Jan 23, 2021 17:16 UTC
  • USA: Riyad à la merci de Poutine?!

Cette visite précipitée de Farhan à Moscou où ce dernier, dit-on, aurait tenté de montrer au nouveau président US que Riyad est prêt à changer de camp et à se tourner vers la Russie, si l’affaire Khashoggi est déterrée ou le blaclistage d’Ansarallah est revu, a l’air d’avoir tourné court.

Certes les deux parties ont parlé de coopération nucléaire et Iran et Farhan s’est même payé le luxe de décrier l’Iran devant les médias russes et l’accuser de tous les maux possibles et imaginables, mais ce n’est vraiment pas une victoire que de raconter ces salades à une audience russe bien acquise à la cause iranienne au Moyen-Orient. Ces sorties ont tenté de cacher une chose : Riyad est pétrolièrement doublée par Poutine et pas n’importe où, mais bel et bien auprès du méga client qu’est la Chine. Engagée dans une rivalité serrée avec la Russie, l’Arabie saoudite s’est attribué le titre du plus grand exportateur de pétrole aux Chinois en 2020, selon Russia Today. L’Arabie saoudite a devancé la Russie en exportant à la Chine 1,69 million de barils de brut par jour, selon les données de la douane chinoise. 

Cela alors que les exportations du pétrole russes en 2020 ont connu une hausse de 7,6 % par rapport à l’année précédente, un chiffre plus important que celui de l’Arabie saoudite. 

Mais passé cette importante bataille pétrolière Riyad/Moscou que le premier tend souvent abandonner au second, on dit que Farhan aurait demandé de l’aide à Poutine. Terrifiée par une Amérique sans Trump, l’Arabie saoudite aurait appelé Moscou de réparer les relations de Riyad avec Téhéran et Ankara maintenant que le spectre démocrate est agité et qu’on parle de déclassification de l’affaire Khashoggi. 

Avril Haines, Directrice du renseignement national de Joe Biden, a annoncé le 19 janvier qu’elle déclassifierait une note secrète de la CIA consacrée à l’assassinat en octobre 2018 du journaliste et activiste saoudien Jamal Khashoggi. Elle imputait au prince héritier saoudien la responsabilité directe du crime, d’après des fuites parues dans la presse américaine à l’époque. Malgré un vote du Congrès en faveur de la déclassification de cette note en février 2019, l’Administration Trump n’avait alors pas donné suite.

« C’est une stratégie de dissimulation de la part de Trump. C’était déjà celle de Bush, qui avait classé secret-défense les 28 pages d’un rapport du Congrès qui expliquait le rôle de l’Ambassade saoudienne aux États-Unis, dans les attentats de 2001 [Obama les avait déclassifiées par la suite, ndlr]. On a eu le même schéma sous Donald Trump. On protège l’Arabie saoudite ne serait-ce que pour entretenir le conflit avec l’Iran », estime Sputnik dans une analyse. Cette ère d’impunité est derrière MBS ? Possible. 

Une acrobatie diplomatique qui risque d’être beaucoup plus compliquée une fois le rapport publié. Et pas que pour MBS, mais aussi pour Donald Trump, qui avait couvert l’affaire. Une occasion en or donc à saisir pour renvoyer à Trump « en boomerang ses méfaits », notamment la fin explosive de sa présidence. Riyad, peut-il prendre le risque de continuer à guerroyer l’Iran sans le soutien US? Joe Biden a d’ores et déjà annoncé qu’il comptait « réévaluer » la relation entre Washington et Riyad, avec dans le collimateur l’intervention saoudienne au Yémen et, justement, l’affaire Khashoggi. Poutine sauvera-t-il Ben Salmane ? C’est un cercle vicieux, car la Russie pourrait monter les enchères pour se montrer coopérative. 

 

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