d’agents opèrent dans le sud de la Syrie, notamment dans les villes de Hadar, Quneitra et Erneh. L’armée israélienne craint que tout événement majeur qui menace Téhéran, comme une erreur de calcul de Washington à l’encontre de l’Iran dans le golfe Persique ou en Irak, puisse conduire le Hezbollah à attaquer Israël. L’armée israélienne est également consciente que sa campagne de guerre dans la guerre contre l’Iran en Syrie tourne dans le vide". 

Et le site de confirmer la défaite militaire et de renseignement israélien évoqué le 22 mai en ces termes : "Outre les activités du Hezbollah sur les hauteurs du Golan, le groupe qui jadis agissait contre l’armée israélienne dans la région des Fermes de Cheeba, a été actif le long de toute la frontière libanaise. Si une guerre éclate dans le nord, l’armée israélienne risque de ne pas être contenue sur un seul front, mais le long de toute la frontière nord avec le Liban et la Syrie". 

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