Sep 23, 2020 17:09 UTC
  • Syrie: les Peshmergas au secours des GI's?

Après avoir rencontré les dirigeants kurdes syriens, l’émissaire spécial US pour la Syrie James Jeffrey est parti pour le Kurdistan irakien afin de rencontrer le président Nechirvan Barzani et il est attendu en Allemagne pour poursuivre les consultations sur la "région kurde" du nord de la Syrie.

Retour à la case départ dans un jeu perdu d'avance? Certains analystes y voient surtout une tentative de séduction à l'adresse de la Turquie qui semble avoir lâché prise à Idlib. C'est aussi un plan B visant à contrer la guérilla anti US dans l'est de l'Euphrate qui ne cesse de gagner en ampleur. 

Du point de vue de Washington, la création d’une alliance entre les Kurdes de Syrie d’une part, et l’aide au retour des Peshmergas kurdes du Kurdistan irakien vers la Syrie de l’autre, garantiront la présence à long terme des États-Unis en Syrie alors que l'est de l'Euphrate est entièrement en phase de lutte armée contre les Américains, que la Russie et la Résistance sont déterminées à en finir avec les USA. Mais le jeu "kurde" saura-t-il éviter aux USA un départ forcé de Syrie? En fait Washington veut que les Peshmergas remplacent les FDS maintenant que ces dernières commencent à s'enliser.

Mais il y a de sérieux obstacles: les Kurdes de Syrie sont divisés entre eux. Puis la plupart de ces groupes considèrent les Peshmergas du Kurdistan irakien comme de sérieux adversaires dont la présence dans les zones septentrionales de la Syrie serait un défi pour leur autorité dans ces régions.  

Aussi peu de chance pour que la participation du ministre des Peshmergas du Kurdistan irakien dans les négociations entre James Jeffrey et Nechirvan Barzani ainsi que la visite de deux jours de Jeffrey à Hassaké juste avant son déplacement en Irak puissent servir de catalyseur à un miracle kurde de façon à introduire les Peshmergas à Hassaké voire à Deir ez-Zor. Au fait, c'est l'armée tribale composée de tribus de l'est de l'Euphrate que les Américains veulent contrer aux frais des Kurdes d'Irak, ceux de Syrie n'ayant aucunement envie de tirer sur les Syriens. En effet, les autorités américaines savent très bien que la formation d’un Kurdistan unifié dans le nord de la Syrie ne peut voir le jour sans la participation des Arabes et des tribus. Voilà pourquoi, tout au long de ces deux dernières semaines, des officiers saoudiens ont été régulièrement envoyés au Kurdistan irakien, avant la visite de l’émissaire spécial US pour la Syrie. Ces groupes étaient chargés d’obtenir le feu vert des Arabes et des tribus du nord de la Syrie, mais en vain. 

Mais le plan américain pour la création d’un État kurde au nord de la Syrie risque par ailleurs de porter les effets totalement inverses et accélérer ce que les USA craignent le plus, être poussé vers la porte. Pourquoi?

1- Le gouvernement syrien n’a pas l’intention de renoncer à sa souveraineté sur le nord de son pays ;

2- La majorité des Syriens vivant dans les régions du nord du pays ne sont en aucun cas disposés à échanger leur identité nationale contre une « sous-identité » ;

3- La Turquie, qui considère la présence de Kurdes unis tout près de sa frontière comme une menace sérieuse pour sa sécurité, et qui veut même dans la conjoncture actuelle régner sur Tal Rafaat et Manbij.

4- Et enfin, la Russie, qui en tant qu’alliée de la Syrie, insiste sur le fait que les fruits de sa coopération avec le gouvernement et le peuple syriens durant 8 années de guerre, ne soient pas confiés aux Américains. Les USA sont mis échec et mat. Il est temps qu'ils se rendent à l'évidence. 

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