Aug 08, 2020 07:24 UTC
  • Beyrouth:

Ceux en Israël qui s’attendaient à retrouver un Seyyed Hassan Nasrallah « meurtri », « inquiet » et surtout en « total retrait », en sont pour leurs frais : son discours qui aurait dû être prononcé mercredi dernier sous le signe d’une riposte à la mort du combattant Kamel Mohsen, tué le 21 juillet au sud de Damas, l’a été le vendredi 7 août et il n’avait rien d’une marche arrière ; bien au contraire, l’allocution, concise et riche en allusions, a encore davantage inquiété Israël.

Nasrallah y a-t-il tracé le cadre d’une méga riposte à venir ?

Haïfa en a occupé une substantielle partie, quand Nasrallah a affirmé que la Résistance « connait ce port mieux que Beyrouth » car « son ciblage fait partie de la doctrine militaire du Hezbollah.

Depuis mardi, en effet l’axe US/Israël/monarchies arabes a mis tout son art de média mensonge dans la balance pour tenter de rétablir un parallèle entre cette menace du Hezbollah visant les usines de nitrate d’ammoniac d’Israël et la double explosion qui a dévasté Beyrouth et ce, pour faire croire que ce serait les missiles du Hezbollah supposément stockés dans le dépôt 12, qui auraient provoqué la catastrophe.

L’allusion directe de Nasrallah à Haïfa a fait balayer d’un revers de main ce ridicule mensonge. Car si les entrepôts de missile balistiques de la Résistance y étaient pour quelque chose, Nasrallah n’aurait aucun intérêt à revendiquer haut et fort la place axiale qu’occupe une frappe d’envergure contre Haïfa dans le cadre de toute riposte anti-Israël à venir.  

Yossi Melman, chroniquer de Haaretz reconnait d’ailleurs ce « bon point de perdu » qui consistait à accuser sournoisement le Hezbollah via ce rapprochement avec la thématique du nitrate d’ammonium, puisque, dit-il, « de plus en plus de publications arabes affirment qu’il n’existe aucune explication convaincante concernant une auto-explosion soudaine du nitrate déposé à Beyrouth » et le fait « que cette substance, bien que stockée en grande quantité le jour de l’explosion( 2700 kg) , n’aurait pas pu exploser sans l’intervention d’un élément extérieur ».

Cette hypothèse a été d’ailleurs très clairement évoquée par le président Aoun qui a affirmé vendredi aux journalistes ne pas écarter une possible frappe extérieur : « Il est possible que cela ait été causé par la négligence ou par une action extérieure, avec un missile ou une bombe », a t il déclaré trois jours après les explosions ayant dévasté Beyrouth.

Voici une piste qui mènerait droit à Israël et qui n’augure rien de bon dans la mesure où l’atmosphère anti Hezbollah des premières heures après l’accident semble se tourner peu à peu contre nous et c’est sur ce terrain que Nasrallah a magnifiquement surfé le 7 août… En évoquant la thématique de Haïfa, en exigeant une enquête « transparente » et « publique » qui soit menée par quelle que partie libanaise que ce soit, y compris l’armée, il a poussé l’enquête sur un domaine militaire laissant supposer que la double déflagration pourrait avoir été le résultat d’une attaque. Et bien là, les soupçons iront droit vers Israël. Surtout que la réaction de Tel-Aviv à « BeyrouthShima » alimente à la fois le doute et aide le Hezbollah à liguer le Liban contre Tel-Aviv.

Et l’analyste ajoute : « Israël n'a pas tardé à nier toute implication dans la catastrophe, une mesure qui indique qu'il ne veut pas d'escalade, et qu'il craint que le Hezbollah l'accuse de responsabilité. Cette réaction s’inscrit d’ailleurs dans un ordre logique marqué par des reculs successifs. Les deux dernières semaines, l’armée israélienne a réduit sa présence sur les sites militaires, organisé l'évacuation des soldats et interdit de tirer sur les combattants du Hezbollah et tout ceci combiné à des excuses et des appels à l’apaisement à l’adresse de l’organisation chiite . Cela n’a eu qu’un seul sens, l’armée israélienne craint l’affrontement et veut éviter les accidents.

Nasrallah nous-t-il piégé encore alors que tout indiquait qu’après l’incident de Beyrouth, il a tout perdu ? La confiance avec laquelle il a exigé une enquête prouve qu’il sait des choses qu’il ne veut pas révéler tout de suite.  Il y a un équilibre mutuel de dissuasion et personne ne veut la guerre, mais après les explosions de Beyrouth, la possibilité augmente pour que le Hezbollah soit plus audacieux et qu’il soit même plébicisté par l’Etat et la majeur partie des Libanais  à défier Israël et à essayer de l’épuiser. Et c’est la pire des choses qui pourrait arriver »

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