Sep 19, 2020 07:58 UTC
  • Israël : 1ère bataille navale sino-iranienne?!

Cet archipel de Socotra que les Emirats arabes unis occupent depuis plus d'un an et où ils disent, peut être un peu trop confiants, vouloir érigé une base de renseignement à l'intention de l'ami sioniste, se place au beau milieu des routes maritimes de la mer Rouge étendue depuis le golfe Persique à l’océan Indien.

La presse israélienne ne cesse d'y voir ces derniers jours "un atout stratégique majeur", face à l'Iran, surtout si par riposte à une attaque américaine, l’Iran venait à fermer le détroit d’Hormuz. Ce bout de terre de 133 kilomètres de longueur, une quarantaine de kilomètres de largeur pour une superficie de 3 579 km², peut-il devenir une base US/OTAN/Israël ? Pas si sûr: c'est depuis 2017 que les Emirats et Israël travaillent à ce projet qui n'a pas trop avancé. Le méga obstacle? la Résistance. Mais désormais, la perspective d'ériger un gendarme sioniste au carrefour ultra stratégique qu'est Socotra risque de buter sur un autre écueil de taile: la Chine.

Déjà en juillet, le général Abdullah Yahya al-Hakim, chef du renseignement d’Ansarallah, affirmait que les forces armées yéménites avaient un large éventail de cibles vitales en Arabie saoudite, aux Émirats arabes unis, à Tel-Aviv et même au-delà et que pour eux, le Nord et le Sud du Yémen devraient être expurgés de la présence des occupants. Ces dix derniers jours, soit depuis que l'Arabie des Salmane a annoncé l'ouverture du corridor aérien pro Israël dans son ciel, permettant aux avions militaires et civils sionistes de transiter par le ciel de la Mecque, de la Medine et autres hauts lieux saints de l'Islam vers les Emirats ou encore vers le Yémen, au moins cinq attaques au missile et au drone ont visé l'aéroport stratégique d'Abha, à Asir au sud saoudien, lequel se trouve sur le trajet aérien des avions sionistes. Façon de rappeler que les cartes sont multiples contre une présence israélienne au Yémen.
Socotra est donc un atout stratégique, mais le fait de le voir dans l'escarcelle US/Israël est peut-être aller trop vite à la besogne. Vendredi 18 septembre, Mohamed Abdesalam, haut autorité d'Ansarallah a affirmé que le traité d’Abraham ne changerait strictement rien à la donne, laissant entendre les préparatifs déjà mis en place dans le détroit de Bab el-Mandeb à l'effet de contrer l'axe Israël/Emirats. « Les traîtres ne pourront rien changé à la réalité. La cause palestinienne est une question arabo-islamique, c'est la question du bien contre le mal (vrai contre faux), et il n’est pas possible d’accepter une quelconque démarche pour reconnaître le régime sioniste », a-t-il souligné comme pour lancer un défi aux puissances d'occupation. 
La réalité stratégique est qu'Ansarallah est sur le point de placer sous la domination de ses missiles, toutes les régions du sud de l'Arabie saoudite et que ses missiles percent désormais non pas seulement le ciel d'Asir, de Jizan et de Najran mais encore celui de la capitale saoudienne Riyad. Dès lors il est plus que possible de viser Socotra et d'y détruire tout site émirati ou israélien, en reconduisant pourquoi pas, un scénario du septembre 2019, quand Ansarallah a envoyé des nuées de drones et de missiles abattre Abqaiq, une raffinerie saoudienne de l'est du pays. Et puis, à ces capacités balistiques prouvées, s'ajoutent les capacités "navales" trop sous-estimées du camp d'en face. Après tout en 2019, ce furent ces mêmes capacités qui se sont manifestées à plusieurs reprises alors que les navires de guerre US s'apprêtaient à franchir le détroit de Bab el-Mandeb en direction du golfe Persique. Bref, côté Résistance, les USA sont mal partis s'ils croient Israël/Emirats capables de barrer "maritimement" la route à l'axe de la Résistance! Mais ce n'est pas tout : vendredi, un autre facteur significatif s'est fait jour dont les USA et leurs acolytes ont intérêt à se souvenir. Pour la première fois depuis l'annonce de la transformation de Socottra en une base de renseignement israélien, et ce, à l'aide des Emirats qui n'ont cessé ces dernières années de perdre la bataille africaine des "ports" face à la Chine, le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi a appelé son homologue saoudien, Fayçal Ben Farhan. Le dialogue s'est presque transformé en un avertissement.

Lors de son entretien téléphonique, Yi s'est dit fort "inquiet" de ce qui se passe au Yémen : « Pékin soutient pleinement une trêve "immédiate" et un "accord politique". Que le canal onusien puisse jouer son rôle de médiation dans le cadre du conflit au Yémen ! La Chine souhaite travailler avec toutes les parties pour que le Yémen retrouve dans les plus brefs délais sa souveraineté et sa stabilité. Pékin a établi des contacts étroits avec toutes les parties et a accompli de vastes efforts pour promouvoir la paix et le dialogue via des canaux bilatéraux et multilatéraux ».

Pour de nombreux observateurs, il s'agit de propos inouïs et parfaitement significatifs dans un contexte où les intérêts chinois en mer Rouge pourraient devenir cibles d'une future confrontation navale contre la Chine avec comme arrière base la base de Socotra. Ces mêmes observateurs estiment que cette évolution est à comprendre dans un contexte plus général marqué par la crainte des USA de voir le pacte stratégique Iran-Chine se traduire par une présence militaire chinoise dans le golfe Persique, pire, un commandement naval conjoint Iran-Chine en océan Indien : « une base militaire Israël/Emirats à quelques kilomètres de la base navale chinoise à Djibouti intriguerait inévitablement Pékin qui a su expulser d'une main de maître les Emirats du port de Djibouti », note un expert. « Cette médiatisation à outrance anti-iranienne du traité d'Abraham semble d'ailleurs un leurre aux startèges chinois qui voient sans cesse le spectre de la guerre anti-"Route de la soie" des USA surgir au Yémen. L'accord stratégique de 25 ans que Téhéran et Pékin ont conclu, incluerait en effet outre le golfe Persique, l'océan Indien et à la faveur de la Résistance yéménite, il couvrirait aussi la mer Rouge. C'est contre cette perspective que les USA se démènent. Pékin se trouve à un tournant. Après avoir été expulsée d'Israël par les USA, il lui faut faire un choix : rester entre les deux mondes et en subir les contre-coups ou tourner les yeux vers Ansarallah.

 

 

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